Il a débuté chez Barnum. À bonne école, le bonhomme. Aboyeur de cirque dans la grande maison, il a retenu les leçons de la figure tutélaire, a repris sa méthode à son compte. Colonel Parker qui n'a rien d'un colonel et rien d'un Parker a mis ses pas dans les pas de Barnum, à l'intox s'est forgé une réputation. Une filiation, le rêve américain, pour qui sait saisir sa chance et tromper son monde. Il a suffi qu'il repère son Monstre, celui qui lui apportera aisance et pouvoir, le jeune Elvis, comme Barnum a eu son Tom Pouce.
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Je croise Demain au pied de mon immeuble. Il a la tête de la fille de Xavier. Un beau visage poupin qui attire la lumière et les regards. Xavier, sur ses talons, traîne un air de chien battu qui me navre. Il ne sait plus quoi inventer pour la retenir. Il parle ; elle s’en moque. La détermination de la demoiselle déteint sur son attitude et sa moue boudeuse. Une détermination festonnée de certitudes ; l’armure indispensable pour tailler la route et renverser les murs. Ils se sont tout dit. Elle n’a plus de mots pour lui. De toutes les façons, il ne comprend rien.
Elle passe devant moi. Dans la foulée, m’adresse un geste de la main. Un petit geste. Juste les doigts qui se lèvent. Elle ne souhaite pas s’arrêter. Elle n’a rien contre moi ; je ne suis pas son père. Je suis comme lui, mais pas lui. Elle n’a rien contre moi ; je n’importe pas. Cependant, avec son père, derrière, qui y croit encore, il n’est pas question de s’attarder. Il saisirait l’aubaine, plaiderait sa cause, jouerait la victime. La supplierait. Je tente :
— Romane ?
Elle ne répond pas. Juste ses doigts levés en rempart, ligne de défense pour me couper l’herbe sous le pied, décourager mes velléités de communication. Pas la peine d’insister. Pas la peine de se justifier. Le temps est compté. Et elle n’en a plus à nous accorder. À lui accorder. J’essaie pourtant :
— Romane…
Elle a déjà parcouru une dizaine de mètres sur le trottoir. Je ne distingue plus que son dos et ses cheveux qui flottent. Et ses jambes trotteuses qui volent sur le macadam et dilatent l’espace entre elle et nous. Elle s’éloigne. Ne se retourne pas. Xavier me rejoint. Je pose une main sur son épaule. Me doute que ça ne le consolera pas. Une étreinte amicale. Une présence. Je ne vois pas quoi ajouter. Je suis incapable de plus. Je n’ai jamais été capable de grand chose. Xavier, non plus. Et jusque là, ça nous allait. On s’en accommodait. Pas elle.
Demain disparaît devant nos yeux d’inutiles et l’on ne sait pas comment l’empêcher. Sa silhouette se fond dans les vastes possibles et l’on réalise qu’on a manqué un truc. Je regarde Xavier. Il a la tête d’Hier enlisé dans les jours d’inertie. J’ai la même tête. Il soutient mon regard. Que peut-on y faire ? Rien. Comme d’habitude.