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Au fil de la plume

Publié le par Pilgrim.

Écrire à l'aveuglette réserve des surprises. C'est comme marcher sans but, se laisser porter par l'envie, le vent ou les vagues. Sans peur de se perdre ni de tourner en rond. L'on accoste sur des rivages imprévus, que l'on foule étonné de se trouver là. Dépaysement garanti. L'on échoue aussi, parfois, sur des écueils, d'où l'on tire toujours quelques cicatrices à gratter. On rembobine le fil. Par quels détours en est-on arrivé à cette frontière ? Les chemins de traverses, les impasses. Des traces qui s'effacent comme dans le sable mangé par la mer. Il ne faut pas trop chercher à savoir. Cela pourrait nuire au prochain voyage, réduire le champ de ses possibles.

Au fil de la plume

Le voyageur contemplant une mer de nuages, 1818. Huile sur toile, 74,8 × 94,8 cm, Hambourg Kunsthalle
Par Caspar David Friedrich — The photographic reproduction was done by Cybershot800i. (Diff), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1020146

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La 3ème mort de Janka

Publié le par Pilgrim.

À coups de talon, Janka brisa la glace. Des éclats blancs, comme du verre pilé, comme des grains du gros sel qui la fondait et qui lui manquait, poudre de perlimpinpin. La plaque fendillée de partout finit par exploser sous la violence de ses assauts. Janka s’épongea le front.
— Tu vas te casser la figure, lui répéta le père, qui s'était assis sur le seul rocher où bavaient les rayons de soleil du moment.
Janka n’écouta pas. Il martela le sol des pieds. Puis, passa ses semelles dessus afin d’en apprécier la surface. Le père racontait n’importe quoi. Ça ne glissait pas.
— Ça glisse plus, répondit-il, on peut y aller.
Il n’attendit pas l’autorisation ; il risqua un pas puis un autre. Le terrain pilonné remplit son office et lui assura une progression stable. Un mètre tranquille sur ses pattes, jusqu’à ce qu’une lame traîtresse l’envoyât par terre.
— J’te l’avais dit. T’écoutes jamais.
Le père se leva, se dirigea vers lui, tendit une main pour l’aider à se redresser.
— On peut pas passer, expliqua-t-il pour la quinzième fois, c’est pas la peine d’insister.
Janka saisit la main offerte, s’agrippa rageusement à elle. Il ne s’était pas blessé sauf à son amour-propre. Et il en voulut au père, auquel la faute incombait. Il tira aussi fort qu’il le put sur le bras, dans le secret désir de le déséquilibrer ; qu’il tombât aussi, se fît mal, pourquoi pas. Mais le père tint bon ; sur de meilleurs appuis, résista à la traction du fils, qu’il attira vers lui.
— Aïe ! hurla Janka. Tu me fais mal.
En le tirant, le père l’avait cogné contre un bloc de glace. Le garçon en rajouta sur la douleur, exagéra la plainte, sans parvenir à culpabiliser l’homme qui, agacé par ses simagrées et sa mauvaise volonté, le réprimanda.
— Tu pourrais y mettre du tien, aussi !
Le regard que lui lança Janka fut plus tranchant que le froid qui le transperça. Il se dégagea de l’étreinte paternelle. Serra les poings. Ses gants trempés lui brûlèrent les doigts, l’obligèrent à les déraidir. Il attrapa alors un fragment de glace, qu’il jeta contre le sol en direction des pieds du père, vers lesquels il s’éparpilla en mille bris de colère.
— Eh, s’indigna l’homme, faut te calmer ! J’y suis pour rien si t’es tombé.
Janka n’en pouvait plus de l’entendre. Il voulait qu’il se tût, qu’il disparût. Il se hissa sur ses bras, ramena ses jambes sous lui, s’agenouilla puis bascula sur ses pieds pour se propulser vers l’homme et son estomac et s’affaler mollement le nez contre son ventre. Le père, étonné, digéra l’attaque en reculant d’un pas et saisit le fils par les épaules, prêt à lui remettre les idées en place. Lorsqu’il découvrit son regard embué de givre, il retint son geste et, quand il décela la haine qui le réchauffait, y renonça. Il le lâcha, s’écarta, se détourna. Il contempla autour de lui la vaste étendue de glace qui les cernait, considéra l’îlot sur lequel ils avaient échoué. Il soupira, revint au rocher et se rassit.

