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"Different trains"

Publié le par Pilgrim.

Elles sont rares, les œuvres qui vous ébranlent à ce point, vous laissent dépouillés, lessivés, exsangues après leur découverte. Je connaissais Steve Reich, au moins de nom. Il a fallu un concert (intitulé À l'ombre du génocide), donné au CRAC de Montbéliard, où la pièce en trois mouvements du compositeur américain était restituée, pour que j'en mesure la puissance. Sans doute lui fallait-il, à cette musique, cet état de réceptivité, où l'auditeur plonge dès qu'il se trouve dans une salle de concert, toutes écoutilles ouvertes, disponible, pour frapper sa conscience et lui remuer les tripes. 

"Different trains"

 

Hypnotique, brutale, impressionnante, "Different trains" fait vivre une expérience intellectuelle et émotionnelle qui secoue en profondeur l'âme, et qui m'a d'autant plus touché qu'elle m'a rappelé ce projet littéraire auquel j'ai eu la chance de participer, Leitmotive Opus 2, publié aux éditions Jacques Flament, et qui regroupait une trentaine de textes, débutant tous par ces mêmes deux phrases : "Fatigué de lutter contre les forces d'inertie, nous roulions soudés vers la nuit, subissant l'odeur aigre des corps entremêlés. Le bruit sourd et saccadé de l'acier sur les rails étouffait les soupirs." Deux phrases en leitmotiv, comme les boucles répétitives de Reich, lancinantes et hypnotiques, qui ponctuent des textes dont les thèmes se renvoient et dont les regards se croisent comme les trains de la mort croisent ceux de l'enfance américaine de Reich, comme les trains du Reich se superposent dans l'anthologie à ceux, théâtres d'ombres, de notre époque. Et l'analogie se renforce quand les mots des déportés soulignés par les cordes du quatuor, répétés inlassablement, traduction de l'indicible, renvoient à ceux de certaines nouvelles (notamment la mienne : Silence, Terminus), qui reviennent en litanie. 

 

Nineteen forty, nineteen forty, entend-on scander, mots portés par les déchirements des cordes. He said "quick go". He said "quick go".

Different trains - Steve Reich

Et en écho, des noms et des chiffres :
"Je m'étais interrompu à Marthe Gluck.
Convoi n°48, avec son mari Altar, dit Jacques, et ses deux filles : Odette et Raymonde.
Juste les noms et les chiffres...
Auschwitz Birkenau Marthe Gluck convoi 48.

Pourquoi Marthe Gluck ?"

Silence, terminus (extrait), tiré de Leitmotive, opus 2.

L'effet miroir est troublant et le propos si proche que la "fraternité" (ou au moins la correspondance) de ces œuvres (toute proportion gardée et la supériorité de la musicale évidemment reconnue) s'impose à la conscience.

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Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

Publié le par Pilgrim.

Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

 

Après Chercher Proust qui narrait les tribulations drolatiques d'un jeune-homme en quête de Proust et de lui-même, Michaël Uras nous offre un deuxième roman tendre, mélancolique et subtil. Par touches délicates, tantôt comiques, tantôt graves, ou les deux à la fois, il dresse le portrait d'un homme entre deux mondes et deux âges, où il est question d'origines et d'héritage, du poids de la filiation et du moyen de s'en affranchir, sans la renier... Équation difficile s'il en est, que l'auteur se garde de résoudre.
Les pièces s'assemblent en une suite de chroniques douces amères, évocations kaléidoscopiques d'événements aux apparences parfois anodines. Les éclairages se succèdent. L'auteur tisse sa toile, plonge le lecteur non dans une mare poisseuse mais dans un "sfumato" qu'il distille et dilate au fil des pages, de sorte que les contours des différents souvenirs se fondent les uns dans les autres, conférant à ce roman d'apprentissage, derrière sa légèreté de façade, une profondeur et une densité auxquelles le lecteur ne s'attendait pas. L'impression laissée est durable et n'est pas sans rappeler celle que l'on a pu éprouver à la vision de films tels qu'Armarcord de Fellini (sans les envolées oniriques ou surréalistes du maestro). Et l'on se dit, admiratif, que l'écrivain, décidément, a bien du talent. 

Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse est sélectionné pour le Prix horizon 2016 du deuxième roman francophone..

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Ego

Publié le par Pilgrim.

