• Luth, compagnon de ma calamitéSalon de musique (détail) - Peintre inconnu

    Luth, compagnon de ma calamité,
    De mes soupirs témoin irréprochable,
    De mes ennuis contrôleur véritable,
    Tu as souvent avec moi lamenté ;

    Et tant le pleur piteux t’a molesté
    Que, commençant quelque son délectable,
    Tu le rendais tout soudain lamentable,
    Feignant le ton que plein avais chanté.

    Et si tu veux efforcer au contraire,
    Tu te détends et si me contrains taire :
    Mais me voyant tendrement soupirer,

    Donnant faveur à ma tant triste plainte,
    En mes ennuis me plaire suis contrainte
    Et d’un doux mal douce fin espérer.

    Louise Labé - Sonnets

    Prochainement, des histoires de luths et de calamités...


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  • Lucien a un plan de relancePour s'y retrouver, il faut au moins ça. Parce que là, on s'y perd. Difficile de cerner le problème, le point défectueux, l'erreur topographique. Lucien a pris un crayon, une feuille de papier. Il a placé la cible au milieu de la page. De là, a tracé les lignes de propulsion. Méthode et précision sont les conditions du succès. S'il veut avoir une chance d'obtenir gain de cause, il doit s'astreindre à une trajectoire sans fioriture. Droit au but, pas de détours. Max a déjà subi un jet ; il s'agirait de réussir le deuxième. Surtout après son atterrissage mal entamé, qui s'est terminé forcé et à plat ventre. Son ami risque de se montrer moins accommodant, un peu réticent à sa reconduite par les airs, surtout quand la tendance est de rester cloué au sol. 
    — T'inquiète, j'ai un plan.
    Lucien lui agite son plan sous le nez. Max ne paraît pas plus impressionné que ça. 
    — Si tu me touches encore... se contente-t-il de lui répondre en pointant un doigt vindicatif vers lui.
    Lucien est contrarié par sa mauvaise volonté. Néanmoins ne se laisse pas abattre. La relance est indispensable s'ils souhaitent sortir de l'ornière. Et ils y sont en plein dans l'ornière. Lucien considère le trou dans lequel ils ont échoué, évalue la puissance requise pour en sortir.
    — Il faut rebondir, argumente-t-il.
    D'un bon coup de reins, ils remonteront la pente et à la surface, atteindront des hauteurs plus accueillantes ; Lucien en est persuadé. Se tirer de là par tous les moyens, de ce bourbier où pas un grec ne se profile à moins de quinze kilomètres. Il jette un dernier coup d’œil au mode d'action qu'il s'est préconisé, cherche le meilleur angle d'attaque, se ramasse sur lui-même, prend son élan et saute sur le trampoline. En éjecte son copain. 


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  • Au monde, il dit des mots démons.
    Sème des armes, la misère.
    Les larmes mordent la poussière.

    L'âme morte


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  • Lampedusa contretemps la course du sanglier en Transcarpatie de chocolat et d'eau fraîche un poids en moins moi S tête de serpent homme libre toujours tu chériras la mer monsieur le préfet passer la frontière silence terminus délicate scène import export signé Fantômas dans la peau de Duchemin le problème avec Duchemin pour en finir avec Duchemin fleurs blanches survivant l'appel du Duchemin la fin du monde n'a pas eu lieu l'origine du monde métamorphose du désir la colère d'Achille la table en formica la lente agonie du gendarme bis repetita la sephomortamé le griot s'est volatilisé tout ce qui brille la dernière cigarette Herzog clouds en stock acte de contrition le bunker troisième témoignage l'appel du large un thème à la con à longueur d'ondes en grandes pompes rêve mongol p 685 tête à claques le veston de pépé madame Gouache et les couleurs ailleurs les murs sont moins gris en trompette maquille chroniques d'un père au foyer pom pom pfff dia de los muertos deux instants fugaces feu de joie ceux qui restent cinéfil le réveil du nain de jardin alphabet amoureux deux carrés poétiques les enfants d'Ulhasnagar Lucien la vraie vie les vrais gens la mort du dauphin François Lucien performe amour rime avec topo sapins et sorbiers nuit cheyenne en boucle

    p 2541 : bilan d'étape


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  • Ton cœur ventriloque fait battre le mien,
    Petit ange,
    À la vitesse de tes ailes,
    Quand tu voles vers moi.