 

La 3ème mort de Janka

Publié dans Les 29 morts de Janka

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p 352 : à la poste

Publié le par Pilgrim.

hier dans la série ma vie est passionnante je suis allé à la poste parce qu'il y a encore une poste dans notre petite ville j'ignore jusqu'à quand durera ce privilège je croise les doigts pour qu'on nous le préserve déjà que celui de se soigner devient rare qu'on nous parle en plus de nous supprimer nos liaisons ferroviaires une façon de désengorger les cabinets des grandes villes qui n'ont pas besoin de nos dérisoires problèmes de santé ils ont assez des leurs inutile d'en rajouter on raconte que certains prennent le train pour consulter il y a des petits futés partout et d'autres qui ne se refusent rien donc hier je suis allé à la poste en me disant que je devrais changer de lunettes avant qu'on brise les lignes je me le suis d'autant plus dit que j'ai croisé monsieur Biglet et que je ne l'ai pas reconnu j'ai vérifié mes verres ils étaient pourtant propres bonjour il a lancé en me tendant la main je lui ai prêté la mienne en me demandant qui il pouvait être cela m'arrive souvent de ne pas savoir à qui je m'adresse je ne suis pas un sauvage je souris quand même il s'est enquis de mon état général ça va j'ai hoché la tête et répondu oui et vous et puis je me suis rendu compte mais bien sûr c'est monsieur Biglet pas étonnant que je ne l'ai pas identifié il avait changé de coiffure il était blond alors que d'habitude il est chauve on n'est à l'abri de rien il m'a certifié que ça allait aussi de son côté malgré la tignasse qui lui avait poussé sur le crâne et a observé qu'on se retrouvait à la poste alors on va à la poste s'est-il exclamé il est perspicace monsieur Biglet à la nuance près qu'on n'y allait pas puisqu'on n'y était déjà je me suis gardé de l'objecter cela m'aurait amené à développer et je ne me sentais pas de m'étendre sur le sujet je me suis contenté de mesurer notre chance oui il faut en profiter ça ne durera pas éternellement il m'a considéré bizarre il avait le regard un peu absent sans doute que lui aussi avait besoin de nouvelles lunettes et il s'est rappelé qu'il devait partir il avait un train à prendre pour voir un ophtalmo et il comptait en profiter tant que c'était encore possible il m'a salué en me souhaitant une bonne journée bien que je n'aie rien contre et s'est dirigé vers la sortie je n'étais pas contre non plus son départ tombait à pic surtout que je n'avais pas que ça à faire j'avais une place à occuper dans la file devant la machine distributrices de timbres un passage obligé si je voulais envoyer ma lettre je me suis donc mis derrière une dame que je ne connaissais pas même si elle avait aussi des cheveux et j'ai attendu mon tour qui n'arrivait pas vite pas de quoi se plaindre non plus on n'était pas aux

p 352 : à la poste

MIB 3

Publié dans Le lecteur s'ennuie

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Pendant que

Publié le par Pilgrim.

Pendant que les enfants meurent, je dors monstre, mange monstre, écris monstre.
Pendant que les enfants meurent.

J'écris monstre, mange monstre, dors monstre. Et j'écris monstre que les enfants meurent.
Pendant qu'ils meurent. Là-bas.
J'écris monstre qu'ils meurent. Et ils meurent quand même.
Et j'écris monstre quand même.

Quand même.

Pendant que les enfants meurent
J'écris monstre que les enfants meurent
Et les enfants meurent.

Et moi
J'écris
Quand même

Publié dans Bribes

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Carrés poétiques/1, aux éditions Jacques Flament

Publié le par Pilgrim.

Carrés poétiques/1, aux éditions Jacques Flament

Les carrés poétiques sont des objets littéraires conçus par Jacques Flament. Un cadre bien défini (et décrit ici) au sein duquel l'éditeur a invité des auteurs d'horizons variés à s'exprimer. Un exercice auquel j'ai pris plaisir à m'adonner, alors que la poésie n'est pas mon mode d'expression naturel (même si, sur les pages de ce blog, je m'offre de temps à autres, la liberté de m'y frotter). 

Il en est sorti un premier recueil, regroupant 80 carrés, dont le mien. Une nouvelle aventure littéraire à laquelle je suis très heureux de participer.

L'ouvrage, Carrés poétiques/1 est disponible sur le site de l'éditeur.

 

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Les Plumes Comtoises à Vieux-Charmont, le 24 février 2018

Publié le par Pilgrim.

Les Plumes Comtoises à Vieux-Charmont, le 24/02/2018

 

 

Premier rendez-vous 2018 avec les lecteurs, pour les Plumes Comtoises !

