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Lucien pique une tête

Publié le par Pilgrim.

Lucien pique une tête

Il fait chaud. Lucien sue tant qu'il décide de passer a l'action. En tenue de combat, torse nu et poils roussis, il s'arme d'une fourchette et descends à l'étage du dessous sans brûler les étapes ni la rampe de l'escalier. Il sonne chez sa voisine, celle qui a la malencontreuse manie de lui échauffer le sang avec ses opinions à brûle-pourpoint. Quand elle lui ouvre, il plante son ustensile au milieu de son front. Il la laisse encornée sur le palier et remonte dans son étuve. Il se sent étrangement soulagé. Son initiative a rafraîchi ses ardeurs. Il a recouvré un peu de sang froid. Au passage devant la porte entrebâillée de son autre voisine, il constate avec satisfaction que l'ambiance, également, s'est réfrigérée. La dame, d'habitude si chaleureuse, le toise d'un air glacial. Lucien en frissonne de plaisir.
— Y'a pas à dire, ça fait du bien de piquer une tête !

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"Au pied d'un mur rongé par le soleil"

Publié le par Pilgrim.

Par Paolo Redwings from london, UK — Banksy, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3015423

 

"Je suis assis, lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d'un mur rongé par le soleil."

 Mauvais sang (Une saison en enfer) - Arthur Rimbaud

 

Publié dans Banksy, Rimbaud, Galerie

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L'amour sans s'aimer, s'aimer sans l'amour

Publié le par Pilgrim.

Il y a la maladie

                  Modern Love Maladie

Alex qui court dans la ville la nuit
L'éclat brut d'un poème de Rimbaud
Et deux marques rouges au côté droit.

 

L'amour sans s'aimer, s'aimer sans l'amour

 

Publié dans Carax, Mauvais sang, Pelloches

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Colonel Parker Barnum

Publié le par Pilgrim.

Il a débuté chez Barnum. À bonne école, le bonhomme. Aboyeur de cirque dans la grande maison, il a retenu les leçons de la figure tutélaire, a repris sa méthode à son compte. Colonel Parker qui n'a rien d'un colonel et rien d'un Parker a mis ses pas dans les pas de Barnum, à l'intox s'est forgé une réputation. Une filiation, le rêve américain, pour qui sait saisir sa chance et tromper son monde. Il a suffi qu'il repère son Monstre, celui qui lui apportera aisance et pouvoir, le jeune Elvis, comme Barnum a eu son Tom Pouce. 

Colonel Parker Barnum

Par Auteur inconnu — eBay, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=46927835

Publié dans Colonel Parker, Barnum

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Élixir

Publié le par Pilgrim.

J'ai la foi
Des coquelicots
Fontaine de jouvence

Tard dans la nuit

Élixir

Publié dans Bribes

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Lame de fond

Publié le par Pilgrim.

Lame de fond. Déferlent les rêves d'Empire
Des traînées de poudre rendent certain le pire
La foudre le feu peu importent les soupirs

Droits humains déniés les vindictes délétères
Liberté résiste refuse qu'on l'enterre
Les poings étendards fusent entre ciel et terre.

Lame de fond

Publié dans Des fins de l'histoire

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Ma rencontre avec Demain

Publié le par Pilgrim.

