Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

La 22ème mort de Janka

Publié le par Pilgrim.

Contre les murs de la forteresse, Janka se cogna la tête. Il ouvrit les yeux, découvrit la ligne de sang qui le liait à l'édifice et s'enroulait autour de ses chevilles. Il battit le sol des pieds afin de s'arracher à l'entrave. Creusa la fosse de laquelle surgirent les racines des fondations. Elles se propagèrent, envahirent l'espace qu'il libérait à coups de talons. Elles s'accrochèrent à ses membres, les rivèrent au limon de la cité. Janka, en vain, se débattit pour se soustraire à ses chaînes. Il ne réussit qu'à resserrer leur étreinte, qu'à accélérer son engloutissement dans les sables mouvants des oubliettes.

La 22ème mort de Janka

Publié dans Les 29 morts de Janka

Partager cet article
Repost0

Charon

Publié le par Pilgrim.

Amer il rame

Âme en l'air
Arme une aile

En obole une larme

Charon

Publié dans Bribes

Partager cet article
Repost0

p 3207 : je passe mon chemin

Publié le par Pilgrim.

me hèle c'est ta fille ? je lui réponds oui elle porte une minijupe me fait-elle remarquer avec un air de réprobation je regarde le chemisier qui dépasse de la doudoune de ma fille et qui tombe sur son pantalon slim la bonne femme répète elle porte une minijupe je la toise n'importe quoi je m'énerve que me veut-elle l'obsédée du camouflage mode sac à patates est-ce que je lui demande moi est-ce que je lui demande hein pourquoi elle se fourre le doigt dans l’œil et dans le nez est-ce que je lui demande moi est-ce que je lui demande pourquoi elle est assise à deux heure trente de l'après-midi à la terrasse d'un bar à écluser les réserves du patron pourquoi hein pourquoi elle est là à deux heure trente de l'après-midi à picoler en critiquant le monde elle n'a rien de mieux à faire qu'à s'indigner avec son verre dans le pif de la tenue de ma fille elle n'a rien de mieux à faire qu'à me rendre méchant prêt à mordre à éructer j'ai envie de lui clouer sa bouche à merde de mère la pudeur de lui renfoncer dans sa gorge ses réflexions inquisitoriales je m'énerve je passe mon chemin ma fille à mes côtés qui redoute un départ en vrille que je réplique qui m'en empêche je ne réplique pas ça n'en vaut pas la peine même si ça me démange me soulagerait je passe mon chemin ma fille à mes côtés qui me retient par le bras me tire pour qu'on avance je passe mon chemin ma fille à mes côtés qui me chope le regard hausse les épaules je passe mon chemin je m'énerve facilement ces derniers temps je réagis impulsif l'épiderme sensible les nerfs en boule à la mode d'aujourd'hui où tout le monde au quart de tour sur ses ergots à fleur de peau lance son avis ses anathèmes où les insultes fusent où les condamnations déferlent je ne sais pas ce que j'ai l'air du temps qui me contamine m'enfume m'enlise la cervelle il ne faut plus grand chose pour que la colère monte il ne faut

p 3207 : je passe mon chemin

Publié dans Le lecteur s'ennuie

Partager cet article
Repost0

Somnambule

Publié le par Pilgrim.

À cloche-tâtons, le somnambule sculpte les contours de ses rêves.
                Il ne voit pas le vide sous ses pieds.
                                     Funambule encotonné sur la corde d'un trou noir. 

Somnambule

Publié dans Bribes

Partager cet article
Repost0

A Belfort, au salon "Savoureusement Lire", les 26 et 27 octobre 2019

Publié le par Pilgrim.

J'aurai le plaisir de participer au salon "Savoureusement Lire" de Belfort, les 26 et 27 octobre 2019, aux côtés de nombreux auteurs. La manifestation organisée dans le cadre du mois du livre et de la Grande foire aux livres de la cité est toujours un moment privilégié de rencontres et d'échanges autour des livres. Cela se passera comme toutes les années au centre des congrès ATRIA. 

Salon, le samedi après-midi et le dimanche, toute la journée !

A Belfort, au salon "Savoureusement Lire", les 26 et 27 octobre 2019A Belfort, au salon "Savoureusement Lire", les 26 et 27 octobre 2019

Partager cet article
Repost0

La 5ème mort de Janka

Publié le par Pilgrim.

Face à la paroi, l’oreille contre, Janka ausculta la roche. Il la sonda à la recherche de brèches par lesquelles disparaître. La surface métallique n’offrit aucune prise. Il se résolut à l’entailler. Il y planta ses ongles sous lesquels sa pulpe écorchée, à force de pression et d’insistance, s’effrita. Il grignota ses phalanges, puis ses doigts qui se disséminèrent en poussière le long de la frontière. Il n’eut plus de mains. Il usa alors ses moignons. Les frotta contre la peau lisse du terme du monde. Il se désagrégea par petits bouts. Squames absorbés par la terre, lambeaux de chair éparpillés dans l’air ferreux des temps révolus. Son corps ne tint plus que par sa tête dont il dévora encore les joues et le front. Il creusa ainsi jusqu’à ce que de lui ne subsista plus rien. Pas même la trace luisante d’un début d’érosion sur la parcelle combattue. À peine le stigmate d’une griffure imperceptible qui se colmata, fondue dans le bloc, quand Janka passa à travers.

La 5ème mort de Janka

Publié dans Les 29 morts de Janka

Partager cet article
Repost0

Jeanne et Greta

Publié le par Pilgrim.

