Désarmé
Il a des pavés plein les bottes, les poings dans les poches.
Il n'a rien sous le coude, plus un tour dans sa manche.
Il est fatigué de tout ça.
Ses illusions des bleus à l'âme.
Il en a gros sur le cœur.
Une croix dessus.
Il suffit d'un peu d'imagination et d'un brin de savoir-faire. Une queue de poisson, un buste d'orang-outan bien conservés feront l'affaire. Une attention particulière à l'assemblage sera indispensable. Que les coutures ne craquent pas, qu'elles se fondent toujours bien dans la chair. On parsèmera d'écailles la tête, de poils les nageoires. Et l'on fabriquera une belle histoire pour donner un peu de crédit à l'ensemble.
Barnum, orfèvre en la matière, racontera la sienne. Il comptera sur un complice pour endosser le costume du savant. Il lui trouvera un nom, une nationalité et des diplômes et le tour sera joué. La chimère pourra être présentée au public.
Un bien sympathique article sur la soirée littéraire du 6 avril 2018 à Champagney, rédigé par Alain Jacquot-Boileau, est paru dans l'Est Républicain du 14 avril 2018.
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Merci à lui et à toutes les personnes présentes (et en particulier à Isabelle André Philippi, initiatrice de cette soirée) à la médiathèque de Champagney pour cette très agréable rencontre.
Origines et naissance du mythe. Il s'agit là de refonder le monde et de lui trouver une nouvelle géographie de l'âme après la dévastation de l'ancien. La femme raconte son amour pour Igor, l'homme né de l'union de l'eau et de la terre, de la femme poisson et de l'homme ours, figé dans une nature atemporelle et matricielle qui a recouvré sa toute puissance magnifique. Matricielles, comme le sont ces figures féminines qui portent la parole, la connaissance et la mémoire, femmes griot, femmes chamans, medicine women ou baba yaga détentrices des secrets de l'univers, alors que les hommes, muets ou aveugles, restent "englaisés" dans leur animalité et leur environnement. Car la nouvelle humanité naîtra des femmes et elles la bâtiront sur le corps mythique d'Igor.
Il s'agit bien d'un roman postacopocalyptique mais davantage qu'à Cormac Mc Carthy et à La route, l'on songe à Antoine Volodine et à son post-exotisme ainsi qu'à Sylvie Germain et notamment à son A la table des hommes (sa première partie, notamment), tant par l'écriture, précise, limpide et poétique de Laurine Roux (dont on connaissait déjà le très grand talent (voir ici)) qui confère à ce roman une beauté poignante et une atmosphère étrange, que par la place primordiale qui est réservée à la nature (on pensera ici à Thoreau et Giono, pour ne citer qu'eux), personnage à part entière dont le lecteur, à l'instar des héros du livre, ne peut qu'accepter l'emprise. Il émane tout au long et à la fin de de ce superbe texte une mélancolie paisible qui bouleverse et qui le rend essentiel.
Une immense sensation de calme, de Laurine Roux, aux éditions Le Sonneur, dans toutes les librairies.
Janka franchit le seuil de la rotonde. Face à son nouvel environnement, conclut à une erreur de transmutation. Des lames incandescentes cisaillaient le désert vitrifié qui s'étendait devant lui. L'enveloppe qu'il avait endossée était inadaptée. Ici, dans ce corps de blatte, pas même une heure il ne survivrait.
Les antennes en berne, il se résigna.
