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Il écrit

Publié le par Pilgrim.

Je connais un gars, il écrit, le drôle, il écrit comme je scrolle, le pauvre, avec son petit Bic, hic et nunc, sur son petit carnet. Spirales. Semper et ad nauseam. Des pages et des pages. Mon âme, dit-il, mon âme !
A-t-on déjà entendu pareille ineptie alors qu’un jour sans clic vaut ruine de l’âme ? Il écrit et personne ne le followe. Sa folle vie n’est qu’accrochée à son stylo. Suspendue à une bille qui roule sur un papier.

L’homme aux yeux rouges déments s’en fout.

Fantôme, il trace son néant.

 

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De l'avantage des mots

Publié le par Pilgrim.

Combien de mots avant de jeter le bébé avec l'eau du bain ? Personne ne s'en apercevrait. Mon mot de moins dans l'indifférence absolu. Pourquoi renoncer quand cela ne changerait rien ? Alors, continuer. 
Continuer ou abandonner : une égale absurdité. Alors continuer. Continuer pour tromper le néant. Le néant qui me sauterait au visage si je m'arrêtais. Au moins, les mots le tiennent-ils à distance. Je ne suis pas dupe de l'illusion. Les mots comme un écran de fumée pour marcher au-dessus du vide.

Sombrer avec les mots. 

 

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Feu de paille

Publié le par Pilgrim.

Tu empiles des notes. Tas de mots. Des mots déclassés, relégués par les nouveaux. Et finalement sacrifiés. La course est éperdue après celui d'où jaillira l'étincelle. Auquel s'agrègeront d'autres en brandon que l'on portera en étendard. La révolte sonnera contre l'esprit de défaite. S'étiolera en flammèches lancées au hasard des illusions et s'éteindra d'elle-même, étouffée sous la chape de réalité. À peine persistera le souvenir d'un rêve démiurgique, duquel subsisteront quelques impressions diffuses et l'amertume des projets avortés.

L'homme aux semelles devant - par Ipousteguy

 

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Le travail des profondeurs

Publié le par Pilgrim.

Une idée passe. Un déclic. Des perspectives s'ouvrent. Un vague horizon se profile. Il s'agit de le garder en ligne de réflexion. Qu'il ne se brouille pas. Qu'il ne finisse pas par se dissiper. Alimenter la vision, la nourrir. Il n'est pas temps d'écrire mais de se documenter, de lire, d'écouter, de regarder. De noter. Accumuler des notes dont il sortira bien quelque chose. Dont la plupart s'avèreront inutiles. Des notes, juste des notes. Il n'est pas temps d'écrire.

Sauf à écrire à côté. Pour rien. Comme on s'entraîne. Comme on fait ses gammes. Aligner des mots et des phrases sans arrière-pensées. Juste s'entretenir. Une discipline. Tandis que le travail des profondeurs opère. Que l'œuvre se concrète à notre insu. Consciemment. Inconsciemment. L'on sent que ça remue à l'intérieur.
Un jour, il faudra y aller. Se lancer. Se jeter dans la bataille. Exhumer le travail des profondeurs. Lui donner forme.

 

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Dissolution

Publié le par Pilgrim.

En équilibre instable sur du sable mouvant, où ton immobilité te fait plus sûrement disparaître que ta révolte contre l'indifférence. Tu t'effaces. Tu écris, tu t'effaces. Tes mots, tu ne prends même plus la peine de les tenter en dehors de toi. Tes pages sont comme des trous noirs qui les engloutissent, les compactent dans un entre-deux errant. Ni tout à fait annihilés, ni tout à fait conservés. Piégés. À mesure que tu écris, tu deviens flou, tu perds consistance, tu t'évapores. 

Dissolution

Détail : XiXe, d'El Anatsui

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Impermanence

Publié le par Pilgrim.

À petits pas et petites touches, parfois, les univers s'élaborent. Un grain de sable et, souvent, ils s'effondrent. Il suffit d'un rien pour faire basculer un monde et dévier les cours des existences. Un caillou dans la chaussure, un regard de biais. Le surgissement de l'impensé au moment où on le redoute alors qu'il aurait été le bienvenu, avant. Avant qu'il soit destructeur, au moment où il aurait été générateur. Les destins ne se croisent plus ; ils se chercheront ailleurs dans des déserts incertains. 

