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Rendez-vous manqué entre Barnum et Elephant Man

Publié le par Pilgrim.

Rendez-vous manqué entre Barnum et Elephant Man

Il aurait bien voulu l'avoir à son tableau de chasse, ce Joseph Merrick. Son succès à Londres témoigne de son potentiel. Il n'ose imaginer son triomphe aux États-Unis, s'il était tombé entre ses griffes de magicien. Il en aurait fait l'une de ses attractions phares ; il aurait plu des dollars.
Peu importe que sa tournée en Europe continentale ait viré au fiasco. Ils ne savent pas y faire, ses collègues du vieux monde. Complètement dénués d'esprit entreprise et d'imagination. Voyez cette terne histoire d'accident, pendant la grossesse de sa mère ! Ce n'est pas avec ce genre de fables qu'on risque de faire sauter la banque. Barnum, lui, l'aurait enveloppé à sa sauce, le secret des origines de l'Elephant Man. Il aurait inventé une liaison contre-nature, l'enfantement d'une chimère, d'un être hybride. Bref, un récit bien accrocheur, du genre qui frappe les esprits, suscite les curiosités les plus malsaines et remplit les tiroirs-caisses.
Barnum s'en mord les doigts. Il a manqué l'occasion. Il a malencontreusement dédaigné son cas. Il s'est aperçu de son erreur quand le bonhomme s'est fait rouler par son imbécile d'imprésario. La naïveté de Merrick lui a sauté aux yeux. Et les naïfs, Barnum les affectionne. Il suffit de pas grand chose pour en tirer le maximum. Et ce, sans qu'ils se plaignent jamais. Il a tenté de rattraper le coup, a multiplié les démarches pour s'assurer ses services et leur exclusivité et même proposé une offre qui ne se refuse pas afin de s'approprier ses talents. En vain. Frederick Treves, le jeune médecin qui avait pris Elephant man sous sa coupe et sa protection, à son retour en Angleterre n'a rien voulu entendre. 

Nota : ceci est bien sûr pure spéculation de l'auteur.

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Adieu sourires, bonjour tristesse

Publié le par Pilgrim.

Dans la rue où les tueurs de sourires sévissent, les corps s'évitent. Combien de visages tronqués, encagés derrière ces nouveaux murs ? À leur place, des pages blanches qu'aucune encre n'anime, surtout pas de sympathique. En vain, l'on cherche les réactifs, la chaleur, qui les aviveraient.
Les masques tueurs de sourires sont de sortie ; derrière eux sèment le vide dans les regards. La vie se terre au fond des yeux qui se fuient comme s'il fallait qu'ils se préservent ; la défense du refuge des derniers éclats d'humanité.

Adieu sourires, bonjour tristesse

Publié dans Des fins de l'histoire

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Tisser la trame

Publié le par Pilgrim.

J'ai des bouts de ficelles que je noue les uns aux autres. Les raccords sont grossiers. La toile se tisse néanmoins. Il en surgit des accrocs qui donnent des lignes de fuite prometteuses. La corde est raide et peu sûre. Je la remonte ; on ne sait jamais. Des fois qu'en l'étirant, elle me claque entre les doigts et que l'éclair jaillisse. Je m'accroche aux aspérités du tissu pour avancer. Il reste des trous que la raison recommande de contourner. Je plonge dedans, tête la première. Et perds le fil.

Tisser la trame

Publié dans Vous avez dit auteur ?

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Soudain, partir chez Ska Éditions

Publié le par Pilgrim.

Soudain, partir chez Ska ÉditionsDepuis plusieurs années les éditions Ska tracent leur sillon numérique en offrant à la nouvelle un bel espace d'expression. Une large place y est faite à la littérature de genre avec une forte prédilection pour le noir et le rose. Les éditions ne rechignent pas, cependant, à s'en éloigner pour s'ouvrir à des propositions aux frontières moins claires. Soudain, partir, la nouvelle de Frédérique Trigodet (collection Noire Sœur) est l'une d'elle.
L'on connaît la nouvelliste, sa curiosité enthousiaste et son attrait pour la littérature, toute la littérature, sa jubilation à se colleter à des genres variés (voire opposés) sans jamais se laisser enfermer dans un seul. Et c'est sans doute l'une des grandes forces de l'auteure que de n'être jamais où on l'attend, où on pourrait l'attendre. Soudain, partir oscille entre les frontières des genres. N'importe quand, le texte est susceptible de verser dans l'un ou l'autre, tant Frédérique Trigodet en connaît les ressorts et sait jouer avec les clichés (la nuit, la rue, un port, l'errance nocturne et les rencontres afférentes) qui les caractérisent. Elle en évite soigneusement les écueils ; mieux : s'en sert pour développer sa narration et son sujet et attiser l'intérêt du lecteur. Car c'est à une analyse psychologique que se livre l'auteure (un suspense psychologique). Le personnage féminin arrive à un de ces moments cruciaux dans une vie qui peut la faire basculer. La tension qui court durant toute la nouvelle est relative à ce basculement et à l'incertitude qui la concerne. Et on le pressent, tout peut arriver. L'auteure, avec une parfaite maîtrise, use du procédé narratif et d'une écriture limpide et sans fioritures pour se livrer à une étude de personnage des plus profondes et subtiles. Et la grande réussite de ce texte est là, dans ce portrait de femme et la sensibilité avec laquelle il est peint. Tout sonne juste et, à mesure que les traits se précisent, que les failles et les rêves enfouis affleurent, l'attachement grandit. L'humanité qui s'en dégage est telle qu'à la fin on en garde une impression durable.

Soudain, partir, l'excellente nouvelle de Frédérique Trigodet est parue chez Ska Éditions. On peut la trouver dans toutes les bonnes librairies numériques, notamment ici.

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À la source

Publié le par Pilgrim.

Au col du Bussang, j’ai cueilli un début de Moselle. En offrande, te l’ai présenté, demoiselle. Dans mes mains en conque, je l’ai porté à ton visage brûlant, rougi par les myrtilles, le soleil des chaumes et les heures de marche sur les pentes du Drumont. Tu avais la couleur des montagnes, l’été ; dans les yeux, l’éclat des gazons chauffés à blanc, aux sommets. Tu t’es rapprochée, t’es penchée. L’eau fuyait entre mes doigts intimidés. Je les ai resserrés jusqu’à ce que le bout de ton nez chatouille mes paumes, que ta joue rafraîchie effleure mon pouce. À la caresse, j’ai tressailli. Le réceptacle s’est fendu. Un filet de Moselle a dégouliné le long de mes poignets, a coulé sur mes jambes et mes chaussures. Tu t’es redressée et tu as ri. Ton rire a cascadé comme une goutte des Vosges, demoiselle. Par la brèche élargie, mon dernier brin de Moselle l’a rejoint à tes pieds.
Tu as lancé les hostilités. D’une claque à la surface de la fontaine, m’as éclaboussé. Nous avons échangé jets de Moselle, avons dansé autour du bassin, demoiselle. Je t’ai attrapée. Tu m’as tendu tes lèvres. Je t’ai embrassée. Toi, ruisselante de Moselle et de mots doux ; moi, tout contre toi, j’ai déployé mes ailes.

Du col du Bussang, j’ai emporté ton amour, demoiselle, et à mes semelles, la source de la Moselle. L’un s’est tari, l’autre pas.

Nota : ce texte est paru dans le n°166 de la revue Études Touloises (voir ici).

À la source

Publié dans Etudes Touloises, Bribes

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