Auteur humble, en voilà un oxymore ! L'auteur humble, personne ne le lit, puisqu'il ne cherche pas à se faire publier. Car il faut avoir un ego démesuré pour écrire et proposer ses écrits à des inconnus. Vous rendez-vous compte : imaginer que ses mots, ses impressions, ses petites histoires, ses confidences, ses expériences, ses réflexions intéresseront, émouvront d'autres que soi-même (et songez à ceux qui souhaitent publier TOUT ce qu'ils écrivent (si, si, il y en a...)). J'ai un ego démesuré. J'ai – c'est toujours ça – la lucidité de le reconnaître. Et cette lucidité, sans doute, incite, non pas à l'humilité, au moins à une certaine autodérision, à une distanciation salutaire. Mais une autodérision assimilée, quasi ontologique, l'autodérision comme ligne de conduite et qui permet de se soigner, et non celle que l'on surjoue devant un public conquis, en espérant que l'on vous contredise, que l'on vous réponde que vous êtes trop humble (warf !!!). Une question d'hygiène mentale et de bienséance. Disons que c'est la moindre des politesses ! Une autodérision, dont on pourrait s'attendre qu'elle fût largement partagée, dans le petit monde des littérateurs... Vœu pieux.
Je suis toujours sidéré de constater à quel point certains auteurs, et pas forcément les meilleurs, en sont dépourvus... de cette autodérision, à quel point ils se prennent au sérieux et sont jaloux du respect (de la déférence) qu'on leur doit. Ils font la pose, jouent au Grand Écrivain. Interdit de rigoler, les Ôôôôteurs outragés ont la susceptibilité chatouilleuse et s'offusquent de rien ou presque (une "mauvaise" place dans un salon, une organisation ou une communication indignes de leur talent, une observation facétieuse, une plaisanterie triviale...). Des peccadilles, qui dès qu'elles les concernent revêtent des proportions d'affaires d'état. Puissent la vie, le temps et les gens me préserver du grotesque !

Publié dans Vous avez dit auteur ?

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Serial Soup

Publié le par Pilgrim.

 Vous reprendrez bien un peu de soupe ?

Serial Soup

Andy Warhol - Campbell's soup cans (MOMA)

soupe à l'oignon soupe aux poireaux soupe au chou soupe à l'oseille soupe de potiron soupe de châtaignes soupe de potiron aux châtaignes soupe de cresson velouté de lentilles soupe refaite velouté de céleri rave velouté de céleri rave au roquefort et à la ciboulette soupe à la tomate soupe de concombre bouillon de poule soupe de brocolis potage de poireaux aux pois chiches soupe de potiron au lard potage aux châtaignes minestrone soupe aux zitoires crème de carotte au lait de coco soupe aux asperges soupe aux épinards gratinée d'oignon lyonnaise soupe de haricots coco velouté de céleri au cresson et lard potage de lentilles à la coriandre soupe aux radis soupe à la grimace velouté d'artichaut au foie gras soupe de brocolis à la patate douce et à la harissa potage de petits pois soupe au dessatan soupe de panais et de topinambours soupe vermicelle bouillabaisse potage alsacien à la bière soupe au lait potage aux haricots à la niçoise soupe à l'ail soupe à

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Clouds en stock

Publié le par Pilgrim.

 

Depuis que les hommes s'étaient greffé des ailes, les nuages étaient à vendre.

Pépin 2014 - Prix du Président

Clouds en stock

 Illustré par ma fille

Publié dans Pépin, Bribes

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Stage coiffure

Publié le par Pilgrim.

