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Ma rencontre avec Yann

Publié le par Pilgrim.

On m’accoste :
— Tiens, ça te dérange pas de porter la banderole ?
Puis on se tourne vers lui et lui réclame la même chose.
— D’accord… répondons-nous.
Nous acceptons de rendre service et nous retrouvons aussitôt catapultés en tête de manif, intronisés porteurs de slogan.
J’aurais préféré rester dans la mêlée, noyé dans la foule. Je ne sais pas dire non. Pourtant, je goûte assez peu les slogans à l’emporte-pièce. J’apprécie la nuance, discerne de la complexité en toute chose. Or les slogans abolissent la nuance, nie toute complexité. Et celui qu’on nous a refourgué ne fait pas exception. Tant pis ! L’enjeu vaut bien quelques compromissions et raccourcis.
Avec Yann, nous nous échangeons nos prénoms et défilons ensemble. Côte à côte, à trois mètres l’un de l’autre, nous brandissons nos perches respectives entre lesquelles se déploient notre étendard revendicatif. Il n'y a personne entre nous. Les autres sont rangés derrière ou à côté pour ne pas entraver la marche de notre enseigne. Nous avançons en scandant des mots d’ordre ineptes. Il s’agit de faire du bruit. Je jette des coups d’œil vers mon compagnon de route, me sens un peu bête. Il me sourit. Solidarité de façade. Je ne sais pas quoi lui raconter. Nous sommes réunis là pour la même cause. Un lien qui nous rassemble, ténu, fragile, symbolisé par cette banderole qui clame approximativement notre cri du cœur commun, mais qui ne parvient pas à nous rapprocher. Un lien dont l’artificialité se vérifie sitôt la manifestation terminée. Fin du parcours. Nous rendons la banderole à l’organisateur qui nous l’a confiée et prenons congés.
— Au revoir ! À la prochaine !
— À la prochaine !

Publié dans Mes rencontres avec...

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Journal, extraits du jour J+365, le 05/11/2019

Publié le par Pilgrim.

(...)
Un an. Un an que j’ai posé le point final aux XXX. Un an que j’attends leur publication. Et rien. Rien en vue. Rien qui se profile. Point mort.
Un an que j’espère l’édition du roman. Un an que je n’ai rien écrit de consistant, en dehors de ma longue nouvelle (c’est déjà ça). Un an que je me consacre à d’anciens textes, à des recueils qui ne voient pas le jour, eux non plus. Un an que je tiens ce journal. Plus ou moins régulièrement. Ce journal qui me paraît si vain et que je poursuis quand même. Dont je peine de plus en plus à percevoir l’intérêt mais dont je me dis que, peut-être, un jour, il sera la source de quelque chose, qu’il constituera les fondations d’un projet littéraire. J’ignore ce que je ferai de ces pages. La plupart, si ce n’est toutes, passeront sans doute à la trappe.
Un an que je merdoie. Joyeux anniversaire !

Un an : l’occasion d’un petit bilan, d’une revue de textes, d’une (re)lecture de ces pages. C’est moins mauvais que je ne pensais. Inégal. Répétitif. Néanmoins, cela se tient. Je ne sais toujours pas ce que j’en ferai.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extraits du jour J+357, le 28/10/2019

Publié le par Pilgrim.

(...)
J’ai participé au salon du livre de Belfort, organisé dans le cadre de la grande foire aux livres. Je n’ai rien vendu. Zéro.
Je n’y étais pas allé l’an dernier. Je m’y suis rendu cette fois, avec rien de bien neuf à proposer. Pour rien, donc. Pour rien, si ce n’est pour revoir quelques camarades auteurs et profiter un peu de l’organisation et de l’accueil fait aux auteurs. Et pour recevoir quelques réflexions bien senties de gens de passage…

(...)

