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Ma rencontre avec Mathilde Bernier

Publié le par Pilgrim.

Mathilde Bernier, aux ressources humaines de la société, m’invite à entrer dans son bureau. Un entretien en tête à tête. Rien que nous deux, les yeux dans les yeux. Les siens ont beau ne pas être déplaisants, je peine à feindre l’enthousiasme.
Je n’ai répondu à sa convocation que par acquit de conscience et manque d’alternatives. Mon agenda crie famine. Mes candidatures lancées à la venvole restent quasiment toutes lettres mortes. Je n’ai pas envie, mais pas envie du tout du job qu’elle propose.
L’entretien suit son cours. On fait connaissance, on papote. En bonne professionnelle, elle arbore un air d’amabilité rassurante pour me mettre à l’aise et, sans y toucher, me pousser à la faute. Je réponds à ses questions, m’intéresse comme je peux. Je sens bien que je suis hors-jeu. Pour m’en assurer et ne lui laisser aucun regret, je joue mon va-tout et déclare mon intérêt pour du temps partiel.
— Un temps partiel ? ! ! !
— Oui.
Elle est cueillie. Elle ne s’attendait pas à un tel sabordage en règle. Elle peine à dissimuler son hilarité.
— Euh, non… Ce n’est pas la politique de la maison.
Ah, bon, tant pis ! Je lui souris. Elle signifie la fin de l’entretien. Curieusement m’enjoint de patienter quelques minutes dans l’espace réservé aux visiteurs, un renfoncement du couloir devant lequel le personnel va et vient. Et pour m’aider à passer le temps, me confie un dossier, pile poil le sujet auquel je me consacrerais dans l’hypothétique cas où. Je m’étonne. Il me semblait que l’affaire était entendue. Néanmoins, je joue le jeu jusqu’au bout et m’exécute. Je m’assieds, jette un œil sur les papiers. Rien qu’à les feuilleter, les bras m’en tombent. Je renonce à me les infliger plus longtemps. J’attends en me tournant les pouces qu’on veuille bien me donner congé. Au bout de quelques minutes, un homme qui en a sans doute assez d’étudier mon comportement et de me regarder glander, s’approche et m’autorise à partir.

Publié dans Mes rencontres avec...

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Journal, extraits du jour J+37, le 12/12/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
Attentat à Strasbourg. A était à l’internat de son lycée. (...). Elle y est restée. Certains de ses amis ont été confinés où ils étaient.
Attentat et aussitôt déferlante de merde sur les réseaux sociaux. Sur Facebook. Délire paranoïaque et complotiste. Le conspirationnisme et le négationnisme en mouvement. Je suis toujours étonné. Je pense qu’on a atteint le fond de la connerie, de la bêtise crasse, je me connecte à ma page et m’aperçois qu’on en est loin, qu’il y en a de plus en plus qui creusent. Que ça devient même une épidémie. (...)

J’ai couru. Comme d’habitude, les mercredi et samedi. Mes deux fois douze kilomètres hebdomadaires. Et en courant, je refais le monde, développe des raisonnements brillants et argumentés, dont seulement une ou deux heures après il ne me reste plus rien. Je devrais noter tout ça, immédiatement. Courir ou marcher activent mes neurones. Cela a toujours eu cet effet sur moi et bien des fois j’ai débloqué des situations, dénoué des problèmes, notamment littéraires, en courant ou en marchant. En me douchant, aussi ; parfois. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être du fait d’une détente soudaine, qui libère une inspiration.
(...)

Journal, extraits du jour J+37, le 12/12/2018

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extrait du jour J+36, 11/12/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
Intervention de Macron. Des concessions, des mesures. Rien qui changera la face du monde. Il est vrai qu’on ne changera pas le monde en deux secondes… Et bien sûr, scepticisme, doute, mécontentement, après son discours. C’était couru d’avance. Les gens veulent tout tout de suite, et au pouvoir, on n’a toujours pas compris qu’il fallait en priorité s’attaquer à l’injustice fiscale et sociale, qu’il fallait remettre à plat le système. Il a annoncé un débat, où tout le monde serait amener à donner son avis. On connaît ces débats. On n’arrête pas d’en lancer, pour au final prendre des décisions qui se veulent la synthèse des réflexions et contre lesquelles au bout de quelques mois, tout le monde se dresse. L’impasse.
(...)

Journal, extrait du jour J+36, 11/12/2018

Publié dans Journal : extraits

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La 8ème mort de Janka

Publié le par Pilgrim.

Bazouf souffla dans l’oreille de Janka, réduisit le son du monde en cendres, desquelles s’élevèrent des susurrements qui emplirent ses cavités, les méandres de ses oublis. Ils prédirent sa fin étoilé en grand vacarme dans l’antre du tranchant. Janka se prit la tête entre les mains, se pressa ses lambeaux calcinés d’appendice, s’écrasa les tempes, se fissura la boîte crânienne. Sa cervelle explosa. Des crics et des cracs répondirent aux chuintements du vent. Janka tendit un cri avorté en offrande à Bazouf, qui le dissémina sur les terres ravagées.

La 8ème mort de Janka

Publié dans Les 29 morts de Janka

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"Comme la proue d'une barque qui passe."

Publié le par Pilgrim.

"Comme la proue d'une barque qui passe."

 Odilon Redon - Nuages de fleurs

1903 - Pastel
Art Institute of Chicago - Chicago

 

"Flamme
Notre chambre de l'autre année, mystérieuse
Comme la proue d'une barque qui passe."

