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p 213 : la mouche

Publié le par Pilgrim.

qui vole c'est fou en cette saison on devrait être tranquille au moins pas être emmerdé par les mouches mais non elle est là elle revient sans gêne se pose sur mon index ça chatouille je la chasse rien n'y fait elle a décidé de m'enquiquiner se colle à mon front des claques oui elle mérite je frappe aïe raté elle s'enfuit je bats des mains des bras des pieds elle insiste me tourne autour me persécute j'essaie de l'attraper de l'assommer de la fracasser un bon coup de pied au derrière je me cogne contre la table ça fait mal et la voilà qui rigole elle est contente se moque de moi et bzzz et bzzz elle en rajoute tu m'as ratée tu m'as ratée t'es un gros naze t'es un gros naze j'essaie de la choper en traître elle se débine de justesse un peu plus et je la scotchais sur le mur elle s'est échappée j'ai rien vu entre mes doigts vive comme l'éclair et la voilà qui se ramène encore et me nargue t'es un gros naze t'es un gros naze je m'énerve lui dis que ce n'est pas correct que le lecteur s'emmerde qu'il faudrait adjoindre un peu de sexe à cette relation entrer dans les détails être plus précis quitte à être redondant et pointilleux ne rien laisser au hasard aller au fond des choses développer et étayer par souci d'exhaustivité et de précision mais rien n'y fait elle n'en a pas terminé elle vole me titille me harcèle elle a décidé de me

p 213 : la mouche

Publié dans Le lecteur s'ennuie

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La 4ème mort de Janka

Publié le par Pilgrim.

La 4ème mort de Janka

Janka regarda par-dessus son épaule. Ils étaient encore trois à le suivre sur la dune qui s’étirait depuis l’entrepôt. Le soleil dégorgeait sur leur tête de brûlantes nappes d’acide rouge, qui coulaient le long de leur corps en y creusant des sillons noirs. À chacun de leur pas, volaient des nuages de cendre et roulaient des billes de métaux calcinés. Il n’avait pas beaucoup d’avance.
Il huma l’air saturé en carbone contaminé, s’épongea le front de sa manche en loques et cessa de tergiverser. La ligne de crête s’empalait dans l’horizon bouché. Mieux valait le fond de la vallée dévastée et ses cavités possibles. Il s’élança, dévala la pente vitrifiée. Sa chute dura trente interminables secondes, au cours desquelles il sentit l’acier des forges enterrées lui entailler la peau en profondeur. Il arriva scarifié et ensanglanté sur les bords du fleuve éteint et mesura son avancée. Ils étaient toujours à ses trousses.
Janka renonça à fuir. Il avisa un tronçon éventré de pipeline, s’assit dessus. Il souffla sur ses plaies pour les panser, ne parvint qu’à les aviver. Au moment où les traqueurs le rejoignirent, il se demanda comment il s’en sortirait, cette fois.
Le premier ne lui fournit pas la réponse. Il posa sa main sur son épaule décharnée, lui ordonna de les accompagner en indiquant du doigt la direction à suivre, qui remontait le cours du fleuve vers un mirador tendu entre deux falaises enluminées de débris phosphorescents. Janka n’y consentit pas. Il se rétracta, tant et si bien qu’il échappa à l’étreinte du soldat. Il fila entre ses doigts et, se recroquevillant encore, s’aggloméra en une motte glaireuse de chair qui s’infiltra par l’une de ses innombrables brèches à l’intérieur du pipeline délité. Il se laissa glisser. Au fond de la canalisation, stagnaient des flaques visqueuses de bitume fondu dans lesquelles il s’enlisa.

Publié dans Les 29 morts de Janka

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"Parties communes" le nouveau collectif des éditions Antidata

Publié le par Pilgrim.

"Parties communes" le nouveau collectif des éditions Antidata

Il fallait écrire sur le thème des voisins. J'ai proposé un texte intitulé Ailleurs, les murs sont moins gris et j'ai eu la chance et le bonheur de le voir sélectionné par la maison Antidata et de me retrouver aux côtés de brillants auteurs (me suis senti tout impressionné !). Un sommaire garant d'un grand plaisir de lecture...

Et le mieux, c'est que le recueil collectif vient de sortir des presses et que vous pouvez le commander chez tous les bons libraires. 

Pour plus de renseignements, aller sur le site des éditions Antidata.

Au générique, je suis avec : Laurent Banitz, Louise Caron, Guillaume Couty, Anne-Céline Dartevel, Jean-Claude Lalumière, Malvina Majoux, Gilles Marchand, Arnaud Modat, Pascale Pujol, Murielle Renault et Christophe Ségas.
... et j'suis content...

