
Il aurait bien voulu l'avoir à son tableau de chasse, ce Joseph Merrick. Son succès à Londres témoigne de son potentiel. Il n'ose imaginer son triomphe aux États-Unis, s'il était tombé entre ses griffes de magicien. Il en aurait fait l'une de ses attractions phares ; il aurait plu des dollars.
Peu importe que sa tournée en Europe continentale ait viré au fiasco. Ils ne savent pas y faire, ses collègues du vieux monde. Complètement dénués d'esprit entreprise et d'imagination. Voyez cette terne histoire d'accident, pendant la grossesse de sa mère ! Ce n'est pas avec ce genre de fables qu'on risque de faire sauter la banque. Barnum, lui, l'aurait enveloppé à sa sauce, le secret des origines de l'Elephant Man. Il aurait inventé une liaison contre-nature, l'enfantement d'une chimère, d'un être hybride. Bref, un récit bien accrocheur, du genre qui frappe les esprits, suscite les curiosités les plus malsaines et remplit les tiroirs-caisses.
Barnum s'en mord les doigts. Il a manqué l'occasion. Il a malencontreusement dédaigné son cas. Il s'est aperçu de son erreur quand le bonhomme s'est fait rouler par son imbécile d'imprésario. La naïveté de Merrick lui a sauté aux yeux. Et les naïfs, Barnum les affectionne. Il suffit de pas grand chose pour en tirer le maximum. Et ce, sans qu'ils se plaignent jamais. Il a tenté de rattraper le coup, a multiplié les démarches pour s'assurer ses services et leur exclusivité et même proposé une offre qui ne se refuse pas afin de s'approprier ses talents. En vain. Frederick Treves, le jeune médecin qui avait pris Elephant man sous sa coupe et sa protection, à son retour en Angleterre n'a rien voulu entendre.
Nota : ceci est bien sûr pure spéculation de l'auteur.