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Rashomon, le mythe et la condition humaine

Publié le par Pilgrim.

La lumière, l'ombre et les esprits.
Kurosawa, en état de grâce, comme en apesanteur, sonde les mystères de l'âme. Rarement mythe aura été rendu aussi vibrant, la nature aussi vivante, spectatrice omnisciente du drame qui se joue. Forêt hantée par les éclats d'une vérité qui échappe, bruissant des origines qui la fondent et traversée par un Toshiro Mifune en dieu Pan bondissant, entre arrogance et résignation, qui irradie par son énergie.

L'homme se voile la face, écrasé par sa condition. Ment pour se supporter. Il ne sait plus à quel saint se vouer, à quelle illusion s'abandonner. Le désespoir l'accable. Tout petit sous le poids des éléments, sous le poids de ses errances, il pleure. Un rayon de soleil passe. Il s'accroche à sa queue. Il faut bien continuer à vivre. 

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Mulholland Drive ou la clé des songes

Publié le par Pilgrim.

David Lynch est mort.
L'Indien te suit à la trace. Les rideaux rouges s'ouvrent. Et les sourires figés, les regards vides, sur la banquette arrière de la voiture. Tu suis des méandres. La clé bleue. Tu joues à la lisière du réel. Le vide derrière la porte. Tu traverses le miroir. La boîte bleue t'échappe. Tu sombres. Tu rêves ta vie. Un si doux mirage. 

Il y a des artistes sans lesquels tu n'existerais pas.

 

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L'amour sans s'aimer, s'aimer sans l'amour

Publié le par Pilgrim.

Il y a la maladie

                  Modern Love Maladie

Alex qui court dans la ville la nuit
L'éclat brut d'un poème de Rimbaud
Et deux marques rouges au côté droit.

 

L'amour sans s'aimer, s'aimer sans l'amour

 

Publié dans Carax, Mauvais sang, Pelloches

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Déchéance et rédemption

Publié le par Pilgrim.

Déchéance et rédemption

Le néoréalisme a ses fulgurances japonaises.
Fusako, Natsuko, Kumiko et les autres, Nippones ni soumises, tentent de vivre. Dans les rues d'Osaka, livrées à elles-mêmes, femmes puissantes survivent. Sous le joug masculin, noirceur et brutalité pour un mélodrame abrupt, violent et bancal, comme la vie.
Mizoguchi n'est pas misogyne mais génie en son monde dévasté.

 Femmes de la nuit, 1948

 

Photo par Shōchiku - Kinuyo Tanaka et Sanae Takasugi dans Yoru no onna tachi (夜の女たち) (Femmes de la nuit) réalisé par Kenji Mizoguchi - 1948

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Travis, dans la nuit

Publié le par Pilgrim.

Travis dans la nuitTu suis Travis à travers le désert. Il erre, hanté par le désastre de sa vie.
Des grands espaces vides. Des lignes rectilignes, lignes d'une fuite impossible.
Tu entends les mots. Le retour au langage. Tu découvres l'enfant.
L'enfant et sa rencontre. La trace d'un amour fou.
Tu les accompagnes, remontes le cours du temps.
Jusqu'à elle, derrière la vitre sans tain : Jane, son visage, sa voix.
L'histoire. Leur histoire.
Tu vois les retrouvailles de l'enfant et de sa mère.
Tu vois Travis qui y assiste et qui part.

Travis a recollé les morceaux de sa vie de travers. Une pièce manque, la sienne, et tu pleures. Tu ne peux t'en empêcher. Tu te sens Travis, seul, dans la nuit. 

Publié dans Paris Texas, Wenders, Pelloches

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Jeanne et Greta

Publié le par Pilgrim.

Je sais bien que comparaison n'est pas Jeanne et Gretaraison et qu'il faut encore davantage se méfier des comparaisons historiques. Mais bon... avec le film de Bruno Dumont, difficile de ne pas faire le rapprochement, tant il saute aux yeux. Il y a un peu de Jeanne dans Greta Thunberg (et pas mal de ses accusateurs et de leur procès en sorcellerie dans les Bruckner, Onfray, Sarkozy et consorts...).

Le film de Dumont est âpre et rugueux comme le sont l'innocence et la vérité portées sans concession. Il a la pureté d'une nature brute et la simplicité de l'évidence, à l'image de sa jeune interprète.

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Les oiseaux se marrent

Publié le par Pilgrim.

Les oiseaux se marrent

Les épouvantails font se gondoler les oiseaux. Tu me l'as toujours dit. Et c'est au moment où je finis par te croire que tu me laisses, Lion. T'as pas le droit de me laisser. T'avais promis. Notre affaire de station-service, tu l'as oubliée ? Me laisse pas, Lion. Que vais-je devenir sans toi ?