Impermanence

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Par un trou de serrure

Publié le par Pilgrim.

Se glisser dans les interstices d'une vie comme dans des espaces de liberté. Le réel bride l'imaginaire. Les personnages historiques engluent les mots dans la glaise du contraint. Un cadre d'où débordent des envies d'interprétation et de dépassement. Se documenter, vérifier, recouper et gommer, à la fin, les envolées auxquelles on s'est laissé aller, endiguer les débordements et suivre le cours d'un récit dont on guette les trous pour s'y engouffrer, plonger dedans tête et divagations premières et ouvrir le champ des possibles fictionnels. Les contradictions entre historiens, biographes et autres experts de la vérité sont du miel pour les rêveurs et les goûteurs d'illusions, source d'inspiration pour les faiseurs de mondes alternatifs.
S'appuyer sur le réel pour mieux s'élancer dans le vide à combler… et inventer. 

 

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Genèse

Publié le par Pilgrim.

D'abord, il n'y a rien. Du rien surgit un mot, puis deux, puis trois. Le fil se déroule. Je tire dessus. Les mots tombent, se bousculent, dilatent cet espace qui grandit à mesure qu'ils s'accumulent. Le verbe se fait chair. La phrase de la Genèse ne prend jamais aussi bien tout son sens, que là, à ce moment où le texte se constitue, où un monde se crée lettre après lettre. 
C'est un mystère qui ne cesse de m'étonner et qui me plonge à chaque fois dans un état d'exaltation. Il suffit de peu de mots, de quelques uns qui en entraînent d'autres, pour qu'une histoire, qu'un univers apparaisse, un qui n'existait pas quelques heures auparavant, dont je n'avais pas conscience, dont je ne savais pas que je le recelais en moi et qui jaillit sans raison, qui se fonde sans que je l'aie prémédité. Certes il faudra tout revoir, retravailler, polir, mais cette étape-là, la plus longue, je la maîtrise, elle relève d'un labeur raisonné, planifié ; la matière est là. Et je me plais à imaginer que cet hypothétique Dieu de la Genèse n'a pas fait autrement, qu'il a créé le monde sans arrière-pensée, l'a construit au fur et à mesure et pris comme il venait au fil de sa plume, selon son humeur, au gré de ses impératifs narratifs, reflet de son esprit malade et tortueux, de son inconscient trouble ; sauf que le vieux barbu, le poil dans la main, après ses biffures de Babel et du déluge s'est vite résigné et dispensé de revenir dessus et de le corriger.
C'est un mystère et à chaque fois un miracle. Un miracle dont je ne sais jamais s'il va se reproduire. Je crains toujours que la source soit tarie. Je me sens vide, redoute ce moment où il faudra que je me lance. Ce qu'on appelle l'angoisse de la page blanche. Le repousse de peur d'y être confronté. Je n'ai plus rien à dire, j'ai raconté ce que je devais ; je suis persuadé que le souffle s'est éteint. Je m'exhorte néanmoins, me force à m'y mettre. Je m'installe à ma table. Un mot. Puis deux. Et à nouveau, je suis Dieu.

Par Michel-Ange Buronarroti — Travail personnel, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=280349

 

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Bousculade

Publié le par Pilgrim.

J'ai des milliers de mots sous le coude. Romans, nouvelles en recueils ou pas, textes en recueils ou pas. Prêts à, en attente de. Qui n'aspirent qu'à un peu de lumière. Des milliers d'autres en cours, en chantier, en construction, en germe, qui se bousculent derrière, réclament leur place dans une file d'attente qui ne cesse de s'allonger. 

C'est triste, des mots qui ne s'envolent pas.

Bousculade

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Reprise

Publié le par Pilgrim.

Les mots recuits au goût du jour. Dix, quinze, vingt ans passent et j'exhume un rêve de lettres, remets le chantier sur la table. Je me dis que ça n'est pas si mal, que ç'aurait pu être pire. J'enlève la poussière ; un monde reprend vie. Mes pas sur les miens, je ne suis plus le même auteur. Je me canalise, coup de vieux. Vais à l'essentiel. Une deuxième jeunesse.
Je ne veux pas me trahir.

Reprise

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