Cela se passera à Vieux-Charmont (25), salle Jean Jaurès, le samedi 24 février 2018, après-midi, de 14h à 18h30 et j'aurai le grand plaisir d'y être avec mes ouvrages.

Un moment convivial à partager autour des livres et de petites douceurs. Nous (les Plumes !) vous espérons nombreux.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Agenda, Plumes Comtoises, Salon

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Quand la réponse n'arrive jamais

Publié le par Pilgrim.

Avant, la plupart des éditeurs répondaient. C'était avant. La lettre circulaire, la ligne éditoriale à laquelle on ne correspondait jamais, les encouragements ou les souhaits de meilleure pêche ailleurs. La lettre impersonnelle qui ne mangeait pas de pain mais qu'ils se donnaient quand même la peine d'envoyer et qu'on recevait le moral en berne, contre laquelle on pestait... Aujourd'hui, en dehors des grosses usines à papier : fini ! Quelques irréductibles se font encore un point d'honneur à envoyer un petit signe de reconnaissance ; force est de constater qu'un nombre grandissant se dispense du geste. Pas le temps, pas les moyens. Même pas le petit mail banalisé gratos, simple accusé réception. Comme quoi, de l'autre côté de l'écran, il y a quelqu'un. Rien. Bernique. Nous voilà réduits à néant. 

Faut dire que les auteurs sont des emmerdeurs. Font chier à transmettre leurs manuscrits aux éditeurs et à encombrer leurs boîtes à lettres ! 

La réponse n'arrive jamais

Publié dans Vous avez dit auteur ?

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Poussière d'encre

Publié le par Pilgrim.

Je gratte l'encre plein ongles ; sur le papier des écailles noires soufflées par le cri de son cœur,
petit ange.
Le mot en miettes vernies, minuscules plumes lustrées par mon regret,
volette,
dessine sur le carreau une trace éclatée du secret.
Chute.

 

Poussière d'encre

Publié dans Bribes

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Le Phénix de Broadway

Publié le par Pilgrim.

Là, choses et curiosités se côtoient, se succèdent, s'annulent et disparaissent. Les attractions vivantes ont leurs tréteaux et Tom Pouce fait son numéro. Les animaux dans leur cage, les poissons dans les aquariums, tournent en rond entre les pièces de taxidermie et les statues de cire. Les chimères empaillées comme la sirène des Fidji, mi-singe mi-poisson, répondent aux peintures naturalistes ou extraordinaires. Images édifiantes, costumes, automates, appareils et j'en passe, tout à l'angle de Broadway, réduit en cendres et en fuites échevelées à travers les étages de l'immeuble américain en feu. Le Musée Barnum flambe par deux fois, se dissout dans le ciel new-yorkais. Restent les ruines, les fantômes et les rêves de Phineas Taylor Barnum. Le temps est venu du Greatest Show on Earth !

Le Phénix de Broadway

 

Publié dans Tom Pouce, Barnum

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La ville fond, aux Editions de l'Ogre

Publié le par Pilgrim.

La ville où l'on n'arrive jamais, pourrait être le sous-titre de ce roman obsédant et obsessionnel. L'auteur, Quentin Leclerc, reprend les codes des jeux vidéos (comme il le revendique lui-même dans la présentation de l'ouvrage) et embarque le lecteur dans le ressassement d'une même partie où chaque variation de trajectoire induira une modification du scénario et où le vacillement du protagoniste (ou du lecteur) provoquera son renvoi à la case départ, le village en l’occurrence, lieu monstre et protéiforme, duquel on ne parvient à s'échapper. Il s'agit de rejoindre la ville alors que la ville fond, quête qui vire à l'absurde, désespérée et vouée à l'échec quand le monde se désagrège, qu'à chaque tentative des pans du décor se dissolvent comme dans ce film de Kiyoshi Kurosawa, Real, où le délitement progressif du monde représente celui, strate par strate, du subconscient du héros. C'est un peu comme si Vladimir et Estragon¹ attendaient Godot sur La route, comme si Samuel Beckett endossait l'univers et le costume de Cormac McCarthy. Et ça fonctionne ! Cela fonctionne tellement bien que l'empreinte du livre sur le lecteur est profonde et que persistent, longtemps après l'avoir refermé, les images mentales suscitées. Un road trip très réussi !

La ville fond de Quentin Leclerc, aux Editions de l'Ogre.

¹Personnages d'En attendant Godot, de S. Beckett

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