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It's a wonderful life

Publié le par Pilgrim.

Ding dong 
Clarence a gagné ses ailes
La neige tombe à Bedford Falls
Et j'ai une boule d'enfance coincée dans la gorge.

 

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Le programme avec Michel Poiccard

Publié le par Pilgrim.

Le programme avec Michel Poiccard facétieux     insolent         jubilatoire
                                      énergique
                 ému     
     énervé         créatif                

triste
                            fraternel
  gentil                            ébloui                             joyeux               optimiste
 bienveillant      iconoclaste       vivant        généreux                      curieux
        impitoyable                         drôle
   désinvolte              enthousiaste
             révolté
                                  à bout de souffle

 

 

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Les nuits américaines sont sans étoile

Publié le par Pilgrim.

Les 11 fioretti de François d'Assise est un film de Roberto Rossellini. J'ai découvert, il y a peu, cette œuvre lumineuse (je me réjouis quand je pense à tout ce qu'il me reste à découvrir et de savoir que je n'en viendrai jamais à bout) et je souhaitais partager ici mon enthousiasme à travers trois plans. Juste trois plans !

Le ciel et la terre. Le limon et l'éther. L'un et l'autre. L'un dans l'autre. Où l'un devient l'autre. Où l'un est l'autre.
Il y a ce plan, au début, où les moines, quittant le monde institutionnalisé pour le vrai, libérés par le pape Innocent des chaînes qui les liaient à l'orthodoxie et du carcan de l'église, sous un déluge se recroquevillent contre des pierres, pans de murs délabrés. Le retour à la matrice. Le refuge au sein de la terre. Les hommes acculés se serrent, puisent leur force dans la chaleur de l'autre, la matière et la corporéité, alors que leurs visages sont englués dans le ciel, livrés aux trombes d'eau qui déferlent sur eux. Baptême, onction, purification. Le ciel leur tombe à proprement parler sur la tête. Le poids de la responsabilité qui leur échoit. Le prix de la liberté. Entre le ciel et la terre, la jonction se fait. La place est à la grâce. Un plan auquel répond un autre, à la fin du film, où dans une parfaite dialectique, symbole du chemin spirituel parcouru par Saint François et ses frères, l'on voit après qu'ils se soient fait battre et refouler par un homme auquel ils demandaient l'aumône, les corps enlisés dans la boue, avancer difficilement, alors qu'autour d'eux volent des flocons de pollen, comme des étoiles autour de leur tête. La pesanteur et la légèreté. Les personnages, malgré leurs pieds dans la glaise, semblent en suspension. Une éclatante lumière finit de les dématérialiser et d'emporter leur esprit par-delà les espaces aériens. La victoire de l'âme libre, délestée du soi, comme diraient les bouddhistes.
Un troisième plan, central et à couper le souffle, reprend ce motif des étoiles. La séquence se déroule au milieu du film. Il s'agit de celle du lépreux, muette et tournée en nuit américaine (de jour, avec des filtres pour donner un effet de nuit). François prie au milieu de la nature, quand il entend la crécelle d'un lépreux. Il se porte à la rencontre de l'infortuné, qui semble tout droit sorti d'un film de Kurosawa, tel un de ces esprits ou protecteurs de la nature qui hantent l'œuvre du Japonais, et l'embrasse. L'un et l'autre sont gênés. On voit toute la maladresse du moine qui ne sait trop comment s'y prendre pour manifester sa compassion, son amour, sa fraternité, ainsi que la surprise du malade qui se demande s'il n'est pas tombé sur un fou, lui qui n'est pas habitué à ce genre d'effusions. François l'étreint, l'autre se méfie, s'écarte, l'observe. Il y a, comme dans tout le film, du comique, du burlesque dans cette situation. Et une indicible grâce qui se diffuse. Une grâce que décuple ce prodigieux plan qui suit, où le saint, conscient de son incapacité à soulager ses frères de la misère humaine, qui voudrait porter sur ses seules épaules toute la souffrance du monde, se laisse tomber par terre, face contre terre et prie en pleurant, au milieu d'une prairie constellée de pâquerettes éclatantes comme des étoiles. La caméra se redresse, se lève et s'arrête sur le ciel nocturne, lui, vierge de tout astre. L'inversion est réalisée. Le ciel est la terre. Où comment d'une limitation technique (un ciel en nuit américaine est dénué d'étoiles, puisque filmé en plein jour), on produit du sens et de la poésie. 

Les nuits américaines sont sans étoile.

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