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Les mots perdus se ramassent à la pelle

Publié le par Pilgrim.

Il y a des mots qui me tournaient dans la tête, hier soir, et que j’ai oubliés, ce matin. C’est bien dommage. Le monde s’en remettra. Les mots qui tournent dans ma tête n’ont jamais empêché le monde de tourner… Il est probable que ceux d’hier soir ne dérogeaient pas à la règle. Je n’ai plus idée de ce qu’ils portaient en eux, ni sur quoi ils portaient. Je me souviens seulement que je n’en étais pas mécontent et que je prévoyais de les retranscrire dès que je serais en situation de. Je suis en situation de. Un peu bête. Je n’ai plus les mots.
Je le sais, pourtant, que les mots qui me viennent, il me faut les écrire avant que les vagues successives de mes pensées ne les diluent. La moindre distraction peut leur être fatale, les reléguer dans des limbes où vaporeux et insignifiants ils ne font plus que me hanter. J’ai conscience qu’ils existent sans pouvoir dire ce qu’ils sont. Combien de mots ai-je perdus, ainsi, pour avoir tardé à les enregistrer ? Il est vrai que j’en ai gravé de nombreux autres et ça n’a rien changé à la trace que je laisse. Alors… Un peu plus ou un peu moins ? Pourtant… Difficile de s’abstraire d’un sentiment de perte, alors que plane l’éventualité d’être passé à côté de ma chance. Je me dis que, peut-être, je touchais au Texte, à un suffisamment fort pour me tirer de l’ornière et qu’il m’a échappé du fait de ma seule négligence, parce que j’ai eu la paresse d’aller chercher un bout de papier, un stylo et de le fixer. Persuadé, sur le moment, de mes capacités à en restituer la substance. Je le tiens, je me dis, je le tiens et pffuitt, plus rien…

 

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Madame Gouache et les couleurs

Publié le par Pilgrim.

Paysage normand, de Pierre Bonnard (1920) - musée Unterlinden (Colmar)

Mme Gouache a visité la Grande Exposition. Elle en sort, la tête pleine de couleurs.
— Tout est si gris, ici, se désole-t-elle, en considérant la rue, les trottoirs, les immeubles qui les bordent.
Elle se remémore les bleus pétants, les rouges rutilants, les jaunes lumineux, dont regorgent les salles du musée et s’étonne. Pourquoi le monde est-il si triste, alors qu’il est si radieux et chatoyant sur les toiles qu’elle a admirées ?
Elle décide de remédier à cette anomalie. Elle entre chez un marchand de peinture, achète du vert, du rouge, du bleu, du jaune, du blanc, un gros pinceau, une brosse, une large palette. Puis avec tout son matériel, s’installe devant une façade au hasard et commence à la badigeonner. Aussitôt, un habitant des lieux lui manifeste son mécontentement.
— Que faites-vous ?
— Et bien, j’égaye ! répond-elle, sans dévier de son travail.
— Mais c’est impossible ! Vous n’avez pas le droit ! C’est affreux ! rouspète le fâcheux. Allez-vous en !
Mme Gouache remballe ses affaires et poursuit son chemin. Jusqu’à la devanture d’une boulangerie. Voilà qui mériterait un bon coup de vert ! Elle pose son attirail, saisit sa brosse qu’elle trempe dans le pot de peinture et barbouille le mur de la boutique. Le boulanger se précipite dehors.
— Cessez tout de suite ! Vous êtes folle !
Mme Gouache interrompt son geste et examine son interlocuteur, rouge de fureur. Ce teint vermillon, qu’il arbore, lui saute aux yeux.
— Quel beau rouge ! apprécie-t-elle.
Cependant, le boulanger n’est pas d’humeur à s’extasier sur le sujet.
— Vous n’avez pas le droit ! grogne-t-il. Allez-vous en !
Une fois de plus, Mme Gouache range son équipement et s’en va, oubliant derrière elle, sous la vitrine, quelques traînées vertes.
Elle hésite à présent ; n’ose plus repeindre les murs de la ville. Les gens préfèrent vivre dans le gris, déplore-t-elle. Ils y sont tellement habitués que la moindre atteinte à la tonalité ambiante les effraie. Elle songe à l’habitant et au boulanger qui l’ont éconduite, pense au rouge qui a empourpré ce dernier, un rouge si vif et si différent de celui qu’elle a acheté. Heureusement, se rassure-t-elle, il n’y pas que du gris ! Parfois, une pointe de couleur ravive l’attrait du monde. Elle réfléchit à la composition de ce rouge, quand son regard est attiré par un parterre de fleurs, au coin de la rue. Elle s’émerveille de ses nuances de bleu.
— C’est beau !
Mme Gouache tourne autour du parterre, admet que la couleur anthracite du trottoir rehausse l’éclat des fleurs. Cette observation la rend joyeuse, si joyeuse qu’elle éprouve l’envie de la partager avec un peintre de ses amis.

