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Ma rencontre avec Clément D

Publié le par Pilgrim.

Il est accusé d’agressions sexuelles sur mineure. J’en ai froid dans le dos. Et condamné. Son procès s’est achevé. Clément D écope de 14 années de réclusion. Il fait appel.
À deux ou trois reprises, j’ai recouru à ses services. Pour l’entretien du violon de mon fils. Nettoyage, changement des cordes, renouvellement du crin. Remplacement du chevalet. Nous allions chez lui en famille. Une visite éducative. L’atelier d’un luthier éveille l’intérêt. Un artisanat de prestige. Une matière noble : le bois. La musique. Un cocktail attrayant. Un métier, un univers à découvrir. Je suis admiratif de ces artistes qui ne se revendiquent pas tels, amoureux de la belle ouvrage, aux mains d’or. L’homme est conscient de l’aura que lui procure son activité. Il n’est pas indifférent au respect qu’il suscite et en joue. Il nous fait son numéro. Le public lui est acquis. Il en profite, en abuse. Il a la langue bien pendue. La plaisanterie facile, un peu lourde. Une lourdeur que l’aura de sa fonction atténue, excuse. Je le tiens pour un personnage haut en couleur. Il m’amuse. Un sacré personnage. Il n’a rien d’amusant.
Je me rappelle ses blagues douteuses. Le malaise. Je me rappelle ma fille aînée. Je transpire. Je n’ai eu que peu de fois affaire à lui. À chacune de nos visites, j’étais présent. Je songe à ces élèves violonistes qui se rendaient seules à son atelier. L’emprise du bonhomme. Son insistance graveleuse. Ses mots insidieux. Sa présence pesante. Et ses mains.

 

Publié dans Mes rencontres avec...

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Juste un doigt

Publié le par Pilgrim.

Grandois avait les doigts courts. Il ne s’en vantait pas, le malheureux. Surtout pas auprès des jeune filles qu’il entreprenait, et qui, renseignées, l’auraient ignoré. Une bonne longueur de doigt s’avérait essentielle pour initier le type de relations que notre amateur de bonne chair souhaitait nouer avec la gent féminine. Le doigt se devait d’atteindre une taille honorable, s’il voulait combler les aspirations légitimes de ses partenaires. Or, cette taille, ses doigts étaient loin, très loin de l’approcher. L’on pouvait même affirmer que son majeur faisait pitié à voir. Seul son auriculaire, comparativement, tenait la distance. Mais chacun sait à quel point un auriculaire est peu d’utilité dans cet exercice qui requiert un minimum d’amplitude. Son auriculaire, assez conforme à la norme, n’était qu’un auriculaire normal et, à ce titre, inapte à prétendre au statut de majeur. Grandois était donc fort peu pourvu. Et l’agilité dont il faisait montre ne lui servait de rien. Il avait beau les remuer dans tous les sens – ils étaient dotés d’une élasticité indéniable – leur manquaient irrémédiablement les centimètres euphorisants. Grandois en souffrait.
Et les femmes, qui ne s’en apercevaient qu’à l’instant où il trempait sa phalange la mieux calibrée, se considérant flouées – sans doute avaient-elle été leurrées par son patronyme – ne se préoccupaient pas de l’adoucir, sa souffrance. Nul mot de consolation, ni d’encouragement ; les sarcasmes fusaient.
— Tu vas chercher tes gants au rayon enfant, lui lançaient les plus compatissantes.
Cruelles, elles l’accablaient ; néanmoins, il les comprenait. Il ne leur en tenait pas rigueur. Leurs espérances étaient déçues ; il n’avait pas été à la hauteur. Il savait quel sentiment de frustration elles éprouvaient mais surtout, devinait-il, elles se reprochaient leur naïveté. Elles n’avaient pas cerné le bonhomme, n’avaient pas vérifié, au moins d’un bref coup d’œil, la marchandise. Et dans ces moments-là, il culpabilisait un peu.
Piteux, il retirait son doigt du pot. Le jaugeait avec sa victime du jour : qu’elle en attestât les dimensions et s’y résignât. Il lui donnait alors son dû.
— C’est tout ! bredouillait-elle
Il soupirait, haussait les épaules.
— Ben oui, juste un doigt, on avait dit !
Contrariée, elle ramassait le petit pot, plein juste d’un doigt du fameux chocolat fondant de M. Grandois et repartait avec, jurant qu’on ne l’y reprendrait plus.

