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Ma rencontre avec Bernard Hinault

Publié le par Pilgrim.

Juillet 1984. Quinze jours en camp scout. Sur le tracé du tour. L’étape locale se tient pile poil pendant notre séjour. On réserve la journée pour l’événement. On quitte nos tentes et nos bois, rallie le village et cherche un bon emplacement. Les chefs se décident pour une petite place en bordure d’un stade. Il n’y a pas trop de monde. L’espace est dégagé. On se pose et on attend.
On attend. Ils ne sauraient tarder. On attend. On s’emmerde un peu. On se chicane pour faire passer le temps. Les chefs nous engueulent pour faire passer le leur. On attend. La caravane passe. Elle nous jette à la tête des bricoles. Les copains sont tout contents. Moi, je m’en fous de la casquette de Franck. J’ai quand même récupéré un stylo et des gâteaux ; je ne veux pas rentrer bredouille. L’ennui : avec mon gros lot, j’ai les mains encombrées. Difficile de les brandir pour acclamer le peloton. Je rechigne, cependant, à laisser mon butin quelque part. D’autres seraient capables de me le piquer. Et je n’aurais plus rien à montrer, quand les autres déballeront leurs sacs.
Je voudrais bien qu’ils arrivent, maintenant. Le temps commence à être long. J’aimerais passer à autre chose. Les premières voitures surgissent enfin. Tonio dit que les coureurs vont suivre. Tonio est l’un de nos chefs. Il ne dit que des choses qu’on sait déjà. On se colle à la lisière de la route. La tension monte. On écarquille les yeux. Il ne s’agirait pas de les louper. Moi, c’est Bernard Hinault que je veux voir. Et Laurent Fignon, tant qu’à faire. Au bout de la route, ils apparaissent. Franck n’a pas le temps d’armer son appareil photo. Ils sont déjà passés. Les pentes douces, ça ne pardonne pas.

 

Pour mémoire, et dans l'ordre, le podium de l'année 1984 : Fignon, Hinault, Lemond

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Lucien prend tout au premier degré

Publié le par Pilgrim.

Lucien prend tout au premier degré. Normalement. Néanmoins, la période rend compliquée la chose. Le réchauffement climatique ne lui facilite pas la tâche. Il n'y a que dans son frigo qu'il peut se satisfaire, combler ses attentes. Encore faut-il régler la température de la machine à son minimum et vite se servir. L'atmosphère estivale rend vite le prélèvement inopérant. On atteint le deuxième degré sans avoir le temps de claquer la porte du frigidaire ni de se retourner vers son verre ou son assiette. Au troisième degré, ça lui brûle les doigts. Il n'y a plus qu'à tout lâcher. Dans ces conditions, Lucien reste souvent bredouille et le ventre vide. 
— Tu prends tout au premier degré, lui répète Max, sur un ton désolé comme s'il le soupçonnait de faillir à son devoir.
Lucien, lassé de cette injonction, aimerait s'autoriser quelques exceptions à la règle et des douceurs plus adaptées au climat. 
— Oui, ben je pourrais pas de temps en temps dépasser la limite. C'est épuisant de toujours tout prendre au premier degré. 
Max, surpris, dévisage son ami. Lucien aurait-il un éclair de lucidité ?
— Je suis d'accord avec toi. C'est épuisant !
Lucien ne se le fait pas dire deux fois, prend cette réponse pour une permission à température ambiante, saisit l'occasion aussi chaude que si elle sortait du four et se jette sur les frites de Max, encore tièdes, pour les avaler fissa, avant qu'elles refroidissent. 

Lucien prend tout au premier degré

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Journal, extrait du jour J+71, 15/01/2019

Publié le par Pilgrim.

(...)
Je m’interroge de plus en plus sur la poursuite de ce journal. L’intérêt est limité. Je crois que cette forme n’est pas pour moi. Je ne suis pas un diariste. Je me sens beaucoup plus libre dans la fiction, en dis beaucoup plus long sur moi, les autres et le monde à travers la fiction. Le filtre de la fiction qui permet les audaces et de gratter là où ça pue.
(...)

Journal, extrait du jour J+71, 15/01/2019

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extrait du jour J+69, 13/01/2019

Publié le par Pilgrim.

(...)
Hier, déjeuner avec les membres des Plumes Comtoises. Pour un petit bilan des activités du groupe littéraire et le point sur les salons à venir. Avec toujours pour objectif de sillonner les environs avec nos livres. Le moyen de les diffuser et de porter la bonne parole dans nos campagnes. Le noyau dur du groupe est dynamique. Il est exclusivement constitué de femmes. Il n’y a pas à dire, je le constate de plus en plus, ce sont elles qui ont l’énergie, qui sont à l’origine des initiatives et qui les soutiennent, qui conduisent les projets et les mènent à terme. Il faudrait leur libérer totalement le champ, dans tous les domaines. Notre pays s’en porterait mieux.
À côté, je me sens complètement incapable et inutile.
(...)

Journal, extrait du jour J+69, 13/01/2019

Publié dans Journal : extraits

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