Celui-ci, un très bon homme qui s’appelle M. Bonnard, l’accueille dans son jardin magnifique. Ce n’est pas la première fois qu’elle y vient, mais jamais avec autant d’acuité, elle n’en avait perçu la splendeur. Bouleversée par le spectacle, elle partage avec son ami ses interrogations sur l’art, les couleurs et le monde. M. Bonnard la contemple, lui sourit, et en tournant son visage vers le soleil qui se reflète sur sa barbe noire, lui répond par ces mots :
— Ce qu’il y a de mieux dans les musées, ce sont les fenêtres.
Et il l’invite à observer le chien orange qui court sur l’herbe bleue.

 

Publié dans Portraits crachés

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Journal, extraits des jours J+550, +553 et +555, les 08, 11 et 13/05/20

Publié le par Pilgrim.

Jour J+550, le 08/05/20
(...)
Le déconfinement se profile. On est en zone rouge, comme prévu. Les collèges ne rouvriront pas tout de suite. Quant aux lycées, il est probable qu’il faudra attendre septembre. G va reprendre le télétravail mais seulement 3 matins par semaine, jusqu’à la fin du mois. La reprise s’annonce molle. Au moins pourra-t-on randonner et pédaler à nouveau. C’est toujours ça.
(...)

 

J+553, le 11/05/20
(...)
Je ne sais pas si je vais m’attaquer maintenant à la suite de mon projet et reprendre notamment ma nouvelle P*** afin de l’y intégrer. Et la développer avec d’autres textes pour constituer une nouvelle partie du roman qui s’ébauche. Roman où chaque chapitre pourrait se lire indépendamment, comme une nouvelle. Je poursuivrai peut-être plus tard. J’ai l’esprit occupé par mon recueil, Cordes sensibles, sur lequel je n’ai encore aucun retour de Zonaires, même s’il est toujours programmé pour septembre. J’y pense et commence à m’inquiéter du contenu, comme à chaque fois qu’une échéance se profile, notamment du contenu de quelques nouvelles que j’ai remodelées pour la dernière version. Je doute de la pertinence des modifications que j’ai apportées et suis tenté à nouveau de tout reprendre. J’aurais bien aimé que l’éditeur me fasse un retour et, s’il faut que je recorrige, qu’il le fasse assez vite.

Aujourd’hui, premier jour du déconfinement. Il pleut à verse. Il ne risque pas d’y avoir grand monde dans les rues. Il faut espérer que tout le monde joue le jeu et respecte les consignes. Je n’aimerais pas passer l’été confiné comme on l’a été. Qu’au moins on se garde la possibilité de s’aérer la tête et le corps sur les sentiers ou à vélo sur les petites routes, dans la nature.
(...)

 

J+555, le 13/05/20
(...)
J’ai quelques pages de plus, m’interroge sur la suite. Le reste viendra tout seul, comme il est venu pour ce qui précède. Je dois encore travailler celui que j’ai démarré cette semaine avant de passer au suivant. Pierre après pierre, ça prend forme. J’ignore quelle allure cela aura à la fin.

J’ai repris mon parcours de course, habituel. Au-delà des 1 kms du confinement. Cela fait du bien de reprendre un peu d’espace. On se sent moins à l’étroit. C’est Gd qui s’en est donné à cœur joie. Il a enchaîné un trail de 15 km dans les collines et bois avoisinants et une sortie vélo de 55 km, dans nos petites montagnes et vallées du coin. J’attends le week-end pour partir en rando. Je ne sais pas encore où.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extraits du jour J+547, le 05/05/20

Publié le par Pilgrim.