Je croise Demain au pied de mon immeuble. Il a la tête de la fille de Xavier. Un beau visage poupin qui attire la lumière et les regards. Xavier, sur ses talons, traîne un air de chien battu qui me navre. Il ne sait plus quoi inventer pour la retenir. Il parle ; elle s’en moque. La détermination de la demoiselle déteint sur son attitude et sa moue boudeuse. Une détermination festonnée de certitudes ; l’armure indispensable pour tailler la route et renverser les murs. Ils se sont tout dit. Elle n’a plus de mots pour lui. De toutes les façons, il ne comprend rien.
Elle passe devant moi. Dans la foulée, m’adresse un geste de la main. Un petit geste. Juste les doigts qui se lèvent. Elle ne souhaite pas s’arrêter. Elle n’a rien contre moi ; je ne suis pas son père. Je suis comme lui, mais pas lui. Elle n’a rien contre moi ; je n’importe pas. Cependant, avec son père, derrière, qui y croit encore, il n’est pas question de s’attarder. Il saisirait l’aubaine, plaiderait sa cause, jouerait la victime. La supplierait. Je tente :
— Romane ?
Elle ne répond pas. Juste ses doigts levés en rempart, ligne de défense pour me couper l’herbe sous le pied, décourager mes velléités de communication. Pas la peine d’insister. Pas la peine de se justifier. Le temps est compté. Et elle n’en a plus à nous accorder. À lui accorder. J’essaie pourtant :
— Romane…
Elle a déjà parcouru une dizaine de mètres sur le trottoir. Je ne distingue plus que son dos et ses cheveux qui flottent. Et ses jambes trotteuses qui volent sur le macadam et dilatent l’espace entre elle et nous. Elle s’éloigne. Ne se retourne pas. Xavier me rejoint. Je pose une main sur son épaule. Me doute que ça ne le consolera pas. Une étreinte amicale. Une présence. Je ne vois pas quoi ajouter. Je suis incapable de plus. Je n’ai jamais été capable de grand chose. Xavier, non plus. Et jusque là, ça nous allait. On s’en accommodait. Pas elle.
Demain disparaît devant nos yeux d’inutiles et l’on ne sait pas comment l’empêcher. Sa silhouette se fond dans les vastes possibles et l’on réalise qu’on a manqué un truc. Je regarde Xavier. Il a la tête d’Hier enlisé dans les jours d’inertie. J’ai la même tête. Il soutient mon regard. Que peut-on y faire ? Rien. Comme d’habitude.

Publié dans Mes rencontres avec...

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La 27ème mort de Janka

Publié le par Pilgrim.

Immobile et fier sur la corde raide qui reliait la steppe au Mont Jabor, Janka résista aux assauts de Bazouf. Le vent fondait sur lui, dégoulinait le long de son corps, se rattrapait à ses chevilles et tentait de l’attirer dans le vide qui étiolait le désert. Janka résista tant que Bazouf n’eut d’autres ressources que de lui couper les ailes du tranchant de ses lèvres. La corde vrilla. L’équilibre fut rompu.
Janka éclaboussa son ombre.

La 27ème mort de Janka

Publié dans Les 29 morts de Janka

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Lucien, contre

Publié le par Pilgrim.

Il est tellement contre qu'il s'appuie dessus. 
— Fais gaffe, tu vas le péter ! s'alarme Max.
À force de s'ériger contre le système, il finira par le renverser et ils seront bien avancés... mais pas très loin, quand même.
— Arrête !
Lucien ne veut rien savoir. Il s'oppose, n'en démord pas, plante ses dents dedans pour donner du mordant à sa détermination, se les casse sur la résistance de son pote rétrograde et crache un morceau d'incisive.
— J'te laisserai pas faire.
Max, grand conservateur devant l'éternel, veut préserver ses acquis et privilèges de nanti. Il s'interpose, résiste face à la pression destructrice lancée sans discernement par la masse en mouvement du corps insurrectionnel de Lucien. 
— Lâche-moi, se rebiffe celui-ci.
Le récalcitrant n'a pas l'intention de céder. La réaction ne le fera pas plier. Au contraire, il augmente son emprise, tant et tant que le système en vient à vaciller, explose sur le carrelage de la cuisine. Max, effaré, contemple le désastre. Déverse sa colère dessus.
— P'tain, mais quel con ! Et c'est toi qui vas payer les pots cassés, maintenant ? 
Lucien s'étonne du peu d'arguments et de la mauvaise foi de Max.
— T'as déjà vu quelqu'un payer des pots cassés ?

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Reprise

Publié le par Pilgrim.

Les mots recuits au goût du jour. Dix, quinze, vingt ans passent et j'exhume un rêve de lettres, remets le chantier sur la table. Je me dis que ça n'est pas si mal, que ç'aurait pu être pire. J'enlève la poussière ; un monde reprend vie. Mes pas sur les miens, je ne suis plus le même auteur. Je me canalise, coup de vieux. Vais à l'essentiel. Une deuxième jeunesse.
Je ne veux pas me trahir.

Reprise

Publié dans Vous avez dit auteur ?

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