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    Premier rendez-vous littéraire de l'année, avec les Plumes Comtoises, le samedi 26 janvier 2019, de 14h à 18h, à Delle.
    Et toujours un cadre convivial et chaleureux pour aller à la rencontre des lecteurs et leur présenter nos ouvrages.


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  • Lucien libère sa parole

    Comme Lucien a le nez fin, il se met au goût du jour. Et tant pis si ça sent le roussi et le fumigène, le sang caillé et la myrtille. Il a, lui aussi, son avis à donner. Il libère sa parole ; il n'y a pas de raison qu'il se prive, qu'il refrène ses élans de prodigalité, qu'il ne participe pas au mouvement général d'émancipation qui a saisi la population, dans son désir labial et insurrectionnel de renverser la vapeur, la crème et les codes établis. Il ouvre les grilles et desserre les dents. Le problème, la parole une fois libérée, consiste à remettre la main dessus. Trop heureuse de l'aubaine et qui ne se l'est pas fait dire deux fois, ni trois, sans demander son reste, renonçant à son doggy bag, elle part en cavale. Elle dépasse ses pensées, échappe à l'entendement. Pas étonnant avec toutes ces voies libres, ces ronds-points dégagés et ces fausses routes ! Impossible de la retrouver. Lucien ne ménage pas ses efforts, pourtant. Il tourne en rond, traverse les lieux communs, arpente les sentiers balisés, suit les chemins tracés, oscille entre les idées toutes faites et les expressions consacrées ; en bref, s'efforce de reconstituer ses éléments de langage. Il interroge même la voisine. Du coup, il s'excuse et rougit.
    — J'ai perdu mes mots.
    La voisine, dans ces cas-là, hausse les épaules et lève les yeux au ciel, d'autant plus quand il y a un plafond et que celui-ci est bas. Lucien la soupçonne d'avoir perdu autre chose, sa langue en l’occurrence, mais il n'ose pas glisser ses doigts à l'intérieur de sa bouche pour le vérifier. Elle serait capable de le mordre. Il l'a déjà entendue aboyer, une fois qu'elle sortait son chien. Alors, il se préserve ses phalanges et se contente de lui tirer la sienne, de langue, en vérifiant si par le plus grand des hasards, il n'en aurait pas un, de mot, sur le bout. Il halète. La bave lui pend aux lèvres. Elle est bien la seule. Il doit l'admettre : la voisine n'est d'aucune utilité. Le verbe refuse de se faire chair. Il renonce à la sentir palpiter et en dernier recours et désespoir de cause, songe à sonder le dictionnaire. Et il s'y serait assurément résolu si ses compétences en combinatoire, pour le moins limitées, ne l'avaient pas dissuadé. Une lucidité tout à son honneur. Ses carences requièrent une technologie plus moderne, un mécanisme bien huilé sans trop de pistons ni entourloupes, un appareil simple et efficace. Lucien s'en remet donc à un moteur de recherche et le lance, mais pas trop loin. Il dessine les contours de sa parole, en tape les signes et les caractères au risque de les traumatiser : Q.U.A.N.D. E.S.T.-.C.E Q.U.'.O.N. M.A.N.G.E. Puis envoie la commande et la sauce. S'ensuivent 295 millions de réponses.
    Lucien n'en revient pas. Sa parole a profité de sa liberté pour faire des petits.


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  • La femme à barbe et la gueule cassée

     

     

    Eugène l'aime bien, le regard posé sur lui par Clémentine. Un regard qui fait du bien. Qui ne s'arrête pas à sa mâchoire de fer. Elle se porte à son chevet, retape son lit ; l'incite à tirer les poils de sa barbe. Elle prétend en riant que ça lui portera chance. Une rare faveur qu'elle lui accorde. En échange de laquelle, elle lui caresse son menton métallique. Il a l'impression qu'il n'y a qu'elle, en dehors de ses compagnons d'infortune et voisins de chambrée, qui peut le comprendre. 


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  • Sur la peau la patience du zéphyr
    Souffle soufre une caresse à offrir
    D'un soupir d'une étreinte se suffire.

    Vent doux


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  •  Piet Mondrian : L'arbre rouge

    1908/1909 - Huile sur toile
    Musée municipal de La Haye

    "Comme un grand arbre sous ses hardes et ses haillons de l'autre hiver, portant livrée de l'année morte ;
    Comme un grand arbre tressaillant dans ses crécelles de bois mort et ses corolles de terre cuite —
    Très grand arbre mendiant qui a fripé son patrimoine, face brûlée d'amour et de violence où le désir encore va chanter."

    Vents (I-1) - Saint-John Perse

    Meilleurs vœux ! 

     


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  • Les nuits en décembre, les rues mouillées font des ciels scintillants sous les pieds comètes des passants.