Chapelle Sixtine (détail) - Michel-Ange

 

Publié dans Portraits crachés

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Journal, extraits des jours J+403, +406, +407 et +410, les 13, 16, 17 et 20/12/2019

Publié le par Pilgrim.

Jour J+403, le 13/12/2019
(...)
Je lis Les Furtifs de Damasio. Pas aussi impressionnant que La horde du Contrevent dont le souffle, la densité et la poésie sont proprement extraordinaires, mais balèze quand même. Un livre-monde, à nouveau. Cet auteur a décidément une énorme puissance de création.
Sinon, rien de particulier à dire. Toujours pas de quoi se réjouir, quand on considère les nouvelles du monde. Chacun son intérêt, son confort et son profit immédiats et tant pis si on va droit dans le mur.
(...)

 

Jour J+406, le 16/12/2019
(...)
Blog, etc… J’alimente. Au moins, il y a ça pour entretenir un minimum mon écriture. La fin d’année approche à grands pas. Je tournerai sans regret cette page 2019. Une page blanche, pour moi. Presque blanche si je tiens compte du collectif qui sort en ce moment : Prendre le large… Le collectif Zonaires qui me permet d’enregistrer une publication en 2019… Les éditions Zonaires qui, par ailleurs, auront été à l’origine de l’une de mes plus grandes déceptions de l’année. Ce rendez-vous manqué autour de mon recueil Les cordes sensibles. Ce recueil que j’ai mis de côté, auquel pourtant je crois.
(...)

 

Jour J+407, le 17/12/2019
(...)
La question n’est plus Y aura-t-il de la neige à Noël ? mais Y aura-t-il la grève à Noël ? Sachant qu’il faudrait peut-être plus s’inquiéter de la réponse à la première question… Le nouveau sommet sur l’environnement s’est achevé sur un flop, chacun retranché derrière ses intérêts particuliers. Alors que la prise de conscience avance chez les peuples, aux niveaux étatiques et financiers elle recule… On est gouverné par des gens qui ne sentent pas concernés, qui considèrent qu’avec leur pognon ils pourront toujours s’en sortir, eux, et tant pis pour les autres.
(...)

 

Jour J+410, le 20/12/2019
(...)
Toujours en roue libre, en ce moment. Je ne me consacre à rien de sérieux. Me livre à des tâches au hasard, sans suite ni détermination. Les fêtes et les vacances arrivent. Il faudra que j’entame l’année qui vient avec une résolution et une énergie bien plus tranchantes, si je veux parvenir à quelque chose en 2020. Je me sens on ne peut plus désabusé. En quête de l’idée, du déclic, de l’envie qui me regonflera à bloc…
(...)

 

 

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Journal, extraits des jours J+394, +395, +400 et +402, les 4, 5, 10 et 12/12/2019

Publié le par Pilgrim.

Jour J+394, le 04/12/2019
(...)
Je suis en roue libre et éloigné de mon travail, en ce moment, à résoudre les divers petits emmerdements domestiques qui nous sont tombés dessus, en cette fin d’année. Sans compter que, financièrement, nous voilà un peu juste. Et donc, pas trop la tête à écrire, pas trop à me concentrer. Il faudra pourtant que je prenne le temps de faire une relecture de MPR, avant les fêtes.
(...)

Jour J+395, le 05/12/2019
(...)
Je n’ai guère avancé.
Grande grève, aujourd’hui.
Voilà !
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Jour J+400, le 10/12/2019
(...)
400 jours ! Et pas mieux.
J’ai commencé ma relecture du recueil mais sans la tête à ça. Avec toujours ces petits tracas qui me détournent de ma tâche. L’année se termine de façon aussi peu enthousiasmante qu’elle s’est déroulée. 2019, un cru à oublier, s’agissant de mon activité littéraire. J’espère un rebond, au moins des perspectives, de quoi dégager l’horizon. Je peux toujours espérer…
(...)