Publié dans Antidata, Parties communes

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Main dans la main

Publié le par Pilgrim.

À l'approche de l'école, elle me lâche la main. Faudrait pas que je lui colle la honte devant ses camarades. Alors, comme j'ai une réputation de "gros lourd" à défendre, je tiens mon rôle.
— Pourquoi tu me lâches la main ? T'as honte ?
Et, casse-pieds, avec un malin plaisir, j'essaie de la lui reprendre. En vain. Elle s'écarte, esquive. L'air de rien. Flegmatique et détachée. Comme si je n'existais pas. Je ne m'avoue pas vaincu.
— T'as honte de ton papa ?
Elle évite mon regard, détourne la tête. J'insiste. Mielleux. 
— Allez, donne la main à ton papa, mon chéri.
Elle prend son air exaspéré. Voudrait que je la boucle. Ne peut cependant empêcher son sourire mutin de trahir son amusement. 
— À ton petit papa...
Je la joue victime, en fait des tonnes sur le mode supplique. Mon grossier chantage affectif achève de la dérider.
— Vraiment n'importe quoi ! me lance-t-elle.
Je tente à nouveau d'attraper sa main ; elle s'échappe, court vers les grilles de l'école en riant.

J'en profite. Bientôt, je serai obligé de changer de trottoir.

Publié dans Père au foyer

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Au salon "Savoureusement lire" de Belfort, édition 2016

Publié le par Pilgrim.

Le rendez-vous est annuel et le plaisir, toujours grand, de participer au salon "Savoureusement lire" de Belfort, pendant le mois du livre et celui de la grande Foire aux livres de la cité. J'y serai donc avec mes ouvrages les 22 et 23 octobre 2016 (tout le week-end !) et cela se passera au centre des congrès ATRIA.

Vous trouverez tous les renseignements concernant la manifestation, sur le site de Livres 90.

 

Au salon "Savoureusement lire" de Belfort, édition 2016

Au salon "Savoureusement lire" de Belfort, édition 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La 13ème mort de Janka

Publié le par Pilgrim.

