Ma rencontre avec Yann

Publié le par Pilgrim.

On m’accoste :
— Tiens, ça te dérange pas de porter la banderole ?
Puis on se tourne vers lui et lui réclame la même chose.
— D’accord… répondons-nous.
Nous acceptons de rendre service et nous retrouvons aussitôt catapultés en tête de manif, intronisés porteurs de slogan.
J’aurais préféré rester dans la mêlée, noyé dans la foule. Je ne sais pas dire non. Pourtant, je goûte assez peu les slogans à l’emporte-pièce. J’apprécie la nuance, discerne de la complexité en toute chose. Or les slogans abolissent la nuance, nie toute complexité. Et celui qu’on nous a refourgué ne fait pas exception. Tant pis ! L’enjeu vaut bien quelques compromissions et raccourcis.
Avec Yann, nous nous échangeons nos prénoms et défilons ensemble. Côte à côte, à trois mètres l’un de l’autre, nous brandissons nos perches respectives entre lesquelles se déploient notre étendard revendicatif. Il n'y a personne entre nous. Les autres sont rangés derrière ou à côté pour ne pas entraver la marche de notre enseigne. Nous avançons en scandant des mots d’ordre ineptes. Il s’agit de faire du bruit. Je jette des coups d’œil vers mon compagnon de route, me sens un peu bête. Il me sourit. Solidarité de façade. Je ne sais pas quoi lui raconter. Nous sommes réunis là pour la même cause. Un lien qui nous rassemble, ténu, fragile, symbolisé par cette banderole qui clame approximativement notre cri du cœur commun, mais qui ne parvient pas à nous rapprocher. Un lien dont l’artificialité se vérifie sitôt la manifestation terminée. Fin du parcours. Nous rendons la banderole à l’organisateur qui nous l’a confiée et prenons congés.
— Au revoir ! À la prochaine !
— À la prochaine !

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