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Genèse

Publié le par Pilgrim.

D'abord, il n'y a rien. Du rien surgit un mot, puis deux, puis trois. Le fil se déroule. Je tire dessus. Les mots tombent, se bousculent, dilatent cet espace qui grandit à mesure qu'ils s'accumulent. Le verbe se fait chair. La phrase de la Genèse ne prend jamais aussi bien tout son sens, que là, à ce moment où le texte se constitue, où un monde se crée lettre après lettre. 
C'est un mystère qui ne cesse de m'étonner et qui me plonge à chaque fois dans un état d'exaltation. Il suffit de peu de mots, de quelques uns qui en entraînent d'autres, pour qu'une histoire, qu'un univers apparaisse, un qui n'existait pas quelques heures auparavant, dont je n'avais pas conscience, dont je ne savais pas que je le recelais en moi et qui jaillit sans raison, qui se fonde sans que je l'aie prémédité. Certes il faudra tout revoir, retravailler, polir, mais cette étape-là, la plus longue, je la maîtrise, elle relève d'un labeur raisonné, planifié ; la matière est là. Et je me plais à imaginer que cet hypothétique Dieu de la Genèse n'a pas fait autrement, qu'il a créé le monde sans arrière-pensée, l'a construit au fur et à mesure et pris comme il venait au fil de sa plume, selon son humeur, au gré de ses impératifs narratifs, reflet de son esprit malade et tortueux, de son inconscient trouble ; sauf que le vieux barbu, le poil dans la main, après ses biffures de Babel et du déluge s'est vite résigné et dispensé de revenir dessus et de le corriger.
C'est un mystère et à chaque fois un miracle. Un miracle dont je ne sais jamais s'il va se reproduire. Je crains toujours que la source soit tarie. Je me sens vide, redoute ce moment où il faudra que je me lance. Ce qu'on appelle l'angoisse de la page blanche. Le repousse de peur d'y être confronté. Je n'ai plus rien à dire, j'ai raconté ce que je devais ; je suis persuadé que le souffle s'est éteint. Je m'exhorte néanmoins, me force à m'y mettre. Je m'installe à ma table. Un mot. Puis deux. Et à nouveau, je suis Dieu.

Par Michel-Ange Buronarroti — Travail personnel, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=280349

 

Publié dans Vous avez dit auteur ?

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Journal, extrait du jour J+44, 19/12/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
Mon éditeur a décidé de jeter l’éponge. Ce n’est pas la première fois qu’il parle d’arrêter mais, cette fois, je pense qu’il franchira le pas. Jacques affronte plusieurs cancers, un combat qu’il mène avec panache et courage. L’édition devient, dans ces conditions, un poids dont il aspire à se délester, d’autant qu’elle ne lui offre guère de satisfactions. Hormis celle du bâtisseur, du découvreur. Il a mené un travail de dingue, sans que celui-ci soit véritablement reconnu dans le milieu. C’est désespérant. Je comprends qu’il veuille tourner la page et se consacrer à lui et à des projets plus personnels.
(...)

Journal, extrait du jour J+44, 19/12/2018

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Journal, extrait du jour J+43, 18/12/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
Je suis au creux de la vague. Aucune publication en vue. Pas de nouveau texte en préparation. Je me sens vide. Je manque de perspective. Je ne suis pas certain de remonter la pente. Pas sûr de jamais atteindre la crête d’une quelconque vague, d’ailleurs. Les vagues, je ne parviens pas à les surfer, je me les prends plutôt dans la tête. Pourtant, il m’est souvent arrivé dans mes thématiques d’être un peu en avance sur mon temps. Que ce soit sur les clandestins, me too, la misère sociale, l’intégrisme religieux ! J’ai écrit des textes avant que tous ces sujets fassent la une de l’actu. Je les ai proposés ; ils ont fini dans mes tiroirs. Les vagues sont passées. Sans moi. Je sais, du moins je savais parce qu’aujourd’hui je n’en suis plus certain, capter l’air du temps et saisir les mouvements souterrains de notre société. Une avance qui, les mois fuyant au fil des refus éditoriaux, se réduit puis s’annule.
(...)

Journal, extrait du jour J+43, 18/12/2018

Publié dans Journal : extraits

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Danse de la pluie

Publié le par Pilgrim.

Entre les gouttes, nous croyons passer. Mais quand gouttes manquent, sols tarissent. Et nous voilà peau sur les os, sans eau, toutes larmes déposées.

L'adieu aux arbres. 

Sur la terre craquelée, seule la hache af.fleur.e. 

Danse de la pluie

Publié dans Des fins de l'histoire

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Journal, extrait du jour J+42, 17/12/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
Le mouvement des gilets jaunes retombe un peu. Le feu couve toujours. Je trouve qu’il y a d’excellentes choses qui en sortent. Finalement. Beaucoup d’idées et de propositions, parfois contradictoires, certaines auxquelles je suis opposé et qui même m’indignent, et d'autres, enthousiasmantes. Il y a une énergie, un bouillonnement qui font plaisir et regonflent le moral. Des gens écrasés qui redressent la tête, retrouvent fierté et estime d’eux-mêmes. Rien que pour ça, ce mouvement est une réussite.
(...)

Journal, extrait du jour J+42, 17/12/2018

Publié dans Journal : extraits

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