Je sais bien que comparaison n'est pas Jeanne et Gretaraison et qu'il faut encore davantage se méfier des comparaisons historiques. Mais bon... avec le film de Bruno Dumont, difficile de ne pas faire le rapprochement, tant il saute aux yeux. Il y a un peu de Jeanne dans Greta Thunberg (et pas mal de ses accusateurs et de leur procès en sorcellerie dans les Bruckner, Onfray, Sarkozy et consorts...).

Le film de Dumont est âpre et rugueux comme le sont l'innocence et la vérité portées sans concession. Il a la pureté d'une nature brute et la simplicité de l'évidence, à l'image de sa jeune interprète.

Partager cet article
Repost0

Dérisoire

Publié le par Pilgrim.

Tirer du tiroir – ce vaste cercueil de mes mots – des histoires qui bougent encore, les achever d'un trait de désespoir et rire du désastre de tant d'heures dissipées.

Pffuitt, font les illusions crevées en se dégonflant.

Dérisoire

Publié dans Vous avez dit auteur ?

Partager cet article
Repost0

Convoi

Publié le par Pilgrim.

80 wagonConvois, 3 locomotives. Quand, dans la cité, le cirque entre en gare, nul besoin d'un porte-voix pour l'annoncer. Barnum arrive avec sa cohorte d'amuseurs. À cinquante kilomètres à la ronde, la nouvelle doit se répandre. Il a rodé son entrée en scène, le vieux Phinéas ; il a appris à marquer les esprits et, de son empreinte XXL, le réseau ferré du pays. Tant et si bien que l'armée de l'Union s'inspirera de son sens de la démesure. Et voilà le greatest showman intronisé expert en logistique et conseiller militaire, bombardé homme canon de l'acheminement de masse pour massacres en grand large sur les champs de bataille.

Par Buster Keaton — screenshot, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5130070

Publié dans Barnum

Partager cet article
Repost0

Fantasmes, etc...

Publié le par Pilgrim.

Fantasmes, etc...Les gens croient ce qui les arrange. Ce qui les conforte dans leur opinion, justifie leurs comportements et leurs décisions et leur permet de dormir, la conscience tranquille, persuadés d’avoir agi pour le mieux. Ainsi des parents qui font des pieds et des mains pour ne surtout pas inscrire leur môme dans le collège du secteur, situé en REP+. D’aucuns se montrent pourtant ouverts et progressistes lorsqu’on discute avec eux, défendent des valeurs humanistes et regrettent, devant leur télé, quand ils constatent les conséquences désastreuses de son insuffisance sur notre société, qu’il n’y ait pas davantage de mixité sociale. Seulement voilà, la mixité, ils l’appellent de leurs vœux mais à condition qu’elle ne les concerne pas, qu’elle ne touche pas leur progéniture qui, pauvre petite chose fragile, pourrait en pâtir, subir de mauvaises influences quand ce ne sont pas des mauvais traitements et qui, plus grave encore, par une contamination dont je peine à percevoir les mécanismes mais qu’ils nomment nivellement par le bas, par le simple côtoiement d’un public cumulant les difficultés et les problèmes, deviendrait à son tour sujet aux retards scolaires (apparemment contagieux), comme si les manques des uns devenaient ceux des autres du seul fait de se fréquenter. Sont-ils invités, ces parents, à participer à cette mixité qu’aussitôt ils se braquent, s’indignent, crient à l’injustice et développent des stratégies de fuite qui les amènent à frapper aux portes des établissements privés, que souvent ils dénigraient auparavant, ou à déployer des trésors d’inventivité pour contourner la carte scolaire et atteindre les établissements publics pas trop indignes de leur mouflet, en majorité fréquentés par leurs semblables, en tout cas relativement préservés de la population des quartiers.
J’ai croisé, peu avant la rentrée, un parent accompagné de ses enfants. Quand je lui ai dit, suite à sa question, dans quel collège était inscrite ma fille, il s’est montré dubitatif, m’a révélé sur le ton de la confidence, comme s'il le tenait de source sûre (entre gens de bonne compagnie, on joue à se faire peur, on se monte le bourrichon), en guise de prévention, et sans se soucier de la présence de ma petite qui écoutait, que dans l’établissement en question – situé, donc, en REP+ – pendant les récréations, le jeu favori était de taper sur tous ceux, garçons et filles, qui étaient blonds. Je lui ai répondu que mon fils en sortait, de ce collège, qu’il y avait passé quatre années, de la sixième à la troisième, qu’il était blond et qu’il ne s’était jamais fait taper dessus ni même menacer. Le père m’a considéré, surpris, et a tout à coup paru gêné, presque fuyant, pressé de clore la conversation. Je venais de mettre à mal non seulement un préjugé mais surtout un prétexte, derrière lequel il s’abritait pour justifier sa décision d’éviter à ses filles le collège incriminé et de se réfugier dans le privé. Un motif (la protection de ses filles) qui en cachait de beaucoup moins avouables… et qui avait l’avantage de préserver sa bonne conscience, de justifier ses petits arrangements avec ses Valeurs. Il a alors admis qu’il s’agissait sans doute de ragots. Je voyais néanmoins qu’il n’était pas convaincu. C’était plus confortable pour lui de s’agripper à ses idées préconçues, aussi caricaturales, nauséabondes et ridicules fussent-elles, et de continuer à prendre ses fantasmes pour la réalité.

Publié dans Père au foyer

Partager cet article
Repost0