Jour J+402, le 12/12/2019
(...)
J’ai rédigé une nouvelle lucubration. J’en ai une petite trentaine, à présent. Cela commence à faire. J’ignore s’il en sortira quelque chose, un projet éditorial. Je n’ai pas l’intention de sonner aux portes des éditeurs à ce propos. Du moins pas pour l’instant. Peut-être, quand j’en aurai une cinquantaine… D’ici deux ans…

Rien de neuf sur le front des XXX. Je laisse courir jusqu’à janvier. J’envisagerai alors de relancer une campagne (modeste) de soumission. J’ai deux ou trois éditeurs potentiels en tête. On verra.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extrait du jour J+388, le 28/11/2019

Publié le par Pilgrim.

(...)
Un peu de mal à m’y mettre, ces jours-ci. J’ai brièvement revu XX, effectué quelques corrections. Il faut que je m’y consacre davantage. J’aimerais aussi écrire du neuf, un bref texte d’au moins 6000 secs, histoire de m’entretenir. D’entretenir mon potentiel créatif. C’est pompeusement dit mais ça reflète mon souci. Labourer le terrain pour ne pas qu’il devienne stérile. Exercer mes facultés de création. Je suis toujours tiraillé par ce souci du neuf et l’envie d’enfin me libérer de tout ce que j’ai déjà écrit… ou, du moins, d’une partie.
Ce journal, dans ces périodes d’entre-deux et de flou, est bien utile, qui me permet de maintenir un rythme minimum d’écriture. Comme mon blog.

Je n’ai pas encore mentionné, ici, l’affaire Polanski. Le sujet du moment sur lequel les gens s’étripent et qui suscite des échanges outranciers sur les réseaux sociaux et des anathèmes et des lynchages et des procès staliniens. J’ai vu le film, J’accuse. Je suis allé le voir avec ma famille. Je ne crois pas être pour autant un violeur en puissance. Et je ne cautionne pas pour autant le comportement du cinéaste avec les jeunes filles. Le film est excellent. Point. Polanski est un salaud. Point. Sauf que. Sauf que ça n’est pas aussi simple. J’éprouve une gêne à apprécier cette œuvre et, plus généralement, à voir les films de ce cinéaste ou ceux de Woody Allen. De la même façon que j’éprouve, aujourd’hui, une certaine gêne quand j’entends, quand j’écoute, la musique de Michael Jackson ou celle de Bertrand Cantat. Ou quand je pense que Voyage au bout de la nuit est l’un des plus beaux romans que j’ai jamais lus. Oui, j’éprouve de la gêne parce que je ne peux m’empêcher de lier ces œuvres à leur auteur – et comment en serait-il autrement ? – même si ces œuvres n’ont rien à voir avec ce pour quoi ces artistes sont condamnés ou accusés. Alors sans doute devrais-je m’abstenir de les visionner, de les écouter, de les lire… Oui, devrais-je… En même temps, cette posture de rejet ne me satisfait pas. Dois-je, face à une œuvre d’art, adopter un point de vue moral ? Ne puis-je prendre l’œuvre d’art juste pour ce qu’elle est et ne la considérer qu’en tant que telle, en dehors du contexte où elle a été créée, de la moralité de son auteur ? Il y a des œuvres qui sont odieuses, putassières, ignobles et on peut les reconnaître comme telles parce qu’en elles-mêmes, elles le sont. Mais ce n’est pas le cas, ici. Leurs créateurs sont monstrueux ; non leurs créations qui, au contraire, sont magnifiques. La question est difficile à trancher et mérite mieux que les invectives, les jugements à l’emporte-pièce, les fatwas et les déclarations manichéennes.
Pour ma part, je n’ai pas fait grand chose dans ma vie mais, au moins, je n’ai pas fait grand mal. Et ce n’est déjà pas si mal…
(...)

 

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