J+547, le 05/05/20
(...)
Il est beaucoup question, ces jour-ci de la culture et de son monde, des plans à mettre en œuvre pour soutenir voire sauver la culture et son monde. Ce serait bien que ce soit l’occasion, aussi, pour le monde de la culture, de descendre de son piédestal et de se remettre en question. Car entre la culture et son monde, force est de reconnaître qu’un fossé s’est creusé. Tel Tartuffe revêtant les habits du religieux et se cachant derrière l’ascétisme affiché de sa religion pour se livrer à ses bassesses, le monde de la culture se dissimule derrière les valeurs proclamées de la culture en s’en instituant les défenseurs pour en prendre le contre-pied dans ses pratiques. La culture et le monde de la culture. Tout les oppose : l’humanisme, l’ouverture d’esprit, la générosité, le partage, la curiosité, le respect de l’autre pour l’une et la consanguinité, l’entre-soi, le mépris, le sectarisme pour l’autre. Je suis sans doute excessif, le propos mériterait de la nuance ; cependant il y a indéniablement du vrai dans ce constat. Il suffit d’observer ce monde avec un peu de discernement et de lucidité, pour que son hypocrisie saute aux yeux. Ainsi, le monde de la culture crie son amour du public. Mais attention : à la condition que celui-ci se contente de le nourrir et de l’applaudir et ne vienne pas se mêler d’art… Voilà des années que j’essaie d’intégrer ce monde de la culture et que je reste dans ses marges, ses marges très éloignées de son centre. Il y a indéniablement de l’amertume dans mes propos, de la tristesse aussi et du ressentiment. Ils sont néanmoins le reflet d’une réalité et le résultat de mes expériences. Si l’on n’appartient pas au sérail, si l’on n’est pas du réseau, si l’on ne connaît pas personnellement tel ou tel acteur du monde de la culture, il est très très compliqué de l’intégrer. Il faut être un génie (mais ceux-là sont très rares) ou avoir une chance exceptionnelle qui voit toutes les planètes s’aligner pour s’engouffrer dans l’ouverture avant qu’elle ne se referme. Ou alors, il faut perdre sa dignité. J’ai vu bon nombre d’artistes tenter d’en être et prêts à beaucoup pour ça. Consacrer plus d’énergie à taper aux portes, à élaborer des stratégies d’entrisme, qu’à créer. Il faut cirer les pompes, s’humilier parfois et affronter la condescendance, les insultes aussi, de ceux qui en sont. Combien de fois ai-je assisté à ce spectacle pitoyable, lors de salon littéraire, du petit auteur s’adressant au grand ou à un quelconque décideur, se répandre en compliments, tout en servitude, pour tenter de se vendre lui et son art, et combien de fois ai-je perçu le mépris de ceux qu’on entreprenait ainsi et qui, se retrouvant entre gens de bonne compagnie se moquaient de ces aspirants. La relation maître esclave, dominant dominé, nanti misérable. C’est affligeant de voir de quoi sont capables certains pour avoir la carte ou être simplement vu, lu, entendu… et comment leurs interlocuteurs, qui se prétendent humanistes, respectueux de la personne humaine, se comportent à leur égard. Et le pire, c’est qu’à force de baisser leur froc, d’aucuns y parviennent, à intégrer ce monde de la culture tant désiré. On les retrouve des années plus tard prendre leur revanche et se venger en humiliant à leur tour les nouveaux prétendants. Je n’ai jamais voulu jouer à ce jeu-là. J’ai toujours refusé de m’avilir. Et me trouve encore et toujours relégué dans les marges de ce tant adulé monde de la culture.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extraits du jour J+546, le 04/05/20

Publié le par Pilgrim.

J+546, le 04/05/20
(...)
J’ai terminé de lire l’essai d’Anselm Jappe, La société autophage. Un essai brillant et convaincant sur le système capitaliste et son caractère mortifère ontologique, système qui porte en lui la destruction du monde, de la société, et son autodestruction. Sa démonstration se tient et prolonge des raisonnements qu’un simple constat sur l’état de notre environnement et l’évolution de la société peut inspirer. L’ennui est que le propos s’arrête là. Certes il faut changer de système et reléguer aux oubliettes le capitalisme mais aucune piste n’est donnée pour y parvenir. On fait comment et pour quoi faire ? Les grandes questions sont là : comment et pour quoi ? Quand on entend certains, remplis de haine, on craint que le comment soit résolu par un débordement de violence … Je le redoute… J’ai l’impression, parfois, qu’on n’en est pas loin.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits, Jappe

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Journal, extraits des jours J+541 et +543, les 29/04 et 01/05/20

Publié le par Pilgrim.

