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Les gencives nues de Joice Heth

Publié le par Pilgrim.

 

Joice n'est plus bonne à rien. Lindsay le sait qui s'est bien fait avoir en l'achetant à ce planteur du Kentucky. Il croyait pourtant que son allure de momie ambulante attirerait le chaland, qu'il en tirerait un peu de beurre pour ses épinards. Mais non, le public, ça ne l'intéresse pas. Alors, quand Barnum pose ses mille dollars sur la table, devant lui, il n'hésite pas. L'esclave noire, il la lui fourgue avec ses félicitations. Bon débarras !

Phil le Magnifique, qui a l’œil et beaucoup de nez, prend Joice sous son aile et lui arrache séance tenante les six ou sept dents qu'il lui reste.
— Souris, enjoint-il à la vieille femme.
Elle sourit. Barnum approuve, satisfait. Il ne s'est pas trompé : édentée, elle paraît cinquante ans de plus.

Publié dans Joice Heth

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Visite guidée du Bunker (12) : chaman

Publié le par Pilgrim.

Le bunker, troisième témoignage, chez Jacques Flament Editions.

 

"Daïanzarki a quitté son costume de chauve-souris pour revêtir son poncho à plumes de buses. Il traverse l'écran, me rejoint et me vrille de ses yeux porcins. Il pue."

Le bunker, 3ème témoignage

 

"Que son corps se couvre de plumes ou d'écailles ou de peau humaine peu importe. Qu'il ressemble à un vent démoniaque, à un oiseau ou à un moujik inquiétant peu importe. Que les flammes me détruisent ou me construisent peu importe."

Terminus radieux - Antoine Volodine

 

"On pensait alors qu'on se trouvait dans une galerie d'art, visiteur malgré soi d'une rétrospective de sculptures particulièrement agressives et complexes, se réclamant de l'art destructionniste ou d'autres aberrations d'avant-garde. Les profondeurs et leur chaos, les emboîtements se multipliaient, mais en réalité aucun artiste n'était intervenu dans l'histoire avec le projet de construire du beau ou du conceptuellement torturé. Cette pagaille métallique avait pour cause l'extrême urgence, l'hécatombe parmi les ingénieurs, et aussi les hallucinations des travailleurs soumis à un déluge permanent de neutrons."

Terminus radieux - Antoine Volodine

 

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Retour sur "Import - Export"

Publié le par Pilgrim.

Import - Export

 

 

L'envie de revenir sur mon recueil de nouvelles, Import-Export, paru en mai 2012 et toujours disponible chez Jacques Flament éditions.

"Ulysse rentrait chez lui. Eux partent de chez eux. Leurs voyages sont tout autant semés d'embûches. Ils s'appellent Moussa, Zhen, Hanif, Maria ou Roberto. Certains n'ont pas de nom. Ils vivent à Paris ou à San Diego, en Norvège, au Niger ou en Chine. Ils sont le silence. Ils sont les clandestins. Ils se cognent aux portes de notre monde verrouillé et, parfois, les forcent.
Des histoires inspirées de faits réels, pour accompagner ces femmes et ces hommes dans leur quête, les suivre dans leur périple. Fraternellement."

4ème de couverture

 

 

Un livre qui résonne plus que jamais aujourd'hui, dont j'ai écrit le premier texte, Lampedusa (que l'on peut lire ici), en 2007 et dont je relatais ainsi la genèse, lors d'une présentation : 
"Des mots. Tout commence toujours par des mots. Ceux d'un homme. À la radio. Le matin. Tôt. J'ai l'esprit encore embrumé de sommeil. La voix retient néanmoins mon attention. Une voix rauque. De fumeur. Une langue étrangère. L’italien. Le journaliste traduit. L'homme raconte. Son quotidien de pêcheur. Sur une île dont je n'ai jamais entendu parler. Dont je n'avais encore jamais entendu parler. Et qui est devenue célèbre, depuis. Tristement. L'homme raconte. Il raconte son travail à Lampedusa. Il raconte les clandestins dans les coques de noix. Il raconte ses filets, dans lesquels s'accrochent les corps. Ses filets bousillés.
Toute la journée, les mots me collent à la peau. Me poissent la cervelle. Et le soir, d'autres mots s'imposent. Les miens. Je suis pêcheur à Lampedusa. Comme mon père. Comme le père de mon père... Des générations que ça dure... Des mots qui s'acharnent. Obsédants. Comme une litanie. Il faut que j'écrive. Alors, j'écris.
J'écris l'histoire d'un pêcheur à Lampedusa. Et cette histoire en entraîne d'autres. Des histoires fortes, qui se suffisent à elles-mêmes. J'écris celle de Jia, le cueilleur de myrtilles. De ces hommes sans nom, qu'on envoie par-dessus bord. De ce père perdu, à Agadès. De Maria, coincée à Longyearbyen et que l'on prend pour l'ours blanc. Les personnages se multiplient. Je les suis dans leur quête. Ils me prennent par la main. J'essaie de me faire tout petit. Les accompagne."

