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Ma rencontre avec le cadavre dans la rivière

Publié le par Pilgrim.

Sur la passerelle qui franchit la rivière, une ombre épaisse emportée par le courant attire mon regard. Je songe à une souche. Puis à un ballot de détritus. La rivière, malheureusement, fait office de décharge. Intrigué, je ralentis, m’approche de la balustrade, scrute les ondes. La forme allongée flotte en suivant les remous de l’eau. Elle arrive au niveau du pont. S’apprête à passer dessous. Je la reconnais. Un corps. Je suis sidéré. Un corps. La rivière charrie le corps d’un homme et l’entraîne jusqu’au barrage inutile, vestige d’un temps ancien. Je crois qu’il s’agit d’un homme. De là où je suis, impossible d’en être certain. Il s’agit d’un homme. Il passe sous le pont, se dirige droit vers le barrage et la marche qu’il impose au parcours de la rivière, une rupture brutale de niveau. Le corps va voler. Je suis fasciné. Le corps va voler. Je me demande s’il est mort. Évidemment qu’il est mort. Je me demande s’il est encore vivant. Évidemment qu’il ne l’est plus. Le visage tourné dans l’eau. À plat ventre. Bringuebalé au gré des mouvements de la rivière, du courant qui se durcit à l’approche du saut. Il va voler. J’entends des cris. De la berge, des gens le montrent du doigt. Les gens s’agitent. L’homme va voler. Emporté par le courant et la chute. Propulsé, précipité dans la cascade. L’écume de la rivière.

Publié dans Mes rencontres avec...

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Journal, extrait du jour J+126, le 11/03/2019

Publié le par Pilgrim.

(...)
La rencontre au collège s’est bien passée. Les élèves étaient bien (trop ?) préparés et leur écoute était attentive. J’étais l’Auteur venu parler de littérature, un statut gratifiant, un intérêt qui réconforte un peu même si l’on sait que ça n’est qu’un jeu de rôles. J’avais parfois l’impression de parler un peu seul mais, globalement, il y avait de la réaction, de la réactivité. Une expérience enrichissante. C’était la première fois que je m’adressais à un public scolaire. J’espère n’avoir pas été trop soûlant. Ils vont devoir écrire un texte à partir d’une brève qu’ils choisiront. Je serai amené à les accompagner dans leur écriture, à les conseiller. Exercice difficile, car je ne veux pas empiéter sur leur imaginaire ni influer sur leur texte. Qu’ils écrivent ce qu’ils ont envie d’écrire sans se soucier trop de ce qu’on en pense. Équilibre difficile à trouver. Les guider, les aider pour qu’ils exploitent au mieux leur sujet et leur histoire, tout en restant en retrait par rapport à ce qu’ils souhaitent exprimer.
(...)

Journal, extrait du jour J+126, le 11/03/2019

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extrait du jour J+119, le 04/03/2019

Publié le par Pilgrim.

(...)
La fiction est le seul moyen d’atteindre la vérité, du moins un reflet de la vérité. Et de livrer son intimité. Le journal, l’autofiction, sont des leurres. On ne cesse d’y jouer un rôle, des rôles. Il n’y a que dans la fiction que l’on peut s’affranchir des barrières mentales, sociales et personnelles. Là, que l’on traduira ce que l’on est ou une part de ce que l’on est. Le reste est représentation, je m’en rends de plus en plus compte. Je vais tout de même poursuivre ce journal. Jusqu’à quand ? Je n’en sais rien. Pourquoi ? J’ai l’impression que s’y trame quelque chose qui m’échappe.
J’ai songé qu’il pourrait être la base d’un roman. Un roman qui serait ce journal et dont le cours petit à petit dériverait. Il faudrait que je m’applique un peu plus sur la forme. Sur le fond, aussi. L’idée est en germe. Je vais la laisser perpétrer son œuvre des profondeurs. L’irrigation de l’imaginaire.
Pour l’instant, je navigue à vue. J’alimente. On verra bien.
(...)

Journal, extrait du jour J+119, le 04/03/2019

Publié dans Journal : extraits

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Le silence

Publié le par Pilgrim.

Il y a le silence. Le vrai silence. Pas de ceux qu'on partage et exhorte à écouter. Pas ces silences des feuillages à travers lesquels courent des bruissements qui apaisent, ni ces silences tranquilles qui se nourrissent d'herbes folles, se noient dans le clapotis d'eaux ensommeillées à l'heure de la sieste ; ni même ces civilisés, parsemés de froissements et d'expectatives, qui précèdent le lever de rideau ou attendent le signal du chef d'orchestre. Non : juste le silence.

Le silence

Publié dans Bribes

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