Stage coiffure— Qu'est-ce que tu fais ?
— J'essaie un truc.
— Tu fais un chignon ?
— Non... Un truc !
Les chignons, je ne sais pas les faire et je n'ai pas envie d'apprendre. Alors je tente des trucs. Et puisque la queue de cheval n'est pas recommandée quand il y a piscine, je me lance dans un ramassé de cheveux au sommet du crâne... et ça m'énerve. J'ai beau les ramener sur le dessus, les rassembler sous ma poigne, il y a toujours une mèche qui se défile en douce et que je suis obligé de rattraper en m'emmêlant les pinceaux. Ça m'énerve ! Dès que je desserre l'étreinte afin d'y glisser la touffe gagnée de haute lutte, une autre en profite pour se carapater. Ça m'énerve !
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je prends du champ !
Je grimpe sur le tabouret, ses cheveux bien en main. En position de surplomb, je gère les opérations, vue directe sur son occiput. Je ratisse vers le centre et, vaille que vaille, viens à bout de ma collecte. Je tiens mon bouquet.
— Bon, vas-y, tourne !
— Quoi ?
— Tourne !
De ma main libre, du haut de mon mirador, je lui donne l'impulsion, l'exhorte à tourner sur elle-même et tandis qu'elle s'exécute, ses cheveux fermement enserrés s'entortillent à la base.
— C'est bon, tu peux t'arrêter !
Je saisis l'élastique, passe et repasse la mèche à l'intérieur, de sorte d'en limiter la longueur. Sous le bonnet de bain, ce sera plus pratique.
— Voilà.
J'ai mal au poignet mais suis content de moi.
— Alors ? Ça te plaît ?
Elle contemple le résultat dans la glace, pouffe.
— C'est sûr que c'est pas un chignon, commente-t-elle. C'est un truc qui s'appelle "n'importe quoi".

Publié dans Père au foyer

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Eve et Adam

Publié le par Pilgrim.

Eve et Adam - Fernando Botero

 


La main sur l'épaule, la main dans le dos, tendresse. Les corps opulents, côte à côte, ensemble. Adam lève son autre main vers la pomme, leur liberté, leur humanité. Le début des ennuis.
Il y a de la douceur dans cette représentation et de la mélancolie. Une innocence qui n'a rien à voir avec des origines idylliques et mythiques mais tout avec la complicité, l'amour au sein d'un couple.

— Tu es prête ? On y va ?
— Oui ! Et toi ? Tu n'as pas peur ? 
— Non. Je suis avec toi.


Adam et Eve - Fernando Botero

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Barnum et Clémentine : rencontre d'outre-tombe

Publié le par Pilgrim.

Un tour sur le net et c'est le retour du mort-vivant.
On le dit, on l'affirme, sur wiki (et si wikipédia le dit...), sur maints sites ou blogs, Phineas Taylor Barnum, mort en 1891, propose au sortir de la première guerre mondiale, un contrat mirobolant à la femme à barbe. C'est qu'il a plus d'un tour dans son sac, l'homme d'affaires, qu'il n'en est pas à sa première imposture. Phineas Taylor a rencontré Clémentine Delait, avec plus de peau sur les os, près de trente ans après avoir rendu son dernier soupir.
Je ne peux que m'incliner ; il a su forger sa légende, cet homme-là, et dans l'ouest, quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende !

Publié dans Clémentine Delait, Barnum

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Premier jet

Publié le par Pilgrim.

On arrive souvent à son terme plus vite qu'on ne s'y attend. J'aurais bien prolongé un peu le plaisir, mais je ne vais pas me lamenter. Déjà content d'en être arrivé à bout. La partie n'est jamais gagnée d'avance, tant le parcours est semé d'embûches, la contention ruinée par la moindre distraction. Alors, je peux être soulagé. 
Il est là, devant moi. Il fait un peu tache. Ne me paraît pas bien vaillant, à vue de nez. Je vais le laisser reposer. Quelques temps. Histoire de reprendre du poil de la bête, de changer d'atmosphère. Et puis, je le remettrai sur la table et m'échinerai dessus. Je le polirai, l'astiquerai, le briquerai, le dégrossirai. Surtout faire preuve de poigne. Ne pas se laisser attendrir. Faudra bien ça, pour assurer le deuxième jet, puis le troisième, puis... Soyons fou !

Premier jet

Publié dans Vous avez dit auteur ?

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Au salon "Savoureusement Lire", dans le cadre de la Foire aux Livres de Belfort

Publié le par Pilgrim.

J'aurai le plaisir de rencontrer les lecteurs et de leur proposer mes ouvrages, Le bunker troisième témoignage et Import-Export, les 24 (après-midi) et 25 (la journée) octobre 2015, à l'occasion du salon des auteurs "Savoureusement Lire" organisé dans le cadre de la Foire aux livres et du mois du livre de Belfort, au centre des congrès ATRIA de la cité.

Au salon "Savoureusement Lire", dans le cadre de la Foire aux Livres de Belfort

  Au salon "Savoureusement Lire", dans le cadre de la Foire aux Livres de Belfort

 

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