Olé
Il a le rire en bouche et le soleil dans les yeux. Il court les bras levés pour attraper le vent, s'élance dans les vagues, trébuche sur elles. Pataplouf. Le froid pique, le sel pique. Banderilles sur sa peau constellée de bulles. Il crie "Olé".

Les tresses de ma fille lui font les cheveux bouclés quand on les dénoue et les yeux radieux quand elle glisse ses doigts entre les mèches ondulées. Elle les balance d'un côté, de l'autre, éclabousse son visage de ses serpentins dorés. L'eau les rend à leur raideur. Elle demande : « Tu peux me faire des tresses ? »
Elle glisse des petits cailloux dans les trous des conduites d'eaux pluviales. Ding dong, sonnent-ils en dégringolant. Ils débouchent sur le trottoir, ricochent sur le macadam et mordent la cheville du vieil homme qui passait par là. Aïe, s'exclame le monsieur. Quoi donc l'a piqué ? Il retrousse son pantalon, cherche à élucider le mystère, tandis que la petite fille, hors de vue derrière sa main plaquée contre sa bouche, pouffe.
Il s'accroche aux petits riens parce que, dans sa vie, c'est tout vide. Il traque l'instant pour l'en combler, comme un ballon de baudruche qu'on dilate jusqu'à ce qu'il explose, dont on récupère les morceaux de latex déchirés en leur découvrant des vertus paysagères. Il étire la matière, elle lui claque entre les doigts. Ça lui fait des étoiles filantes, quand il ferme les yeux. Et il se dit que l'existence, décidément, réserve des surprises.

J'ai la tête aux tourbillons. La valse des souvenirs. Pas à pas, ils s'estompent. Comme les rêves qu'on attrape, qui se délitent aux premiers frémissements de la conscience. Sable et vase. Je m'enlise. Dans la boue glaireuse du marécage, je divague.

Derrière le rideau, la larve rôde. D'un bond dans le bidon du bonhomme bandit, la bilharzie broie du noir. Chut. Du billard dans les entrailles. L'ombre déborde des lèvres, plonge dans l'onde globule. Je déballe, la bave à l'encre, toute la bile, sur l'établi ; bricole des bredouillis bizarres à bride abattue.