J+541, le 29/04/20
(...)
Les mesures de déconfinement ont été précisées. L’ensemble reste tout de même flou. Il y aura des disparités selon le taux de contaminés des départements. Chez nous, le virus circule encore et les services hospitaliers sont toujours bien (trop) sollicités. Le déconfinement, pour nous, risque fort d'être réduit à sa portion congrue. J’espère, néanmoins, que l’on pourra s’aérer un peu dans la nature en randonnée et faire librement du vélo. Des activités qui ne requièrent guère d’interactions sociales.
S’agissant de la reprise scolaire, je crains qu’elle soit très limitée. Pour G, la rentrée au lycée sera probablement reportée à septembre. En ce qui concerne le collège, je ne sais trop encore comment la reprise sera organisée. Ce serait bien, pourtant, que les enfants retournent dans leur établissement et renouent un peu le contact avec leurs camarades et leurs profs. L’enseignement par internet reste, quand même, très restreint. En primaire, et ça ne nous concerne plus, la rentrée est prévue. La maire de Montbéliard, qui ne prend jamais le moindre risque et refuse de se mouiller, a contacté par mail les parents pour leur demander ce qu’ils comptaient faire (le retour à l’école n’étant pas obligatoire). Selon les réponses, elle décidera de la réouverture ou non… Les gens ont peur de tout. Je ne suis pas certain que ce soit un service à rendre aux gosses que de leur épargner l’école.
(...)

 

J+543, le 01/05/20
(...)
Fête du travail en confinement.
J’ai mes cinq nouveaux textes, constitutifs d’une partie. Ils tiennent à peu près la route. Une bonne base de travail. Je les laisse de côté. Les reprendrai plus tard. Je vais songer à la suite. J’écrirai à partir de ma nouvelle P***. Je pense m’y consacrer d’ici quelques temps, a priori pas tout de suite. Je laisse mûrir.
Deux de mes textes sortent en ce moment, dans deux revues. Nuit Cheyenne, dans le numéro 38 de Dissonances et En boucle dans La clarté sombre des réverbères de Jacques Flament. Je suis particulièrement content de figurer à nouveau dans la revue Dissonances, tant le niveau y est relevé et sa qualité éprouvée. J’ai en outre une affection particulière pour ce texte, Nuit Cheyenne.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits

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Toxiques

Publié le par Pilgrim.

C'est moi ou les gens deviennent de plus en plus cons. Toxiques. Cons. Cons. Toxiques. À moins que ce soit les réseaux. 

Cons.

Se défaire des réseaux. 

Ton écran défile. Toxique. Lance des particules de haine. Anathème et t'aime pas. Primaire et déconcomplexé, le racisme ; primaire et déconcomplexé, l'antisémitisme ; primaire et déconcomplexé, l'ostracisme. Faut que ça soit primaire pour que ça passe. Toxique. Pour que ça clique. Et 

ça n'en finit plus de polémiques qui durent le temps que nous ayons craché toutes nos saloperies moisies dans la merde de nos cervelles à nouveau emplies à peine les avons-nous répandues dans un cycle sans fin comme si nous étions des tonneaux des Danaïdes de merde toujours insatiables de merde que par un réflexe compulsif il nous faut encore et toujours déverser partout partout partout

Heureusement, ailleurs n'est pas concomplètement concontaminé. Ailleurs, si si, je trouve matière à espérer.
Si si. 

Dans la foule, d'Albert Besnard (1900) - National Art Gallery

 

Publié dans Des fins de l'histoire

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Journal, extraits des jours J+528 et +539, les 16 et 27/04/20

Publié le par Pilgrim.

J+528, le 16/04/20
(...)
J’ai toujours un jour de retard dans ce journal. Je commence ma journée d’écriture par ces pages, relate donc ce que j’ai fait la veille. Ces pages comme une mise en route, une chauffe avant de me lancer dans le vif du sujet. J’ignore souvent quelle sera mon activité littéraire du jour, ma production. Sauf, bien sûr, quand je travaille sur un ouvrage ou un projet au plus long cours, comme l’écriture d’un texte conséquent ou sa correction. Ce qui, somme toute, est le cas le plus fréquent. Cette semaine, je dois dire que je merdoie. J’écris ici ou là. Va d’un sujet l’autre. Mon blog est idéal pour ces périodes d’entre-deux ; il me permet de continuer à exercer un minimum ma plume alors que je me sens en friche. J’ai toujours en tête cette nouvelle que je devrais écrire, dans la lignée de celle que j’ai écrite la semaine dernière et des précédentes, rédigées plus tôt. Je n’ai pas envie de m’y mettre, pour l’instant.
(...)

