Tourbe
Le temps où l'espace diffus enlise
Trouble
L'espace où le temps diffus enlise
Je perds racines et cime.
Tourbe.
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Je tourne en rond. Sans parvenir à me focaliser sur un projet, un travail, un texte. Il faudrait que j’écrive de l’inédit pour me recentrer mais, avec toute la masse de mots que j’ai sous le coude, je me demande s’il est bien raisonnable d’en rajouter. En évacuer avant d’en rajouter.
Je voudrais me lancer dans un nouveau projet au long cours, un roman dont je ne tiens encore aucun bout. En dehors de quelques mots, peut-être, desquels tirer un fil. Je nage. Je patine. L’absence de réponse des éditeurs commence à me peser, me plomber. Je ne parviens à m’en abstraire.
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J’ai lu, sur facebook, le commentaire d’un éditeur qui m’a fait sourire. Il a avoué qu’il ne lisait pas tout ce qu’il recevait, parce qu’il ne le pouvait matériellement pas, qu’il évacuait d’office les manuscrits si la lettre d’introduction ne lui plaisait pas ou si, par exemple, il trouvait une faute d’orthographe dans les dix premières lignes du texte. Soit. Dans son élan confessionnel, il a fini par admettre qu’il ne publiait pas les textes qu’il recevait par la poste ou par mail, qu’il ne publiait que des auteurs introduits, conseillés, et qu’il avait bien raison parce que leurs bouquins étaient meilleurs. Hum… Outre le fait qu’on peut se demander, dans ces conditions, pourquoi il attend qu’on lui envoie des textes, cet aveu est assez symptomatique du monde de l’édition d’aujourd’hui. Je crois sincèrement que de plus en plus d’éditeurs (je parle des vrais, de ceux qui ne demandent aucun argent à leur auteur) sont incapables de reconnaître, seuls, un bon texte, de s’en faire leur propre opinion et de décider par eux-mêmes de sa publication. Ils ont besoin de tiers. Ils s’en remettent à d’autres (des auteurs, des gens du milieu, qui sont sensés détenir le savoir et le bon goût). Ils ont besoin qu’on leur apporte un texte sur un plateau. Et leur perception se déformera pour s’adapter à l’opinion qu’on attend d’eux. Il suffit qu’on (une personne du sérail, qui jouit d’une certaine réputation même si celle-ci est surfaite) leur dise qu’untel est à suivre pour qu’ils le prennent en considération, que tel auteur est intéressant pour qu’ils le trouvent intéressant… et en toute sincérité… alors que, sans aucun doute, ils auraient écarté d’un simple revers de main la proposition dudit auteur si celle-ci leur était parvenue par la poste ou par mail, qu’ils l’auraient même jugée médiocre, pas à la hauteur de tous ces autres textes que leurs relations leur soumettent.
Le monde de l’édition n’est qu’un jeu de réseaux. Je le sais, je ne parviens à m’y faire.
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Tu cherches ton Barnum. Le gars qui décèlera le freak en toi. Le révélera au monde ricanant.
Il y a des jours où tu es prêt à te vendre pour peu qu'on te promette un rai de lumière. De la reconnaissance en échange de ton intégrité. Quelle intégrité ? Celle qui te perd dans des abimes d'indifférence. Celle derrière laquelle tu t'abrites et justifies ton inexistence. À partir de quelle compromission renoncer au rien que l'on est ? En vertu de ta vie ratée, cracher dans la main qui se tend.
Tu cherches ton Barnum. Aucun Barnum ne s'intéresse à toi. Tu n'as rien de ces freaks susceptibles d'emballer la machine.
Le diable a mieux à faire. Tu peux remiser ton contrat faustien.
By Matt_Gies (talk) (Uploads) - Bridgeport, centenial half dollar
En équilibre instable sur du sable mouvant, où ton immobilité te fait plus sûrement disparaître que ta révolte contre l'indifférence. Tu t'effaces. Tu écris, tu t'effaces. Tes mots, tu ne prends même plus la peine de les tenter en dehors de toi. Tes pages sont comme des trous noirs qui les engloutissent, les compactent dans un entre-deux errant. Ni tout à fait annihilés, ni tout à fait conservés. Piégés. À mesure que tu écris, tu deviens flou, tu perds consistance, tu t'évapores.
Détail : XiXe, d'El Anatsui
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Je découvre Damasio. La horde du contrevent. Une claque. Du genre à vous remettre à votre place. Et à vous faire renoncer à l’écriture. Je ne renoncerai pas. Je le sais. Les instants de lucidité sont toujours douloureux. Quand les limites de ses propres moyens apparaissent si clairement et que la comparaison devient un couteau dans la plaie. J’ai lu, il y a quelques jours, Ernaux. Je l’avais déjà lue. Autrice encensée, célébrée. Je lis Damasio, aujourd’hui. Rien à voir. Ernaux m’emmerde. Me paraît accessible, trop accessible. Une écriture à portée de plume. Sans trop d’efforts. Où il s’agirait juste de prendre le temps de se regarder. Des livres qui n’impressionnent pas, qui ne m’impressionnent pas. Damasio, en regard. Une autre dimension. Le travail que cela représente. On se sent tout petit, à côté.
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Les vacances scolaires passent et je n’ai pas avancé d’un pouce.
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Notre-Dame a flambé le 15. Une vraie tristesse. C’est une part de l’imaginaire intime et collectif, qui est touchée. Une vive émotion en France et ailleurs et, bien sûr, des polémiques à la pelle. Il y a huit cents ans, on bâtissait des cathédrales sur des dizaines d’années ; aujourd’hui, on bâtit des polémiques en trente secondes. Les cathédrales ont traversé des siècles ; les polémiques traversent la semaine.
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J'aurai le plaisir de rencontrer les lecteurs de Bavans, à l'occasion d'un apéro biblio organisé le 8 novembre, 2024, à 18h, à la bibliothèque. J'y présenterai mon parcours et mon travail et nous discuterons de littérature et d'écriture avant de partager un verre. Un échange dans la convivialité dont je me réjouis d'avance !
Un article de l'Est Républicain du 17 novembre 2024, à propos de la rencontre à Bavans du 8 novembre 2024 :
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Je me donne pour objectif l’écriture de plusieurs nouvelles ou brefs textes, d’ici les vacances d’été. Et de réfléchir à un projet plus vaste, de jeter les bases d’un nouveau roman. Peut-être à tirer de ce qui existe. M’inspirer, par exemple de la novella que je viens d’écrire et à laquelle j’ai fini par donner un titre. (...) L’étayer. La développer. Il y a du potentiel.
J’ai relu, ces derniers jours, quelques nouvelles ou textes rédigés il y a quelques temps, déjà. J’ai été agréablement surpris. Ils ont résisté à mon scepticisme. J’ai même trouvé que certains valaient mieux que ce que je pensais. Qu’ils s’écartaient de l’idée que je m’en faisais. De loin...
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La professeure de français de la classe de 4ème où je suis intervenu m’a transmis, pour que je les commente, les travaux en-cours des élèves. Répartis en six projets, les prémices de textes inspirés de brèves. Des histoires plus ou moins pertinentes ou originales, des idées plus ou moins claires. Le plus grand souci est celui de la cohérence/cohésion. Rester vraisemblable dans le cadre que l’on se donne. Se poser les bonnes questions quant aux ressorts de l’intrigue. C’est intéressant. Je suis curieux de lire les textes qu’ils tireront de leurs notes d’intention et de voir s’ils tiendront compte de mes observations. Ou pas.
Un travail qui m’aura pris un peu de temps.
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