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Journal, extraits des jours J+523 et +526, les 11 et 14/04/20

Publié le par Pilgrim.

J+523, le 11/04/20
(...)
Le confinement se poursuit, se prolonge, dure. Les jours se ressemblent. Et je me répète : c’est la déroute économique qui se profile, qui inquiète le plus. Beaucoup risquent de payer cher l’épidémie et de se retrouver dans des situations très difficiles. Si au moins l’on pouvait profiter de cette crise pour reconstruire sur des bases saines et vertueuses, plus respectueuses de l’homme et de la planète, bâtir un modèle plus sobre et solidaire. Où toutes les cartes seraient redistribuées et les richesses enfin partagées.
Un espoir nunuche, sans doute. Une recomposition indispensable, pourtant, qui devrait s’imposer si l’on souhaite éviter le désastre, pas seulement celui du covid, mais tous les autres qui menacent, liés au réchauffement climatique et à la destruction de l’environnement et qui s’annoncent encore plus destructeurs.
Je vois que je me laisse aller à des considérations du café du commerce. Oui. Ça ne fait rien avancer. Ce ne sont que des mots. Ceux-ci traduisent néanmoins une véritable attente.
(...)

 

J+526, le 14/04/20
(...)
Encore un mois, donc, avant d’amorcer un commencement de déconfinement. Jusqu’au 11 mai, à rester enfermé. Deux mois au total ! Peut-être que G devra retourner à son travail plus tôt. Actuellement en télétravail et en chômage partiel, et pour le mois d’avril. On lui demandera peut-être de redémarrer plus tôt. On verra bien.
Je suis un peu dans le flou. Je ne sais quoi faire, s’agissant de mon travail. Quoi écrire ? Me relancer dans un texte inédit, dans le prolongement de celui que j’ai écrit la semaine dernière ou rédiger autre chose, qui n’a rien à voir, ou reprendre des textes plus anciens, ou me consacrer à mon blog, que je dois à nouveau alimenter… Je suis dans le flou et me sens mou, un peu las. Manque de peps. Un peu sec.

Cela fait un moment que je n’ai pas parlé des livres que je lis, ni des films que je regarde. En matière littéraire, rien ne m’a marqué, ces derniers temps. Peut-être est-ce parce que je n’ai pas les dispositions d’esprit pour. Des livres honnêtes, qui se lisent, mais qui ne m’emportent pas. S’agissant des films, j’en vois pas mal en ce moment. Des films que j’ai déjà vus, d’autres que je découvre. Comme Le Satyricon de Fellini, dont la beauté des images m’a cueilli. Une œuvre baroque et puissante. J’ai vu Douleur et gloire, également, d’Almodovar. Dans la lignée des grands films sur la création et les créateurs. Et puis j’ai revu Paris Texas, éblouissant. Un peu long, parfois, mais si profond et humain que cela comble tout le vide que l’on ressent. Vide que Wenders veut nous faire ressentir, celui qui ronge les personnages fracassés. À travers leurs errements, tandis qu'ils hantent des espaces désertés, jusqu'à leur renaissance qui bouleverse. Une vision de l’Amérique de Wenders, inspirée par Hopper.
(...)

 

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Travis, dans la nuit

Publié le par Pilgrim.

Travis dans la nuitTu suis Travis à travers le désert. Il erre, hanté par le désastre de sa vie.
Des grands espaces vides. Des lignes rectilignes, lignes d'une fuite impossible.
Tu entends les mots. Le retour au langage. Tu découvres l'enfant.
L'enfant et sa rencontre. La trace d'un amour fou.
Tu les accompagnes, remontes le cours du temps.
Jusqu'à elle, derrière la vitre sans tain : Jane, son visage, sa voix.
L'histoire. Leur histoire.
Tu vois les retrouvailles de l'enfant et de sa mère.
Tu vois Travis qui y assiste et qui part.

Travis a recollé les morceaux de sa vie de travers. Une pièce manque, la sienne, et tu pleures. Tu ne peux t'en empêcher. Tu te sens Travis, seul, dans la nuit. 

Publié dans Paris Texas, Wenders, Pelloches

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Solveig, l'ange et "Crime and the City Solution"

Publié le par Pilgrim.

 

Solveig, l'ange et "Crime and the City Solution"

 

Dans la salle obscure, Solveig dansait sous le regard amoureux de l'ange, prêt pour elle à brûler ses ailes. Sur la scène, cinq jeunes hommes dégingandés officiaient. Ils ciselaient de la syncope, tels les magiciens métalliques qu'ils étaient. Chaque riff du guitariste accentuait l'abandon. Les vagues se déroulaient et remuaient les entrailles. Sur elles, glissait la voix du sorcier. Vous étiez tenus en haleine, jusqu'à ce qu'une déferlante vous emporte sur les ailes du désir, que les coups du batteur vous suspendent à la barre de la trapéziste. Six Bells Chime répondait en boucle lancinante au mantra qui scandait les errances des anges. Als ich ein Kind war, wäre ich...
Quand j'avais seize ans, je regardais Solveig danser et je voulais voir le ciel de Berlin.

 

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