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Journal, extrait du jour J+10, 15/11/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
Sentiment de vacuité. L’entre-deux, sans doute la période la plus compliquée à vivre, à gérer. Douloureuse (???). L’inconfort et l’incertitude. Le moment le plus passionnant, aussi, celui de tous les possibles. Il faut être à l’affût. Les sens en alerte. S’ouvrir à toutes les impressions. Réceptacle des bonnes comme des mauvaises ondes. Ce ne sont pas les sujets d’indignation qui manquent. L’indignation ne fait pas de bons textes. Sauf à être apprivoisée, endiguée, propulsée. Ce ne sont pas les sujets de préoccupation, non plus, qui manquent. Se mettre en situation de veille. Éponge. S’imbiber. Regarder, écouter, sentir, réfléchir. Je n’ai pas encore la disposition d’esprit pour. Je suis trop tiraillé. Mais peut-être est-ce cela qu’il faut : le tiraillement. Il en jaillira l’idée, l’émotion. Le déclic.
Pour l’heure, je merdoie.
(...)

Journal, extrait du jour J+10, 15/11/2018

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extrait du jour J+8, 13/11/2018

Publié le par Pilgrim.

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J’ai souvent l’impression que certains auteurs n’écrivent que pour eux-mêmes. Rien de mal à cela. Mais pourquoi publier ? Il faut parfois tant d’efforts au lecteur pour entrer dans un texte. Des efforts pas toujours récompensés, quand la réflexion, la conscience, le sentiment, au final, sonnent creux. L’indigence du propos, parfois, maquillée sous des contorsions verbales. Le talent chez les grands est dans la transmission. Ils proposent des branches auxquelles s’accrocher et emportent dans leur vaste monde de mots et de pensées.
Je n’accroche pas. Je passe. Le monde littéraire est peuplé d’imposteurs, de m’as-tu-vu, de grandes gueules. Et de pigeons. La lèpre de l’époque : l’apparence, le clinquant…
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Journal, extrait du jour J+8, 13/11/2022

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Journal, extrait du jour J+7, 12/11/2018

Publié le par Pilgrim.

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J’ai reçu, dans la semaine, les derniers numéros de plusieurs revues littéraires : Dissonances, Daïmon et La Piscine, où j’ai un texte. Une preuve de plus, s’il en fallait, de la vitalité de la littérature dans les marges, hors des circuits officiels. C’est riche, c’est intelligent. Il y a beaucoup de talents même si, trop souvent, marqués d’un esprit de sérieux dont on aurait avantage à se débarrasser. Je ne comprends pas tout, non plus. Laissé au bord de certains textes, sans doute de trop haute volée pour moi. Et de superbes pages, lignes, qui surprennent par leur acuité et bouleversent. La littérature qui se déploie.
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Journal, extrait du jour J+7, 12/11/2018

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Journal, extrait du jour J+5, 10/11/2018

Publié le par Pilgrim.

(...)
Aujourd’hui, 10 novembre. Week-end de commémoration. Centenaire de l’armistice,  fin de la boucherie. L’un de mes arrière-grands-pères n’en est pas revenu. Tué d’une balle dans la poitrine en avril 1915, près d’Ypres en Belgique, au bord du canal de l’Yser, trois jours après le premier emploi par les Allemands des gaz mortels à Ypres, justement. Il était zouave. Il est possible de suivre son parcours du combattant avec ses numéros de Marche, de régiment. De la Marne à cette écluse de Het-Sas. Pour le reste, on remplit les blancs. On imagine. L’horreur. Ma grand-mère n’avait pas deux ans, quand il est mort. On remplit les blancs. On imagine.
Je ne sais pas grand chose. Que sait-on d’une existence ? Il reste les actes de naissance, de décès, notariés. Des chiffres. Une descendance. De rares photos. On remplit les blancs. Le rôle des écrivains. Des artistes. Redonner chair. Une trace. Démiurges.
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Journal, extrait du jour J+5, 10/11/2018

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Ma rencontre avec Amina Belkacem

Publié le par Pilgrim.

On ne se connaît pas. Elle me demande de me déshabiller. Je m’exécute avec empressement. Je ne souhaite pas la contrarier. Son temps est compté. Elle me le signifie en m’indiquant l’endroit où je peux déposer mes vêtements. Il ne s’agirait pas, en plus, de m’étaler.
Je me présente en tenue de combat. Elle m’ordonne de m’allonger. J’obéis, un peu tendu. Pas très à l’aise. Je redoute la suite des événements. Dès que je suis opérationnel, elle me rejoint. À mon chevet, étreint ma cuisse. S’ensuit un déferlement de palpations, massages, torsions. Elle me tourne dans tous les sens. Me tire d’un côté, me presse de l’autre. Me tâte, me pétrit. Tous mes membres y passent. Mes os, mes muscles. Des dont je n’avait même pas conscience. Des parties du corps que nul avant elle n’avait explorés. Le bas du dos, le milieu, le haut aussi. Les hanches, le thorax, les épaules, la nuque. Elle me malaxe, me broie, me concasse. J’entends des cric et des crac. Et puis, tout d’un coup, elle s’interrompt. Elle recule. Au passage me gratifie d’une petite tapette sur la fesse, en conclusion et en prime.
— Ça ira pour aujourd’hui !
Elle s’assied derrière son bureau. Je me relève, laminé, sonné. Peine à me rhabiller. Elle voudrait que je me dépêche. Elle a un autre rendez-vous. Moulu, je vais aussi vite que je peux. Ma dernière chaussure lacée, je me redresse et lui règle la prestation.
— Je vous programme une séance dans 4 à 6 semaines ?
— Ah ? !
— Oui, il faut que vous reveniez. Il y a du boulot.
— Ah !
— On dit le 13 mai à 17h. Ça vous va ?
— Ah ? Euh…
— Ça vous va ou pas ? Sinon, on peut dire le 14 en matinée.
— Euh, c’est que… D’accord, pour le 13.
— On dit le 13 à 17h, alors.
Puis elle me conduit jusqu’à la porte.

Je n’ai jamais revu Amina Belkacem. Je me suis défilé.

Publié dans Mes rencontres avec...

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