Un si doux mirage
"Le vrai est ce qu'il peut."
Voyage en Orient, II - G. De Nerval
Un si doux mirage, mon nouveau recueil de nouvelles, bientôt chez Zonaires.
"Le vrai est ce qu'il peut."
Voyage en Orient, II - G. De Nerval
Un si doux mirage, mon nouveau recueil de nouvelles, bientôt chez Zonaires.
Se glisser dans les interstices d'une vie comme dans des espaces de liberté. Le réel bride l'imaginaire. Les personnages historiques engluent les mots dans la glaise du contraint. Un cadre d'où débordent des envies d'interprétation et de dépassement. Se documenter, vérifier, recouper et gommer, à la fin, les envolées auxquelles on s'est laissé aller, endiguer les débordements et suivre le cours d'un récit dont on guette les trous pour s'y engouffrer, plonger dedans tête et divagations premières et ouvrir le champ des possibles fictionnels. Les contradictions entre historiens, biographes et autres experts de la vérité sont du miel pour les rêveurs et les goûteurs d'illusions, source d'inspiration pour les faiseurs de mondes alternatifs.
S'appuyer sur le réel pour mieux s'élancer dans le vide à combler… et inventer.
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Lucien décide de passer à la vitesse supérieure. D'enclencher la quatrième de couverture et de multiplier par 3 ses ventes des dix derniers mois. Il sort un exemplaire de son carton plein et de son domicile moins plein ; quant à lui, plein d'ardeur et du désir de faire exploser la banque et son porte-monnaie par la même occasion. Il déboule dans la rue, la remonte en brandissant son livre à tout-va, le soumet aux passants en en vantant les mérites admirables et trop méconnus à son goût, retient les bras des hésitants qui regardent ailleurs, se libèrent et fuient sans se retourner. Lucien ne se décourage pas. Il traverse la ville, toque à la porte de Max, qui la lui ouvre.
— Tu m'achètes un livre ?
— Ben... non, je l'ai déjà.
— Ben non, tu l'as pas puisque c'est moi qui l'ai.
— Non, pas celui-là, mais j'en ai un autre.
— Ah, tu vois ! Tu l'as pas, celui-là !
— Mais si, l'autre que j'ai, c'est le même.
Lucien se gratte la tête. Il considère l'exemplaire qu'il a dans la main. Se rappelle la transaction ; il en a vendu un pareil à Max.
— Tu veux que je te le montre ? lui propose ce dernier.
— Euh, oui, répond Lucien, perturbé.
Max fait entrer son ami, va dans son salon, vers ses étagères, en extrait Les lucubrations de Lucien et lui tend l'ouvrage. Lucien le saisit, le retourne, le feuillette, le compare avec celui qu'il a apporté et rend son verdict, soulagé.
— Ben non, c'est pas le même !
Max s'agace. Lucien a les deux ouvrages devant les yeux. Il voit bien qu'ils sont identiques.
— Ben si...
— Ben non...
Et il commence sa démonstration, une brillante analyse comparative des volumes.
— Tu vois bien ! poursuit-il. Là, c'est corné et ici aussi. La reliure est plus lâche et la couverture est moins nette. On voit qu'il a été manié. Il est plus usé. Alors que celui-là...
Lucien met en avant l'exemplaire qu'il a apporté.
— Ça n'est pas du tout la même chose !
Max regarde le livre, puis son ami, puis le livre, va et vient entre les deux sans trouver rien à redire.
— Alors ? reprend Lucien. Tu me l'achètes ?
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Juillet 1984. Quinze jours en camp scout. Sur le tracé du tour. L’étape locale se tient pile poil pendant notre séjour. On réserve la journée pour l’événement. On quitte nos tentes et nos bois, rallie le village et cherche un bon emplacement. Les chefs se décident pour une petite place en bordure d’un stade. Il n’y a pas trop de monde. L’espace est dégagé. On se pose et on attend.
On attend. Ils ne sauraient tarder. On attend. On s’emmerde un peu. On se chicane pour faire passer le temps. Les chefs nous engueulent pour faire passer le leur. On attend. La caravane passe. Elle nous jette à la tête des bricoles. Les copains sont tout contents. Moi, je m’en fous de la casquette de Franck. J’ai quand même récupéré un stylo et des gâteaux ; je ne veux pas rentrer bredouille. L’ennui : avec mon gros lot, j’ai les mains encombrées. Difficile de les brandir pour acclamer le peloton. Je rechigne, cependant, à laisser mon butin quelque part. D’autres seraient capables de me le piquer. Et je n’aurais plus rien à montrer, quand les autres déballeront leurs sacs.
Je voudrais bien qu’ils arrivent, maintenant. Le temps commence à être long. J’aimerais passer à autre chose. Les premières voitures surgissent enfin. Tonio dit que les coureurs vont suivre. Tonio est l’un de nos chefs. Il ne dit que des choses qu’on sait déjà. On se colle à la lisière de la route. La tension monte. On écarquille les yeux. Il ne s’agirait pas de les louper. Moi, c’est Bernard Hinault que je veux voir. Et Laurent Fignon, tant qu’à faire. Au bout de la route, ils apparaissent. Franck n’a pas le temps d’armer son appareil photo. Ils sont déjà passés. Les pentes douces, ça ne pardonne pas.
