1989

Et d'aucuns pensèrent qu'au pied du mur tombé l'histoire s'était dissoute dans les notes de Rostropovitch et disséminée en pluie de cailloux dans les poches d'enfants gâtés qui les exhiberaient comme des trophées sur leurs étagères.

Et d'aucuns pensèrent qu'au pied du mur tombé l'histoire s'était dissoute dans les notes de Rostropovitch et disséminée en pluie de cailloux dans les poches d'enfants gâtés qui les exhiberaient comme des trophées sur leurs étagères.
Faut-il que l'oeuvre soit belle pour résister aussi longtemps à autant d'écoutes. Des dizaines et des dizaines, sans que l'envolée faiblisse. Je trempe ma plume dans la piscine après l'avoir longtemps plongé dans les limbes. Et flotte au-dessus de la lune, porté par les cordes et les murmures du grand Thom. Le souffle ne faiblit pas et emporte vers des contrées insoupçonnées. Combien de mots et de pages noircies ? Les mondes s'ouvrent ; leurs mélodies denses et organiques en donnent les clés.
faisan que j'appelle Duduche je lui ai attribué ce nom parce que ça lui ressemble l'idée m'est venue comme ça on ne contrôle pas tout sans doute parce qu'il a une tête à s'appeler Duduche si tant est qu'on puisse avoir une tête à s'appeler Duduche s'il en y avait une ce serait la sienne surtout quand il se met à courir crête au vent et bec en avant avec sa longue queue à la traîne et ses couleurs en gyrophare c'est d'un comique rien qu'y penser me rend hilare il traverse la rue sans regarder à droite ni à gauche un jour le pauvre se fera écraser ça lui pend au bec plotsch aplati le Duduche ce sera triste le problème est qu'il n'a pas conscience du danger il est vrai qu'il a de la ressource et une pointe de vitesse qui ferait pâlir Usain Bolt faudrait les voir dans un stade pour se rendre compte et comparer leurs performances Usain Bolt versus Duduche l'avantage pour le volatile lui court libéré sans aucune pression quelque soit le résultat pas de questions à se poser après la confrontation il rejoindra le trou de verdure artificiel qui a été arraché au béton en face de chez moi et où il a élu domicile je le vois parfois de ma fenêtre se dandiner à la recherche de boustifaille il va piquer les graines qu'on réserve aux petits oiseaux et qu'ils font tomber des perchoirs au moment de les picorer il n'y a pas de raisons qu'il se prive lui aussi est un oiseau et s'il a grandi il n'y est pour rien on ne peut aller contre sa nature quand on est un faisan il n'y a rien à faire on ne deviendra pas mésange du jour au lendemain il faut s'y résoudre ce sera toujours compliqué de monter aux arbres d'un simple coup d'ailes impossible d'avoir tous les avantages chacun doit se satisfaire de sa part déjà il me fait rire et s'appelle Duduche les mésanges du coin ne peuvent en dire


Premier rendez-vous littéraire de l'année, avec les Plumes Comtoises, le samedi 26 janvier 2019, de 14h à 18h, à Delle.
Et toujours un cadre convivial et chaleureux pour aller à la rencontre des lecteurs et leur présenter nos ouvrages.
Piet Mondrian : L'arbre rouge
1908/1909 - Huile sur toile
Musée municipal de La Haye
"Comme un grand arbre sous ses hardes et ses haillons de l'autre hiver, portant livrée de l'année morte ;
Comme un grand arbre tressaillant dans ses crécelles de bois mort et ses corolles de terre cuite —
Très grand arbre mendiant qui a fripé son patrimoine, face brûlée d'amour et de violence où le désir encore va chanter."
Vents (I-1) - Saint-John Perse
Les nuits en décembre, les rues mouillées font des ciels scintillants sous les pieds comètes des passants.

Eugène l'aime bien, le regard posé sur lui par Clémentine. Un regard qui fait du bien. Qui ne s'arrête pas à sa mâchoire de fer. Elle se porte à son chevet, retape son lit ; l'incite à lui tirer les poils de sa barbe. Elle prétend en riant que ça lui portera chance. Une rare faveur qu'elle lui accorde. En échange de laquelle, elle lui caresse son menton métallique. Il a l'impression qu'il n'y a qu'elle, en dehors de ses compagnons d'infortune et voisins de chambrée, qui peut le comprendre.
Janka suivit la trace des ombres. On lui avait dit qu’elles respiraient encore. Les derniers souffles à recueillir. Le battement étouffé d’un cœur figé. Vestige d’un espoir à puiser au fond de leur gorge. Il s’engouffra entre les parois métalliques, dont les peaux acides rongeaient ses déplacements d’être. Des particules d’éther crépitèrent à leur contact, boursouflèrent leur surface, tissant une dentelle brûlante et acérée qui se propagea le long du chemin jusqu’au bord de la cavité. Janka s’harnacha au fil en fusion, le remonta. À la ligne de précipice, se pencha. Il sonda l’abîme. De l’obscurité essaya d’extirper l’oscillation du temps.


Et qu'est-ce qu'on leur dit aux enfants ? qu'on s'en fout de l'état de la planète dans 15, 30 ou 50 ans du moment, que nous, aujourd'hui, on peut utiliser notre petite auto comme on veut, quand on veut, parce que, bon, on est libre, non, et puis qu'on n'a pas à nous dire comment on doit vivre, si on décide de changer, ben on le décide tout seul, et les autres, ils n'ont qu'à commencer, ils n'ont qu'à montrer l'exemple, parce ce que l'environnement, tout ça, on n'y est pour rien, ce sont les autres, les responsables, nous, déjà, on fait plein de choses pour préserver la nature, que si on n'utilise pas nos pieds, le vélo, le bus ou le train alors qu'on le pourrait pour au moins 30% des déplacements qu'on fait en voiture, c'est parce que ça nous fatigue, que ça nous fait perdre du temps, qu'on est serré, que c'est pas pratique, bref, que ça nous emmerde, et qu'il n'y pas de raison qu'on s'emmerde alors qu'il y a la bagnole, non, et que si on râle, tout ça, contre les taxes destinées à favoriser la transition écologique, contre les impôts (parce que, nous, c'est sûr qu'on en veut des services publics mais il n'y a pas de raison que ce soit nous qui les payons) et la vie chère, c'est pour eux, les enfants, c'est pour eux qu'on se bat, pour qu'on puisse par exemple leur acheter un cadeau à Noël, un jouet chinois, un jeu électronique, qu'on jettera dans un an pour en prendre un autre, pour qu'on puisse consommer comme tout le monde, on va quand même pas se priver d'un nouveau téléphone, d'une deuxième télé ou d'un abonnement à je ne sais pas quoi, d'autant qu'on a notre petite maison individuelle à chauffer et qu'on y tient à notre petite maison individuelle qui bétonne le paysage et empiète sur les terres agricoles, et les enfants quand dans 15, 30 ou 50 ans, ils se prendront, pleine face et à la chaîne, les crues, les sécheresses, les canicules, les tempêtes et tous les conflits que ce bouleversement engendrera, et qu'à force ils n'auront plus les moyens d'y faire face, ben c'est pas grave, on leur rappellera tout ce qu'on a fait pour eux et... tout ce qu'on n'a pas fait... hein, on leur dit ça, aux enfants ?