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Décalé

Publié le par Pilgrim.

En société, il a l'euphorie factice, le rire forcé et le regard fou qui font fuir les gens comme il faut.
Nulle part à sa place, à côté de la plaque,
Seul.

Alors qu'il voudrait se frotter à la foule, la fendre d'un sourire facile.

Il ne sait pas y faire.

Décalé

Publié dans Bribes

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Ma rencontre avec Lucien

Publié le par Pilgrim.

Il m’arrête dans la rue. Me barre le chemin. Bras écartés devant moi, il se présente.
— Bonjour, je m’appelle Lucien, Lucien Sanki tout cela n’aurait pas été possible.
Que lui prend-il ? Il a mal dormi ?
— B… bonjour Lucien. Qu’est-ce qu’il y a ?
Il baisse les bras, se résout à semer son trouble.
— J’ai lu mon livre et il y a des choses qui ne se sont pas déroulées comme vous les décrivez.
Pourquoi me vouvoie-t-il ? Il est bizarre. Comme si nous n’avions pas traversé ensemble toutes ces pages. Comme si nous ne nous connaissions pas sur le bout des doigts. Je m’écarte un peu. Me tiens sur mes gardes.
— Et puis, il y en d’autres que vous avez inventées et d’autres que vous n’avez pas retranscrites.
— Bah, Lucien… Tu sais, on s’éloigne toujours de la réalité quand on écrit. Un livre n’est pas le reflet exact de ce qui se passe.
Il plonge ses yeux dans les miens. J’y décèle un dépit mêlé d’amertume.
— Peut-être, mais maintenant, à cause de vous, je passe pour un con !

 

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Lucien commande son livre

Publié le par Pilgrim.

Lucien commande son livre

Quand il passe devant une librairie et qu'il ne s'y voit pas – cela arrive fréquemment, il faut l'avouer, et même systématiquement, reconnaissons-le – Lucien se demande où il s'est caché. Il entre, s'enquiert du mystère.
— Moi-même ? appelle-t-il des fois que lui-même lui réponde.
La libraire (ou le libraire, c'est selon) vient à sa rencontre.
—  Je peux vous aider ?
Lucien dévisage son interlocutrice, se dit que oui, pourquoi pas, toutes les bonnes volontés sont bienvenues.
— Je cherche mon livre.
— Ah... vous cherchez votre livre...
Lucien acquiesce, c'est exactement ça ! Il est impressionné par la capacité de déduction de la libraire. 
— Et... euh... c'est un livre que vous avez commandé ?
Il réfléchit. Ne s'en souvient pas. C'est peut-être pour ça qu'il ne le voit pas. Il l'a laissé libre de ses actes, sans lui donner de directives, et encore moins d'ordres. 
— Ben non... je le commande pas.
La libraire le considère, perplexe. Lucien se sent obligé de se justifier.
— Je suis pas son chef... euh, mon chef...
C'est surprenant, cette habitude, qu'ont les gens, de tout vouloir hiérarchiser. Lucien soupire. On ne peut donc avoir sa place, dans cette société, et jusque dans les librairies, sans lien de subordination.
— Il faut que je le commande, si je veux me voir ?
La libraire hésite, jette un œil sur ses tables et ses étagères pleines de bouquins.
— Ben, ça dépend. Quel est son titre ?
Lucien la regarde avec des yeux ronds, se demande si elle ne serait pas un peu ancien régime. Sa taille de guêpe laisserait pourtant penser que non.
— Oh, vous savez, j'ai pas de titre ! Je suis ni duc, ni baron, ni quoi que ce soit d'ailleurs, je suis juste Lucien.
La libraire recule prudemment. Un sourire figé témoigne de son inquiétude naissante. Lucien s'en aperçoit et, comme il n'aime pas inquiéter les gens (ce n'est pas son genre), il tente aussitôt de la rassurer en se conformant à ses attentes et se résout à se commander. Il se tourne vers les étalages et porte sa voix.
— Lucien, hurle-t-il, sors de là et montre-toi, c'est un ordre !

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Ma rencontre avec Joséphine

Publié le par Pilgrim.

Joséphine, c’est le prénom qu’elle arbore sur sa blouse. Je lui dis bonjour. Elle m’approuve d’un hochement de tête. Elle enregistre mes courses. Une à une les glisse dans le bac où je les récupère et les mets dans mon caddy. Le travail à la chaîne est coordonné. On croirait qu’on a toujours fait ça ensemble. À tel point que je me dis qu’on formerait un joli tandem, tous les deux. Efficace. Une compétitivité à faire pâlir les plus expérimentés et tomber les primes de rendement dans nos poches. Tout à coup, elle s’arrête. Je lève le nez de mes affaires, en quête d’une explication à cette interruption inopinée. Elle me montre la boîte de préservatifs que je me suis autorisé.
— Faut pas prendre ceux-là, ils sont pas fiables.
Je rougis. Je ne sais plus où me mettre.
— Ah…
Elle les encaisse quand même, passe à la suite. Je suis un peu décontenancé. Et du coup, nettement moins prompt à la tâche. Les produits s’accumulent plus vite que je ne les évacue. Je peine à tenir le rythme. Elle termine avant moi, me donne le prix à payer. Dans la précipitation, je range en vrac mes affaires et sors mon portefeuille. Pendant que je paie, titillée par la responsabilité qui lui incombe et son devoir de prévenir les catastrophes, elle se fend d’un conseil.
— Enfilez-en deux à chaque fois. Ça limitera les risques.
Je balbutie un bgrmphhh en retour. Elle poursuit la leçon.
— Faut pas acheter n’importe quoi, vous savez ! C’est nous, après, qui avons les emmerdes.
Elle me considère avec sévérité. Je réitère mon bgrmphhh, puis m’en vais, contrit.

J’ai jeté la boîte.

Publié dans Mes rencontres avec...

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