Extrait de La terre (Dans le leurre du seuil) - Yves Bonnefoy

 

Publié dans Bonnefoy, Redon, Galerie

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Un léger souffle

Publié le par Pilgrim.

Les fantômes font trembler les feuilles des arbres au-dessus des rivières.
Passe l'eau vive.
Les volets restent clos.

Publié dans Bribes

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Journal, extraits du jour J+35, 10/12/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
J’envie sincèrement tous ces gens capables d’autant de certitudes. Ma vie serait plus simple si j’en avais seulement la moitié d’une. Quel que soit le sujet, les enjeux, pour moi tout est nuance, doute, complexité, contradiction. Un état d'esprit qui m’empêche de m’engager dans quelque mouvement que ce soit, parce que s’engager, c’est réduire le champ de la réalité, limiter la réflexion, adopter des opinions contraires aux siennes. Ainsi, ce mouvement des gilets jaunes avec lequel j’ai décidément du mal. Je partage bien des revendications émises. Je partage aussi en grande part le constat qui est fait. Mais il y a aussi nombre de demandes, propositions, discours auxquels je ne peux adhérer. Impossible d’y souscrire. Et le plus surprenant est que dans bien des cas les exigences s’opposent les unes aux autres. Ce mouvement des gilets jaunes dit tout et son contraire, réclame des mesures qui sont difficilement conciliables. Comment un gouvernement peut-il se dépêtrer de ça ?
Il y a plus d’attentes et de doléances que de gilets jaunes.
(...)
Je sais aussi que ce questionnement incessant empêche d’agir et qu’il pousse à un relativisme stérile. Et c’est véritablement un poids que je ressens. Cette incapacité à s’engager parce qu’il y a toujours à redire, parce que ce n’est pas si simple et qu’en simplifiant trop, l’on devient injuste. S’engager, c’est aussi se salir les mains.
(...)

Journal, extraits du jour J+35, 10/12/2018

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extrait du jour J+30, 05/12/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
L'on m'a envoyé le numéro de la revue Etudes touloises, consacré à l’écrivain lorrain Émile Moselly à l’occasion du centenaire de sa mort. Le CELT a demandé aux auteurs ayant reçu le prix Moselly, d’écrire un texte sur ou autour de la Moselle. J’ai reçu ce prix en 2013 pour une nouvelle. J’ai donc été sollicité. Ma contribution s’intitule À la source. C’est ma dernière publication de l’année, qui en compte 9, au total. Dont La mort du dauphin François, publiée chez 15K. 9, ce n’est pas mal. Je doute d’en avoir autant, l’an prochain. Une seule me satisferait, s’il s’agissait de mon roman ou d’un de mes recueils personnels…
(...)

Journal, extrait du jour J+30, 05/12/2018

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extraits du jour J+28, 03/12/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
J’ai commencé un texte. Les premiers mots après lesquels d’autres ont suivi et qui me mènent où je n’aurais jamais imaginé aller. L’instant le plus mystérieux et, surtout, le plus jubilatoire. Quand tu sors de toi quelque chose que tu ne pensais pas avoir, que tu ignorais et qui se révèle, là, devant tes yeux, signe après signe. Le texte balbutie, se construit, petit à petit prend forme. Un monde surgit auquel je n’avais pas pensé. Il est bancal. Il se cassera peut-être la gueule. Je ne sais où cela me conduira. Peu importe. C’est là. Cette incertitude et cette révélation : ce qu'il y a de plus excitant dans l’acte d’écriture. On se sent explorateur face à un nouveau territoire, Colomb devant les côtes américaines.

Je lis en ce moment un essai de Jean Viard, Nouveau portrait de la France. Il date un peu : 2011. Reste, cependant, pertinent. Et éclairant en ces jours de contestation des gilets jaunes. Une contestation qui vire ponctuellement (encore ponctuellement) à l’insurrection. La France d'en haut s’en étonne et n’a pas assez de mots pour condamner la violence. J’ai horreur de la violence. Malheureusement, elle était prévisible. (...)
L’on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment d’indignation, de révolte face à ce deux poids deux mesures. Il est inévitable que, tôt ou tard, certains le traduisent dans la rue par des actes violents. De cette fureur, tout le monde sortira perdant...
(...)

Journal, extraits du jour J+28, 03/12/2018

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Journal, extrait du jour J+25, 30/11/18

Publié le par Pilgrim.

(...)
Énièmes discussions sur le forum Maux d’auteurs, que je fréquente, autour des pseudo éditeurs qui imposent contractuellement l’achat par l’auteur d’un certain nombre d’exemplaires. C’est un peu lassant de toujours répéter la même chose, à savoir qu’un contrat participatif n’a rien d’un contrat à compte d’éditeur. Quoique prétendent les concernés et bien que ça les chagrine de s'entendre dire ça. Et d’argumenter, pour justifier l’acceptation de ces conditions abusives, que l’auteur, de toute façon, est souvent amené à acheter des exemplaires en vue des salons ou des signatures auxquels il s'inscrit lui-même. Que, donc, vente imposée ou pas, cela ne change rien pour son porte-monnaie… Au contraire, cela change tout et fait la différence. Aucune somme ne doit être exigée par l’éditeur à l’auteur. Si ce dernier commande des exemplaires pour des manifestations littéraires, cela doit rester à son initiative et en fonction de ses besoins.
J’en commande, en ce qui me concerne. Les distribue au compte-gouttes au gré de mes participations à des salons ou lors de rencontres. Mais j’en commande quand je veux et combien je veux, en fonction de mes stocks et de mes prévisions de vente. (...)
(...)

Journal, extrait du jour J+25, 30/11/18

Publié dans Journal : extraits

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