La 13ème mort de Janka

Janka regardait d'un air dégoûté ses mocassins en peau de rat. Les chaussures ne résisteraient pas longtemps aux gravats. Il le déplorait, quand Clémence lui tendit le menu du jour. Il accepta l’assiette, renifla les saucisses lentilles et montra ses pieds à la bénévole.
— C’est pas adapté !
La bénévole s’étonna.
— De quoi ?
— Les grolles, elle sont pas adaptées, précisa-t-il.
Elle haussa les épaules. Qu’y pouvait-elle ?
— C’est pas moi qui m’occupe de ça.
Elle pointa le menton en direction des camions qui s’effilochaient à droite, accrochés aux barbelés.
— Va voir par là.
Il en venait, de là ! Des heures à y marchander son sursis. Il ne jugea pas utile de l’en informer ; changea de conversation.
— C’est tout ? demanda-t-il, en trempant son index dans la sauce.
Il prendrait bien une louche supplémentaire. Tous les jours, il prendrait bien une louche supplémentaire.
— Allez, sois gentil, Janka !
Il y avait de la lassitude dans la voix de la femme, une telle résignation que Janka déduisit qu’elle n’y croyait plus. Il y mettait du sien, pourtant ; il respectait les consignes, jouait sa partition avec constance et application. Il n’insista pas, l’abandonna à son service. Derrière lui, Dof attendait son tour.
— Je t’aime, la salua-t-il et il s’éloigna du van.
Il sentit les regards de Clémence couler le long de son dos, tracer des points d’interrogation sur la polaire élimée qu’on lui avait attribuée. Il savait qu’il ne la reverrait pas, n’était pas persuadé qu’elle en savait autant. Il avisa un parpaing en face du bloc numéro 6, s’assit. Dof le rejoignit avec sa portion.
— C’est bon ? l’interrogea-t-il.
Janka haussa les épaules. Il y avait longtemps qu’il ne se souciait plus de savoir si c’était bon ou pas. Néanmoins, il répondit oui. Comme d’habitude. Il se poussa pour que son compagnon s’installât à ses côtés et avala une nouvelle cuillerée. Dof entama à son tour son repas.
— C’est dégueulasse, commenta-t-il.
Janka acquiesça. Comme d’habitude. Il ne comprenait pas pourquoi Dof persistait à donner son avis. Le laissait dire. Il se demandait plutôt où échouerait Clémence, après ça. Si elle aurait des ennuis. Il l’observa derrière son comptoir. Elle raclait le fond de la marmite, remplissait des gamelles de son liquide brunâtre et jetait des coups d’œil dans sa direction. De là où il se trouvait, il voyait sa poitrine tressauter en cadence avec les va-et-vient de sa louche. Il se représentait le durcissement de ses tétons, excités par leurs frottements contre le textile de sa blouse, une matière aussi rêche que sa langue. Il tâcha de ne plus y penser, se détourna. La porte du bloc numéro 6, devant lui, se substitua à l’image des seins et attira son attention. Elle branlait. Du coude, il alerta Dof ; d’un coup de tête, lui désigna les murs qui palpitaient.
— C’est Bazouf !
Janka sourit. Bazouf se réveillait ! Et déjà, volaient à travers le camp les chevaux de vent arrachés aux miradors. La poussière accompagnait les détritus dans leur tour de guet. Des cailloux roulaient, emportaient des morceaux de tôle ondulée dans leur sillage. Clémence rabattit son store métallique, ferma la cantine. Janka se dépêcha de terminer sa ration, avant que Bazouf s’en chargeât. Il engloutit le dernier morceau de saucisse congestionné et se redressa. Dans un geste de défi, il brandit son assiette, la lança. Bazouf l’expédia jusqu’au bloc numéro 7, la fracassa contre un poteau planté de travers, autour duquel une corde était entortillée ; le corps séché et réduit du dernier fugitif désigné de la zone y pendait encore. Des débris allèrent se planter sur la plate-bande de terre qui délimitait le territoire des voisins et dispersèrent des éclats de lumière au-delà de leurs lignes brûlées.
— T’aurais pas dû faire ça, intervint Dof.
Il n’aurait pas dû. Il s’en moquait. Que cela pouvait-il changer, maintenant ? Il tendit sa cuillère à son compagnon. Dof s’en saisit, n’eut pas le temps de le remercier. Arc-bouté contre Bazouf, Janka s’était élancé à l’assaut de l’allée verticale, la remontait déjà.
Il longea le véhicule atrophié de Clémence. Aperçut ses yeux derrière un hublot enrubanné de gros scotch. À peine les vit-il qu’il le regretta. La vitre explosa et Bazouf s’en empara. Janka bondit sur les orbites propulsées, s’accrocha à leur trajectoire. Des larmes suintèrent des prunelles. Elles lui tailladèrent les paumes et les poignets, vitrifièrent sa volonté. L’écorché pria pour que le supplice finît.
Ainsi à la traîne, il dépassa les frontières du camp. À cheval sur la queue de la comète, il franchit son horizon calciné et hérissé de barres enluminées d’étincelles. Une étendue de décombres se déploya. Bazouf cessa de souffler. Janka chuta.
Il se ramassa sur un amas de déblais. Malgré sa peau brûlée par les perles lacrymales de Clémence, il chercha dans les cendres les globes incendiaires. Il remua la terre ; ne les trouva pas. Il creusa encore, renonça. La bénévole s’était dissoute. Il fallait se résigner à sa perte. Il s’assit alors et contempla le désastre. Autour de lui, le champ de son évasion s’étendait à perte de vue. Il ne distinguait pas le camp mais savait qu’il n’était pas loin, caché par un mirage, par l’une des innombrables colonnes de sable qui contorsionnaient le décor. Il devait faire semblant de le fuir pour que les autres à ses trousses puissent aussi faire semblant de le traquer. Conformément à la règle. Selon la répartition des rôles.
Il considéra ses mocassins en peau de rat, qui se délitaient déjà. Bazouf souffla sur les braises. Les mocassins lui rongèrent les pieds et s’échappèrent en couinant.
Quand ils l’attrapèrent, une corde lui avait poussé autour du cou et il se balançait au gibet du bloc numéro 6. Il semait à la volée des mandragores sur le sol pouilleux et se demandait ce qu’il y avait derrière la grande enceinte en béton ardent, qui entravait la marche de Bazouf. Janka rêva que c’était la mer, puis il se racornit.

Publié dans Les 29 morts de Janka

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Beaucoup de bruit pour rien

Publié le par Pilgrim.

J'ai du bruit dans le ventre et la tête, du vent entre les doigts. Le bruit court, le vent tourne. Accablé, dépassé, je ravale mes cris dérisoires. Les logorrhées ne cassent pas les murs, ne brisent pas les chaînes, ne renversent pas même les tables ; elles se périment sitôt versées. Le cours de la parole périclite tant, que chacun y va de sa vente. Déprime. Le bruit au bruit n'a jamais engendré que du bruit, que le vent au vent dissémine dans l'oubli. Vestiges.

Le silence prime. Le silence rend seul. Le prix du silence.

Beaucoup de bruit pour rien

Publié dans Bribes

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