 

J+539, le 27/04/20
(...)
Une période un peu flottante, où je prends un peu de recul par rapport à l’actualité si bien que je me mets en marge et hors d’atteinte. Je sais que l’on n’en finit pas de polémiquer, de conjecturer sur ce qu’il faudrait faire ou pas. Chaque jour emportant son lot de débats pour finalement aboutir à rien ou à pas grand chose. Je pense qu’on en fait un peu trop, qu’à force de vouloir être protégé, on renonce à vivre. Je ne suis pas certain que ce soit mieux de vivre plus longtemps, si c’est pour vivre terré, à l’abri de toute agression extérieure, surtout si, comme beaucoup des personnes âgées concernées, on n’est de toute façon pas loin de l’issue. D’aucuns refusent d’envoyer leur môme à l’école. Je ne pense pas que ce soit leur rendre service. Surtout qu’on n’en est pas sorti de cette pandémie et qu’il y a fort à parier qu’en septembre, à la rentrée scolaire prochaine, la situation ne soit pas très différente de celle de mai… Alors quoi ? On va garder les enfants à la maison ? Quand bien même le virus ne les atteindrait que dans d’infimes proportions… Dès qu’on sort de chez soi, on prend des risques. Même chez soi, on n’est pas à l’abri d’un accident.
(...)

 

Publié dans Journal : extraits

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Journal, extraits des jours J+523 et +526, les 11 et 14/04/20

Publié le par Pilgrim.

J+523, le 11/04/20
(...)
Le confinement se poursuit, se prolonge, dure. Les jours se ressemblent. Et je me répète : c’est la déroute économique qui se profile, qui inquiète le plus. Beaucoup risquent de payer cher l’épidémie et de se retrouver dans des situations très difficiles. Si au moins l’on pouvait profiter de cette crise pour reconstruire sur des bases saines et vertueuses, plus respectueuses de l’homme et de la planète, bâtir un modèle plus sobre et solidaire. Où toutes les cartes seraient redistribuées et les richesses enfin partagées.
Un espoir nunuche, sans doute. Une recomposition indispensable, pourtant, qui devrait s’imposer si l’on souhaite éviter le désastre, pas seulement celui du covid, mais tous les autres qui menacent, liés au réchauffement climatique et à la destruction de l’environnement et qui s’annoncent encore plus destructeurs.
Je vois que je me laisse aller à des considérations du café du commerce. Oui. Ça ne fait rien avancer. Ce ne sont que des mots. Ceux-ci traduisent néanmoins une véritable attente.
(...)

 

J+526, le 14/04/20
(...)
Encore un mois, donc, avant d’amorcer un commencement de déconfinement. Jusqu’au 11 mai, à rester enfermé. Deux mois au total ! Peut-être que G devra retourner à son travail plus tôt. Actuellement en télétravail et en chômage partiel, et pour le mois d’avril. On lui demandera peut-être de redémarrer plus tôt. On verra bien.
Je suis un peu dans le flou. Je ne sais quoi faire, s’agissant de mon travail. Quoi écrire ? Me relancer dans un texte inédit, dans le prolongement de celui que j’ai écrit la semaine dernière ou rédiger autre chose, qui n’a rien à voir, ou reprendre des textes plus anciens, ou me consacrer à mon blog, que je dois à nouveau alimenter… Je suis dans le flou et me sens mou, un peu las. Manque de peps. Un peu sec.

Cela fait un moment que je n’ai pas parlé des livres que je lis, ni des films que je regarde. En matière littéraire, rien ne m’a marqué, ces derniers temps. Peut-être est-ce parce que je n’ai pas les dispositions d’esprit pour. Des livres honnêtes, qui se lisent, mais qui ne m’emportent pas. S’agissant des films, j’en vois pas mal en ce moment. Des films que j’ai déjà vus, d’autres que je découvre. Comme Le Satyricon de Fellini, dont la beauté des images m’a cueilli. Une œuvre baroque et puissante. J’ai vu Douleur et gloire, également, d’Almodovar. Dans la lignée des grands films sur la création et les créateurs. Et puis j’ai revu Paris Texas, éblouissant. Un peu long, parfois, mais si profond et humain que cela comble tout le vide que l’on ressent. Vide que Wenders veut nous faire ressentir, celui qui ronge les personnages fracassés. À travers leurs errements, tandis qu'ils hantent des espaces désertés, jusqu'à leur renaissance qui bouleverse. Une vision de l’Amérique de Wenders, inspirée par Hopper.
(...)

 

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Il écrit

Publié le par Pilgrim.

Je connais un gars, il écrit, le drôle, il écrit comme je scrolle, le pauvre, avec son petit Bic, hic et nunc, sur son petit carnet. Spirales. Semper et ad nauseam. Des pages et des pages. Mon âme, dit-il, mon âme !
A-t-on déjà entendu pareille ineptie alors qu’un jour sans clic vaut ruine de l’âme ? Il écrit et personne ne le followe. Sa folle vie n’est qu’accrochée à son stylo. Suspendue à une bille qui roule sur un papier.

L’homme aux yeux rouges déments s’en fout.

Fantôme, il trace son néant.

 

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