Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Journal, extraits du jour J+547, le 05/05/20

Publié le par Pilgrim.

J+547, le 05/05/20
(...)
Il est beaucoup question, ces jour-ci de la culture et de son monde, des plans à mettre en œuvre pour soutenir voire sauver la culture et son monde. Ce serait bien que ce soit l’occasion, aussi, pour le monde de la culture, de descendre de son piédestal et de se remettre en question. Car entre la culture et son monde, force est de reconnaître qu’un fossé s’est creusé. Tel Tartuffe revêtant les habits du religieux et se cachant derrière l’ascétisme affiché de sa religion pour se livrer à ses bassesses, le monde de la culture se dissimule derrière les valeurs proclamées de la culture en s’en instituant les défenseurs pour en prendre le contre-pied dans ses pratiques. La culture et le monde de la culture. Tout les oppose : l’humanisme, l’ouverture d’esprit, la générosité, le partage, la curiosité, le respect de l’autre pour l’une et la consanguinité, l’entre-soi, le mépris, le sectarisme pour l’autre. Je suis sans doute excessif, le propos mériterait de la nuance ; cependant il y a indéniablement du vrai dans ce constat. Il suffit d’observer ce monde avec un peu de discernement et de lucidité, pour que son hypocrisie saute aux yeux. Ainsi, le monde de la culture crie son amour du public. Mais attention : à la condition que celui-ci se contente de le nourrir et de l’applaudir et ne vienne pas se mêler d’art… Voilà des années que j’essaie d’intégrer ce monde de la culture et que je reste dans ses marges, ses marges très éloignées de son centre. Il y a indéniablement de l’amertume dans mes propos, de la tristesse aussi et du ressentiment. Ils sont néanmoins le reflet d’une réalité et le résultat de mes expériences. Si l’on n’appartient pas au sérail, si l’on n’est pas du réseau, si l’on ne connaît pas personnellement tel ou tel acteur du monde de la culture, il est très très compliqué de l’intégrer. Il faut être un génie (mais ceux-là sont très rares) ou avoir une chance exceptionnelle qui voit toutes les planètes s’aligner pour s’engouffrer dans l’ouverture avant qu’elle ne se referme. Ou alors, il faut perdre sa dignité. J’ai vu bon nombre d’artistes tenter d’en être et prêts à beaucoup pour ça. Consacrer plus d’énergie à taper aux portes, à élaborer des stratégies d’entrisme, qu’à créer. Il faut cirer les pompes, s’humilier parfois et affronter la condescendance, les insultes aussi, de ceux qui en sont. Combien de fois ai-je assisté à ce spectacle pitoyable, lors de salon littéraire, du petit auteur s’adressant au grand ou à un quelconque décideur, se répandre en compliments, tout en servitude, pour tenter de se vendre lui et son art, et combien de fois ai-je perçu le mépris de ceux qu’on entreprenait ainsi et qui, se retrouvant entre gens de bonne compagnie se moquaient de ces aspirants. La relation maître esclave, dominant dominé, nanti misérable. C’est affligeant de voir de quoi sont capables certains pour avoir la carte ou être simplement vu, lu, entendu… et comment leurs interlocuteurs, qui se prétendent humanistes, respectueux de la personne humaine, se comportent à leur égard. Et le pire, c’est qu’à force de baisser leur froc, d’aucuns y parviennent, à intégrer ce monde de la culture tant désiré. On les retrouve des années plus tard prendre leur revanche et se venger en humiliant à leur tour les nouveaux prétendants. Je n’ai jamais voulu jouer à ce jeu-là. J’ai toujours refusé de m’avilir. Et me trouve encore et toujours relégué dans les marges de ce tant adulé monde de la culture.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits

Partager cet article
Repost0