    Marionnette


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  • Après avoir débarrassé le ciel de sa pluie d’acide, Bazouf s’éteignit sur la cime du mont Jabor, point culminant de l’Outreterritoire, où pointait le crâne rasé de Janka. Il expira dessus, le décharna. Sous la brûlure des gouttes incendiaires, l’homme broncha. Il sortit ses mains de la cendre, s’appuya sur le sol qui s’échappait par les failles de son corps et se hissa sur la crête liquide. Il se leva, funambule sur le fil tendu entre les extrémités des parois du vent, et souffla son venin à l’oreille de Bazouf. Le poison descendit le long des pentes jusqu’à la steppe craquelée d’ennui. Le désert convulsa sous la vague, cracha sa déroute en vastes rafales de flèches lithiques, qui se délitèrent au contact de la chair de Janka, pétrifièrent son sang versé.

    La 14ème mort de Janka


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  • Rendez-vous manqué entre Barnum et Elephant Man

    Il aurait bien voulu l'avoir à son tableau de chasse, ce Joseph Merrick. Son succès à Londres témoignait de son potentiel. Il n'ose imaginer son triomphe aux États-Unis, s'il était tombé entre ses griffes de magicien. Il en aurait fait l'une de ses attractions phares ; il aurait plu des dollars.
    Peu importe que sa tournée en Europe continentale ait viré au fiasco. Ils ne savent pas y faire, ses collègues du vieux monde. Complètement dénués d'esprit entreprise et d'imagination. Voyez cette terne histoire d'accident pendant la grossesse de sa mère ! Ce n'est pas avec ce genre de fables qu'on risque de faire sauter la banque. Barnum, lui, l'aurait enveloppé à sa sauce, le secret des origines de l'Elephant Man. Il aurait inventé une liaison contre-nature, l'enfantement d'une chimère, d'un être hybride. Bref, un récit bien accrocheur, du genre qui frappe les esprits, suscite les curiosités les plus malsaines et remplit les tiroirs-caisses.
    Barnum s'en mord les doigts. Il a manqué l'occasion. Il a malencontreusement dédaigné son cas. Il s'est aperçu de son erreur de jugement quand le bonhomme s'est fait rouler par son imbécile d'imprésario. La naïveté de Merrick lui a sauté aux yeux. Et les naïfs, Barnum les affectionne. Il suffit de pas grand chose pour en tirer le maximum, et ce sans qu'ils se plaignent jamais. Il a tenté de rattraper le coup, a multiplié les démarches pour s'assurer ses services et leur exclusivité et même proposé une offre qui ne se refuse pas afin de s'approprier ses talents. En vain. Frederick Treves, le jeune médecin qui avait pris Elephant man sous sa coupe et sa protection à son retour en Angleterre n'a rien voulu entendre. 

    Nota : ceci est bien sûr pure spéculation de l'auteur de ce blog.


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  • J'ai des bouts de ficelles que je noue les uns aux autres. Les raccords sont grossiers. La toile se tisse néanmoins. Il en surgit des accrocs qui donnent des lignes de fuite prometteuses. La corde est raide et peu sûre. Je la remonte ; on ne sait jamais. Des fois qu'en l'étirant, elle me claque entre les doigts et que l'éclair jaillisse. Je m'accroche aux aspérités du tissu pour avancer. Il reste des trous que la raison recommande de contourner. Je plonge dedans, tête la première. Et perds le fil.

