Journal, extrait du jour J+388, le 28/11/2019
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Un peu de mal à m’y mettre, ces jours-ci. J’ai brièvement revu XX, effectué quelques corrections. Il faut que je m’y consacre davantage. J’aimerais aussi écrire du neuf, un bref texte d’au moins 6000 secs, histoire de m’entretenir. D’entretenir mon potentiel créatif. C’est pompeusement dit mais ça reflète mon souci. Labourer le terrain pour ne pas qu’il devienne stérile. Exercer mes facultés de création. Je suis toujours tiraillé par ce souci du neuf et l’envie d’enfin me libérer de tout ce que j’ai déjà écrit… ou, du moins, d’une partie.
Ce journal, dans ces périodes d’entre-deux et de flou, est bien utile, qui me permet de maintenir un rythme minimum d’écriture. Comme mon blog.
Je n’ai pas encore mentionné, ici, l’affaire Polanski. Le sujet du moment sur lequel les gens s’étripent et qui suscite des échanges outranciers sur les réseaux sociaux et des anathèmes et des lynchages et des procès staliniens. J’ai vu le film, J’accuse. Je suis allé le voir avec ma famille. Je ne crois pas être pour autant un violeur en puissance. Et je ne cautionne pas pour autant le comportement du cinéaste avec les jeunes filles. Le film est excellent. Point. Polanski est un salaud. Point. Sauf que. Sauf que ça n’est pas aussi simple. J’éprouve une gêne à apprécier cette œuvre et, plus généralement, à voir les films de ce cinéaste ou ceux de Woody Allen. De la même façon que j’éprouve, aujourd’hui, une certaine gêne quand j’entends, quand j’écoute, la musique de Michael Jackson ou celle de Bertrand Cantat. Ou quand je pense que Voyage au bout de la nuit est l’un des plus beaux romans que j’ai jamais lus. Oui, j’éprouve de la gêne parce que je ne peux m’empêcher de lier ces œuvres à leur auteur – et comment en serait-il autrement ? – même si ces œuvres n’ont rien à voir avec ce pour quoi ces artistes sont condamnés ou accusés. Alors sans doute devrais-je m’abstenir de les visionner, de les écouter, de les lire… Oui, devrais-je… En même temps, cette posture de rejet ne me satisfait pas. Dois-je, face à une œuvre d’art, adopter un point de vue moral ? Ne puis-je prendre l’œuvre d’art juste pour ce qu’elle est et ne la considérer qu’en tant que telle, en dehors du contexte où elle a été créée, de la moralité de son auteur ? Il y a des œuvres qui sont odieuses, putassières, ignobles et on peut les reconnaître comme telles parce qu’en elles-mêmes, elles le sont. Mais ce n’est pas le cas, ici. Leurs créateurs sont monstrueux ; non leurs créations qui, au contraire, sont magnifiques. La question est difficile à trancher et mérite mieux que les invectives, les jugements à l’emporte-pièce, les fatwas et les déclarations manichéennes.
Pour ma part, je n’ai pas fait grand chose dans ma vie mais, au moins, je n’ai pas fait grand mal. Et ce n’est déjà pas si mal…
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