Des faits qui se banalisent, notre lot quotidien. Les gens meurent dans des camions, les corps d'enfants s'échouent sur nos plages.On compte les cadavres. « C'est quoi, un migrant ? » me demande ma petite fille.

 

Pour en savoir davantage sur le recueil : "on en parle !"
Par ailleurs, 6 des textes présentés dans l'ouvrage ont été primés ou distingués lors de concours littéraire : Lampedusa (1er prix d'honneur, Talange 2007), Homme libre toujours tu chériras la mer (1er prix, Ecrire sans frontières 2010), Moi S tête de serpent (sélectionné (13ème) pour le recueil 2010 de Calipso), La course du sanglier... (sélectionné (7ème) pour le recueil 2009 de Calipso), Passer la frontière (3ème prix, Mortagne sur Sèvre 2011), Le touareg jardinier (finaliste, La Mandragore 2009)

 

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Des livres et ce que j'en dis

Publié le par Pilgrim.

L'on m'a proposé – et cela m'a à la fois étonné (vu l'audience du blog) et flatté – de me transmettre un livre afin que j'en fasse une petite critique sur ces pages dans ma rubrique Bouquins. Libre à moi d'en dire ce que je voulais, du bien ou du mal. 

Je ne le souhaite pas. Je le précise ici, au cas où, pour prévenir d'autres hypothétiques et peu probables requêtes. Et ce, pour plusieurs raisons.

Comme je suis un "bon gars", un garçon bien élevé, et qu'on ne se refait pas, quand on m'offre un cadeau, je dis merci et assure qu'il me plaît... M'enfin ! Je ne me vois pas "tailler" une oeuvre qu'un auteur m'aurait gracieusement adressée. Mal dans mes chaussures, je me sentirais contraint à une certaine complaisance et ce serait de ma part, au cas où elle me paraîtrait mauvaise, malhonnêteté intellectuelle. 
Je n'écris donc que sur des livres que je me procure moi-même (et n'étant pas masochiste, je choisis des livres susceptibles, a priori, de me plaire (je suis parfois déçu)), et encore... que sur un très petit nombre. Je ne pioche, en effet, que parmi ceux que j'aime, ceux qui suscitent mon enthousiasme, me passionnent, m'intriguent ou me troublent. Une démarche positive, justifiée par le fait que je réserve (mais pas exclusivement : je ne m'interdis pas de me pencher sur des œuvres d'écrivains mieux établis et reconnus, qui revêtent une importance particulière pour moi) ces modestes "éclairages" à des artistes qui n'ont pas voix au grand chapitre médiatique, membres de la confrérie des "petits" auteurs (dont je fais partie). Il y aurait beaucoup de mesquinerie à "flinguer" un auteur qui peine à exister...
Et je le répète : je pioche ! Je ne parle pas de tous les livres que j'apprécie. J'opère selon l'envie, l'humeur, mes disponibilités, mes priorités et ce que j'ai à en dire... Bref... 

Par ailleurs, je me suis aussi donné pour règle de ne mentionner que des œuvres éditées par de vrais (petits) éditeurs, c'est à dire des maisons qui sélectionnent un minimum leurs ouvrages, mènent un travail éditorial et ont une politique commerciale "raisonnable" (exit les maisons qui proposent 200 pages à plus de 30/35 euros et font endosser les frais de publication à la famille et aux amis !!!). Je ne rendrai donc jamais compte – aussi intéressantes fussent-elles – d’œuvres auto-éditées et encore moins éditées à compte d'auteur ou simili, ou d’œuvres publiées par des usines à papier, peu regardantes sur leur contenu.

 Et ceci, conformément à ma propre démarche d'auteur.

Publié dans Vous avez dit auteur ?

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Un paquet de bonnes nouvelles !

Publié le par Pilgrim.

Oui, et on peut s'en réjouir !

Un paquet de bonnes nouvelles !

