La passionnante revue Harfang, dédiée à la nouvelle, a lu Cordes sensibles et y consacre une page dans son n°58 (mai 2021). Je les remercie vivement (et en particulier son maître d'œuvre Joël Glaziou) pour leur éclairage, leur intérêt et leurs mots. Le blog de la revue, c'est ici !
Fabienne Tabard. Fabienne Tabard. Elle déboule de l’escalier. Je la croise dans le hall de l’immeuble. Elle se précipite vers la porte. Je me retourne sur son passage. Dans son sillage, elle laisse un parfum d’irréalité que je hume en songeant à la chance que j’ai. Je grimpe à l’étage, sourire béat, tête dans les étoiles. Fabienne Tabard. Fabienne Tabard. Ma main glisse sur la rampe. Fabienne Tabard. Fabienne Tabard. J’arrive au deuxième palier. L’esprit volatil de Fabienne Tabard hante encore les lieux. Fragrance d’un rêve adolescent. J’ouvre ma porte. Fabienne Tabard. Fabienne Tabard. J’entends Antoine, de l’autre côté de la cloison, qui clame son nom à tue-tête, le répète à l’envi pour se convaincre de son existence, formule magique, dans l’espoir démesuré de la matérialiser, de l’incarner, et qui ce faisant la déréalise. Pure abstraction. Image féminine. Fabienne Tabard. Fabienne Tabard. Je me joins au concert. Scande son nom avec lui. Fabienne Tabard. Fabienne Tabard.
— Oh, c’est pas un peu fini, ce bordel, hurle le voisin du dessous.
Je m'y remets toujours. J'en ai plein la mémoire de mon ordinateur ; j'en rajoute encore. Des mots en ribambelles. Des histoires qui me font oublier l'absurdité de mon geste : combler le néant. Au moins, quand j'écris, j'oublie que ça ne sert à rien.