Une dame s’est arrêtée à ma table et à celle de ma voisine, pendant le salon, pour discuter. Au bout d’un moment, elle a prétendu qu’elle me connaissait, qu’elle me suivait depuis une dizaine d’années. J’ai été étonné. Je ne publie vraiment que depuis peu de temps. Elle a confirmé qu’elle connaissait mes écrits. Cela remontait au temps où je participais à des concours de nouvelles. Elle ne voulait pas me révéler dans quelles circonstances elle m’avait découvert, sinon, je la détesterais. Bizarre. Je ne vois pas pour quel motif, j’en serais venu à la détester. J’ai pensé que sans doute elle devait fréquenter les mêmes fora littéraires que moi, sur internet. Elle a refusé de me dire qui elle était… Et puis, au fil de la conversation, elle s’est mise à me balancer des piques bien tranchantes tout en assurant qu’elle appréciait ce que j’écrivais. L’amour vache. Elle m’a demandé si j’étais divorcé, s’est étonnée que je ne le sois pas, que ma conjointe ne m’ait pas largué. Elle m’a ensuite soupçonné de travailler au black, et comme ça n’était pas le cas, s’est scandalisé du fait que je vivais aux crochets de ma femme. Selon elle, je l’exploitais. Elle m’a carrément traité de proxénète quand elle a employé le mot tapin à la place de turbin. Elle s’est reprise, a reculé quand je lui ai fait observer qu’elle m’insultait. Bref… Très bizarre. La femme semblait malheureuse, hantée par des idées noires… Elle échangeait avec ma voisine, auteure d’un témoignage à propos du cancer, et se montrait concernée. Je n’ai pas compris si elle-même était malade ou si l’un de ses proches l’était. Je suis arrivé trop tard dans la conversation (je m’étais absenté de ma table) pour le savoir. Raison pour laquelle je me suis montré patient et ne l’ai pas rembarrée trop brutalement. Bizarre… L’on n’imagine pas être repéré. J’ai tellement l’impression d’écrire dans le vide, que ce soit à travers mes textes ou à travers mon blog, que lorsqu’un ou une inconnue prétend me connaître moi et mes écrits, j’ai du mal à le croire.
Je relis brièvement mes derniers mots. C’est vraiment à chier sur le plan littéraire. Il faudra, si je décide de faire quelque chose de tout ça, tout revoir en profondeur. Ces lignes sont de simples notes, de la matière à mettre au chaud pour d’ultérieurs développements.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits

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Pom pom pfff

Publié le par Pilgrim.

Bonne femme de Franche-Comté par Just Becquet

Le pas indiscipliné, mademoiselle Bruine rejoint son pont. Elle sème sur le trajet des onomatopées arrosées de postillons, qui incitent à l’indulgence.
— Pom pom pfff.
Pauvre mademoiselle Bruine ! se désole-t-on, sur son passage, l’air affligé, parfois consterné. L’ignorant déplore sa disgrâce quand le paroissien lui reproche en silence sa décrépitude. C’est qu’il a sa dignité, lui ! Jamais il ne s’autoriserait pareil relâchement. Bref, sous les regards contrits ou sévères de ses congénères, mademoiselle Bruine rejoint son pont.
Emballée dans son éternel manteau noir pelucheux qui la recouvre du cou aux genoux, gainée par un pantalon dont les coutures craquent à chaque changement de saison, chaussée de ses après-skis bleus à tendance grisâtre qui la font transpirer en été, regretter l’été en hiver, qu’il vente ou qu’il fasse beau, elle remonte la même avenue défoncée par des racines récalcitrantes aux inhumations, adeptes de la ventilation par craquellement des sols bétonnés, en déclarant à qui veut l’entendre que son pont, oui oui, que son pont l’attend, et pom pom pfff par-dessus le marché, et soupire, se presse, trébuche parfois, mais sans jamais céder aux impératifs de la gravitation. Le pied résiste à l’attrait de la verticalité, le talon s’arrime vaille que vaille aux aspérités du sol. Elle titube, se rattrape. Pom pom pfff. S’interrompt afin de reprendre son équilibre et trace du doigt des volutes dans l’air aspergé par sa salive atomisée, des arabesques approximatives qui indiquent la direction à suivre. Les piles et le tablier en ligne de mire, ses raisons d’être.
— Pom pom pfff.
Elle avance, sûre de sa trajectoire oscillante, débouche sur le rond-point, au milieu duquel des fleurs dopées aux substances phytosanitaires et illicites se prennent pour des beautés factices en plastique et à travers lequel des voitures vrombissent et accélèrent, afin de s’arroger une place sur l’orbite macadamisée et de la défendre moteur rageur et pourvoyeur en particules fines. À ce moment-là, mademoiselle Bruine n’a d’autre choix que de s’imposer.
— Pom pom pfff.
— Dégage, mémé !
Elle investit la langue noire dévolue aux pneus, sans s’émouvoir des diverses protestations que son ingérence suscite.
— Qu’est-ce qu’tu fous sur la voie ?
— Pom pom pfff, répond-elle.
Mademoiselle Bruine ne s’en laisse pas conter et continue, bringuebalante, bouche brumisateur à plein régime, son expédition vers le pont, son Graal, son étoile. C’est que son pont, oui oui, son pont l’attend.
— Pom pom pfff.
— Mais dégage !
Elle slalome ou serpente – selon le point de vue que l’on adopte, selon la perception reptilienne ou pas de la scène – entre les véhicules suffoqués, contraints de lui céder le passage. De quelques mirettes jaillissent des éclairs de haine, percent des envies d’écrabouillage, heureusement vite refoulées. Heureusement pour mademoiselle Bruine ! Heureusement aussi pour l’automobiliste tenté qui s’évite, de la sorte, d’ultérieures démêlées avec la justice. Rien qu’y penser, son échine se glace ; des bouffées de chaleur couvrent de sueur son front, ses tempes et son cou. Il l’a échappé belle. Aplatir la vieille lui aurait occasionné bien des déboires. Mieux vaut ronger son frein. Ce à quoi il s’adonne en frottant la semelle de son mocassin sur la pédale idoine, pendant que mademoiselle Bruine humidifie l’atmosphère éthanoïque, chargée en émanations carbonées.
— Pom pom pfff.
Elle libère enfin la place. Atteint son objectif, son pont, oui oui, son pont qui l’attendait. Elle en remonte le trottoir jusqu’à son milieu où elle se colle le ventre contre le parapet, juste en surplomb de la voie rapide qu’elle se met à bénir d’un balancement lent de son bras, au-dessus de sa tête. Le moment est au recueillement. En bas, les voitures, encouragées, galvanisées, telles des ouailles reconnaissantes, reçoivent le message et grondent et déboulent de plus belle.
— Pom pom pfff.
Mademoiselle Bruine poursuit son onction, verse son venin sur les capots rutilants et fuyants. Pom pom pfff en litanie. L’huile sainte fluidifie la longue bande en mue perpétuelle qui s’étale devant elle, d’où des signaux transmis par des doigts d’enfants confinés dans les bolides lui parviennent. Pom pom pfff. Au premier coup de klaxon qui trouble son office, elle déploie ses deux bras, les ouvre en grand, se racle la gorge, prend son élan et crache à la venvole et sans intention particulière un monumental glaviot qui atterrit sur un pare-brise moins chanceux que les autres. Elle peut maintenant rentrer chez elle.