Beaucoup de bonnes nouvelles à commencer par celles qui émaillent le petit recueil de Danielle Akakpo, Toi, ma p'tite folie, publié aux éditions Zonaires. Sous une plume alerte, avec facétie et toujours beaucoup de tendresse pour ses personnages qui ont une fâcheuse et hilarante propension à confondre leurs désirs avec la réalité, l'auteure nous livre quelques variations sur l'amour et ses illusions assez savoureuses. En quelques lignes, avec un talent éprouvé de conteuse, Danielle Akakpo nous embarque dans ses histoires et les pages défilent sous nos doigts sans que l'on s'en aperçoive. Un mari célibataire le temps d'un week-end de fête nationale, une propriétaire de gîte envahissante, une dame enlisée dans sa vie de couple, un jeune-homme qui se cherche, autant de personnages qui font les frais du regard acéré et caustique de la nouvelliste ; caustique, néanmoins bienveillant, car comme chacun sait : qui aime bien châtie bien !

 

 

Un paquet de bonnes nouvelles !

 

D'excellentes nouvelles, aussi, dans le recueil de Valérie Laplanche, Saison désamour, paru aux éditions Jacques Flament. Après son très brillant Impressions Soleil couchant (Ed. La chouette borgne), la nouvelliste confirme de bien belle manière par un ouvrage sombre et sans concession, où l'humanité et en particulier sa part masculine en prend pour son grade. Le regard est affûté, intelligent et le constat implacable. Noir et désespéré, pourrait-on dire, mais c'est sans compter l'humour, l'humour mordant qui rend jubilatoires ces histoires à double face de domination. Par une écriture riche, visuelle et maîtrisée, aux arabesques fluides qui opèrent comme un charme sur le lecteur, l'auteure nous entraîne exactement là où elle le souhaite pour nous "retourner" à l'issue de récits où le faux-semblant règne en maître et où les certitudes tombent. 

 

 

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Visite guidée du Bunker (11) : l'homoncule

Publié le par Pilgrim.

Le bunker, troisième témoignage, chez Jacques Flament Editions

"Wagner (contemplant la fiole avec ravissement) : 
Le verre, d'une force belle, retentit,
Il se trouble, s'éclaire... Allons, la chose est sûre :
Je vois un être tout petit,
Un homme, qui s'agite, adorable figure.
Que voulons-nous, que veut le monde entier de plus ?
Le mystère à présent révèle son visage.
Ecoutez, écoutez, ce son d'abord confus,
Il devient voix, devient langage.

Homunculus (dans la fiole, à Wagner) :
Alors, petit papa, tout va bien ? Pas d'erreur.
Allons, viens, presse-moi tendrement sur ton cœur,
Point trop fort cependant, que le verre n'explose.
C'est le propre de chaque chose :
A peine en l'univers le naturel se tient,
Mais à l'artificiel l'espace clos convient."

Second Faust, Acte II - Goethe

 Woman with Homonculus - E Schiele (à cliquer !)

 

Il y a Murnau, Sokourov... et il y a Wegener et Le golem...

 

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Absences

Publié le par Pilgrim.

Absences

Le vide. Les enfants sont partis. Le temps se dilate. J'en profite pour écrire. Comme cela ne m'était plus arrivé depuis longtemps. J'écris. Des heures sans interruption. Je lis, regarde des films, écris encore. Il faut que je termine avant de les retrouver.
Dans l'appartement, le silence. Recouvert par la bande son que je choisis. Sans contrainte. Gouverné par le seul rythme de mon écriture.

Et puis, le manque.

— Allo ! C'est papa !

 

Publié dans Père au foyer

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Les portes closes

Publié le par Pilgrim.

J'ai plusieurs textes sous la main. Sans en terminer aucun, comme si je leur refusais de s'émanciper. Je retarde l'échéance, reprends, corrige. Me dis que c'est bon. J'envoie à un éditeur, l’Éditeur. Au compte-goutte, tant le geste me coûte. Un éditeur qui devrait être le bon ou alors c'est à n'y rien comprendre. Je n'y comprends rien. On se compare, on se jauge, on se trompe. Je suis habitué. La lettre retour, quand il y en a une. Deux mois après, parfois cinq. Et la ligne éditoriale, le programme complet pour deux ans qui verrouillent l'accès. Justement la ligne éditoriale, dans laquelle je suis en plein, malgré ce qu'ils racontent. Je regarde. Je lis. Des mots pour faire passer la pilule du refus. Avec un peu de désinvolture pour que ça glisse. Ça glisse. Je suis habitué. J'ai eu le temps d'écrire depuis mon envoi. De me détacher du texte. Absorbé par autre chose. Les semaines passent. Puis j'y reviens et recommence : un autre éditeur. Le bon, cette fois !

Je suis las de taper aux portes closes.
                               Néanmoins, je continue.
                                                   La tête contre les murs.
                                                                                Avec parcimonie.

Aïe !

Publié dans Vous avez dit auteur ?

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