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J’ai lu, sur facebook, le commentaire d’un éditeur qui m’a fait sourire. Il a avoué qu’il ne lisait pas tout ce qu’il recevait, parce qu’il ne le pouvait matériellement pas, qu’il évacuait d’office les manuscrits si la lettre d’introduction ne lui plaisait pas ou si, par exemple, il trouvait une faute d’orthographe dans les dix premières lignes du texte. Soit. Dans son élan confessionnel, il a fini par admettre qu’il ne publiait pas les textes qu’il recevait par la poste ou par mail, qu’il ne publiait que des auteurs introduits, conseillés, et qu’il avait bien raison parce que leurs bouquins étaient meilleurs. Hum… Outre le fait qu’on peut se demander, dans ces conditions, pourquoi il attend qu’on lui envoie des textes, cet aveu est assez symptomatique du monde de l’édition d’aujourd’hui. Je crois sincèrement que de plus en plus d’éditeurs (je parle des vrais, de ceux qui ne demandent aucun argent à leur auteur) sont incapables de reconnaître, seuls, un bon texte, de s’en faire leur propre opinion et de décider par eux-mêmes de sa publication. Ils ont besoin de tiers. Ils s’en remettent à d’autres (des auteurs, des gens du milieu, qui sont sensés détenir le savoir et le bon goût). Ils ont besoin qu’on leur apporte un texte sur un plateau. Et leur perception se déformera pour s’adapter à l’opinion qu’on attend d’eux. Il suffit qu’on (une personne du sérail, qui jouit d’une certaine réputation même si celle-ci est surfaite) leur dise qu’untel est à suivre pour qu’ils le prennent en considération, que tel auteur est intéressant pour qu’ils le trouvent intéressant… et en toute sincérité… alors que, sans aucun doute, ils auraient écarté d’un simple revers de main la proposition dudit auteur si celle-ci leur était parvenue par la poste ou par mail, qu’ils l’auraient même jugée médiocre, pas à la hauteur de tous ces autres textes que leurs relations leur soumettent.
Le monde de l’édition n’est qu’un jeu de réseaux. Je le sais, je ne parviens à m’y faire.
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