    Tisser la trame


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  • Au col du Bussang, j’ai cueilli un début de Moselle. En offrande, te l’ai présenté, demoiselle. Dans mes mains en conque, je l’ai porté à ton visage brûlant, rougi par les myrtilles, le soleil des chaumes et les heures de marche sur les pentes du Drumont. Tu avais la couleur des montagnes, l’été ; dans les yeux, l’éclat des gazons chauffés à blanc, aux sommets. Tu t’es rapprochée, t’es penchée. L’eau fuyait entre mes doigts intimidés. Je les ai resserrés jusqu’à ce que le bout de ton nez chatouille mes paumes, que ta joue rafraîchie effleure mon pouce. À la caresse, j’ai tressailli. Le réceptacle s’est fendu. Un filet de Moselle a dégouliné le long de mes poignets, a coulé sur mes jambes et mes chaussures. Tu t’es redressée et tu as ri. Ton rire a cascadé comme une goutte des Vosges, demoiselle. Par la brèche élargie, mon dernier brin de Moselle l’a rejoint à tes pieds.
    Tu as lancé les hostilités. D’une claque à la surface de la fontaine, m’as éclaboussé. Nous avons échangé jets de Moselle, avons dansé autour du bassin, demoiselle. Je t’ai attrapée. Tu m’as tendu tes lèvres. Je t’ai embrassée. Toi, ruisselante de Moselle et de mots doux ; moi, tout contre toi, j’ai déployé mes ailes.

    Du col du Bussang, j’ai emporté ton amour, demoiselle, et à mes semelles, la source de la Moselle. L’un s’est tari, l’autre pas.

    Nota : ce texte est paru dans le n°166 de la revue Études Touloises (voir ici).

    À la source


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  • Lucien débarrasse le plancherHallelujah, fin de l'assignation à résidence, signal est donné : l'heure est venue de débarrasser le plancher. Lucien, précautionneux et hagard, sort du placard. Un coup d’œil à droite, un coup d’œil à gauche. La voie est libre. Il se rue à sa fenêtre, l'ouvre. À pleine goulée inspire l'air déconfiné. Hurle en pensant à son copain Max, qu'il a fichtrement envie de revoir.
    — Il est libre, Max.
    Oui, il est libre, Max, tout comme lui, et bientôt ils pourront célébrer leur liberté retrouvée. Mais en attendant, il a du pain sur la planche et son plancher à délester. Il commence par manger le blanc, enfourne ensuite le quignon et s'attaque aux miettes. Planche nette, il passe au plancher. Il attrape la table, la pousse vers la sortie, direction le palier, la balance dans l'escalier. Il procède de la même manière avec bon nombre de meubles, privilégiant l'expédition par voie aérienne pour ses objets de taille réduite. Ainsi, avec minutie, Lucien déblaie le terrain. Trop content d'enfin recouvrer un peu d'espace après ces semaines d'enfermement, de pouvoir étirer ses membres sans se cogner aux étagères et à la penderie de son placard. Lucien s'en donne à cœur joie. Le temps est aux grandes manœuvres, ça déménage ! Pas de détail, il débarrasse le plancher et plutôt deux fois qu'une. Hop, par la fenêtre, la télévision ! Hop, par-dessus la rambarde du palier, son buffet en merisier pur bois. Il vide les lieux à tours de bras et de ruées dans les brancards, redouble d'énergie et d'envie de tout envoyer balader, lui le premier, tant il est pressé de prendre la porte. Et il fait bien car voilà sa patience récompensée et le terrain nettoyé. Il peut enfin la dégonder, la porte, et mettre la dernière patte à son œuvre émancipatrice en s'éliminant lui-même du champ domestique. Il fait pièces et table rases, déserte son parquet. Hors-sol, il franchit le seuil de son appartement, traverse son palier et se heurte à l'amas d'antiquités qui encombre l'escalier.
    Lucien ne peut pas passer. Il est coincé.


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