Publié dans Portraits crachés

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Journal, extraits du jour J+343, le 14/10/2019

Publié le par Pilgrim.

(...)
Refus supplémentaire. Argumenté, celui-ci. Succinctement argumenté mais argumenté. Des arguments dont je prends acte même s’ils ne se réfèrent, je pense, qu’aux premières pages du roman. Premières pages qui ne présagent pas forcément du reste… L’éditeur m’invite à discuter avec lui de mes projets. Curieux… Si je l’intéresse d’une manière ou d’une autre, il n’a qu’à me contacter.
J’ai croisé Thierry Weber, l’éditeur (...) des éditions Tonnerre de l’Est, implantées à Montbéliard et spécialisées dans la publication de livres relatifs au vin et à la biodynamie. Il m’a encouragé à proposer mon travail à La clé à molette, autre maison montbéliardaise, que je suis aussi depuis un moment et dont j’ai lu plusieurs ouvrages mais dans la ligne de laquelle je ne pense pas être tout à fait… J’ai d’ailleurs plusieurs fois eu l’occasion de croiser cet éditeur, lors de manifestations littéraires. Je lui ai manifesté mon intérêt pour son travail. Il n’a guère manifesté le sien pour le mien. Je ne me vois donc pas taper à sa porte et insister. Ça n’est pas mon genre. Pourtant, contrairement à mes recueils, mon roman (...), je crois, pourrait s’inscrire dans son catalogue.

Pantalonnade médiatique, ce début de week-end, avec l’affaire Dupont de Ligonnès qu’on a cru retrouver. Tous les médias se sont rués dans la brèche de cette supposée réapparition et se sont trouvés fort marris quand l’homme concerné, sur lequel tous les feux se sont braqués, s’est révélé être un retraité bien tranquille. Une histoire d’empreinte digitale partiellement conforme aurait amorcé la machine folle. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Il ne tue pas mais peut provoquer des dégâts sévères.
Dans le même temps, Erdogan continue son offensive dans le nord de la Syrie, face aux Occidentaux impuissants. L’Occident qui n’a plus aucune voix, plus aucune colonne vertébrale diplomatique. La Russie tire les marrons du feu.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits

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