Pour mémoire, et dans l'ordre, le podium de l'année 1984 : Fignon, Hinault, Lemond
Lucien prend tout au premier degré. Normalement. Néanmoins, la période rend compliquée la chose. Le réchauffement climatique ne lui facilite pas la tâche. Il n'y a que dans son frigo qu'il peut se satisfaire, combler ses attentes. Encore faut-il régler la température de la machine à son minimum et vite se servir. L'atmosphère estivale rend vite le prélèvement inopérant. On atteint le deuxième degré sans avoir le temps de claquer la porte du frigidaire ni de se retourner vers son verre ou son assiette. Au troisième degré, ça lui brûle les doigts. Il n'y a plus qu'à tout lâcher. Dans ces conditions, Lucien reste souvent bredouille et le ventre vide.
— Tu prends tout au premier degré, lui répète Max, sur un ton désolé comme s'il le soupçonnait de faillir à son devoir.
Lucien, lassé de cette injonction, aimerait s'autoriser quelques exceptions à la règle et des douceurs plus adaptées au climat.
— Oui, ben je pourrais pas de temps en temps dépasser la limite. C'est épuisant de toujours tout prendre au premier degré.
Max, surpris, dévisage son ami. Lucien aurait-il un éclair de lucidité ?
— Je suis d'accord avec toi. C'est épuisant !
Lucien ne se le fait pas dire deux fois, prend cette réponse pour une permission à température ambiante, saisit l'occasion aussi chaude que si elle sortait du four et se jette sur les frites de Max, encore tièdes, pour les avaler fissa, avant qu'elles refroidissent.
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Je m’interroge de plus en plus sur la poursuite de ce journal. L’intérêt est limité. Je crois que cette forme n’est pas pour moi. Je ne suis pas un diariste. Je me sens beaucoup plus libre dans la fiction, en dis beaucoup plus long sur moi, les autres et le monde à travers la fiction. Le filtre de la fiction qui permet les audaces et de gratter là où ça pue.
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Hier, déjeuner avec les membres des Plumes Comtoises. Pour un petit bilan des activités du groupe littéraire et le point sur les salons à venir. Avec toujours pour objectif de sillonner les environs avec nos livres. Le moyen de les diffuser et de porter la bonne parole dans nos campagnes. Le noyau dur du groupe est dynamique. Il est exclusivement constitué de femmes. Il n’y a pas à dire, je le constate de plus en plus, ce sont elles qui ont l’énergie, qui sont à l’origine des initiatives et qui les soutiennent, qui conduisent les projets et les mènent à terme. Il faudrait leur libérer totalement le champ, dans tous les domaines. Notre pays s’en porterait mieux.
À côté, je me sens complètement incapable et inutile.
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Après mes contributions aux collectifs Parties communes (2016) et Petit ailleurs (2017), j'ai le très grand plaisir de revenir au sommaire du nouveau collectif des éditions Antidata, consacré cette fois à l'attente et intitulé Stand-by.
Ma nouvelle a pour titre Godotte et rejoint celles de Olivier Boile, Guillaume Couty, Antonin Crenn, Véronique Emmenegger, Amélie Hamad, Jean-Luc Manet, Gilles Marchand, Cécile Matt, Stéphane Monnot, Benjamin Planchon et Bertrand Redonnet. Un très beau générique pour un ouvrage qui devrait remplir toutes les attentes des lecteurs !
Le livre est à commander dans toutes les bonnes librairies.
Stand-by sur le site des éditions Antidata.
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J’ai écrit les premières lignes d’une micro-nouvelle. Enfin. Me revoilà dans le jeu. Pour un texte bref mais qui a le mérite de remettre mon écriture en branle. De me replonger dans le bain et de jouir à nouveau de ce sentiment d’euphorie qui accompagne chaque geste créateur. Et qui me permet de reléguer au second plan l’attente.
Je prévois d’écrire quatre nouvelles d’ici les prochaines vacances scolaires, dont une d'au moins 9000 secs. Une ambition raisonnable. Un objectif atteignable. Quatre, ce serait déjà bien. Vu les circonstances et mon moral à zéro.
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Toujours sur mon blog, pour lequel j’ai programmé quelques articles. J’aurai ainsi les mains libres pour me consacrer et me concentrer sur l’écriture d’un nouveau projet, nouvelle ou roman. Ou pour en jeter les fondements. Il ne faut pas être trop gourmand. Je revois également le texte prévu pour la revue Dissonances. Sur le thème de la vérité. Je vais le leur envoyer. On verra bien. Un texte écrit depuis que j’ai terminé mon roman. Je ne sais plus si j’en ai parlé, ici. Un petit texte. Très court.
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