    La piste des étoiles


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  • Janka suit la trace des ombres. On lui a dit qu’elles respiraient encore. Les derniers souffles à recueillir. Le battement étouffé d’un cœur figé. Vestige d’un espoir à puiser au fond de leur gorge. Il s’engouffre entre les parois métalliques, dont les peaux acides rongent ses déplacements d’être. Des particules d’éther crépitent à leur contact, boursouflent leur surface, tissant une dentelle brûlante et acérée qui se propage le long du chemin jusqu’au bord de la cavité. Janka s’harnache au fil en fusion, le remonte. À la ligne de précipice, se penche. Il sonde l’abîme. De l’obscurité essaie d’extirper l’oscillation du temps.

    La 10ème mort de Janka


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  • Et qu'est-ce qu'on leur dit, aux enfants, maintenant...

    Et qu'est-ce qu'on leur dit aux enfants ? qu'on s'en fout de l'état de la planète dans 15, 30 ou 50 ans du moment, que nous, aujourd'hui, on peut utiliser notre petite auto comme on veut, quand on veut, parce que, bon, on est libre, non, et puis qu'on n'a pas à nous dire comment on doit vivre, si on décide de changer, ben on le décide tout seul, et les autres, ils n'ont qu'à commencer, ils n'ont qu'à montrer l'exemple, parce ce que l'environnement, tout ça, on n'y est pour rien, ce sont les autres, les responsables, nous, déjà, on fait plein de choses pour préserver la nature, que si on n'utilise pas nos pieds, le vélo, le bus ou le train alors qu'on le pourrait pour au moins 30% des déplacements qu'on fait en voiture, c'est parce que ça nous fatigue, que ça nous fait perdre du temps, qu'on est serré, que c'est pas pratique, bref, que ça nous emmerde, et qu'il n'y pas de raison qu'on s'emmerde alors qu'il y a la bagnole, non, et que si on râle, tout ça, contre les taxes destinées à favoriser la transition écologique, contre les impôts (parce que, nous, c'est sûr qu'on en veut des services publics mais il n'y a pas de raison que ce soit nous qui les payons) et la vie chère, c'est pour eux, les enfants, c'est pour eux qu'on se bat, pour qu'on puisse par exemple leur acheter un cadeau à Noël, un jouet chinois, un jeu électronique, qu'on jettera dans un an pour en prendre un autre, pour qu'on puisse consommer comme tout le monde, on va quand même pas se priver d'un nouveau téléphone, d'une deuxième télé ou d'un abonnement à je ne sais pas quoi, d'autant qu'on a notre petite maison individuelle à chauffer et qu'on y tient à notre petite maison individuelle qui bétonne le paysage et empiète sur les terres agricoles, et les enfants quand dans 15, 30 ou 50 ans, ils se prendront, pleine face et à la chaîne, les crues, les sécheresses, les canicules, les tempêtes et tous les conflits que ce bouleversement engendrera, et qu'à force ils n'auront plus les moyens d'y faire face, ben c'est pas grave, on leur rappellera tout ce qu'on a fait pour eux et... tout ce qu'on n'a pas fait... hein, on leur dit ça, aux enfants ?


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  • Au n°166 : Spécial Emile Moselly, des Etudes Touloises


    À l'occasion du centenaire de la mort de l'écrivain lorrain, Emile Moselly, la revue du CELT, Etudes Touloises, a concocté un numéro spécial autour de sa figure. Elle a demandé aux différents lauréats du prix littéraire qu'elle organise chaque année et qui porte le nom de l'auteur d'y contribuer en écrivant un texte sur ou autour de la Moselle. Lauréat en 2013, je me suis volontiers et avec plaisir plié à l'exercice. Mon texte intitulé À la source a ainsi rejoint ceux des autres participants.

    Nous trouverons également dans le numéro le texte du dernier prix Moselly (2018), La révolte de la vieille dame, décerné à Geneviève Bobior-Wonner.

    La revue est à commander sur le site des Etudes Touloises.

     


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  • BarnieCauserie familiale :

    Tous, vous en avez. C'est dégoûtant. Moi non. Je préfère. 
    Et tes cheveux ?
    Les cheveux, c'est pas pareil. Mais sur le corps, là, partout : beurk.
    Ben, toi aussi, t'en auras. Et ça ne saurait tarder.
    Nan. Moi j'aurai pas de poils.
    Ben si. Et bientôt tes seins se...
    Tais-toi. J'veux pas entendre ça. Ça se dit pas.
    Comment veux-tu qu'on dise ? C'est comme ça que ça s'appelle.
    Nan. On dit pas ça. C'est dégoûtant.
    C'est pas dégoûtant. Qu'est-ce que tu racontes ? On dit seins...
    Taisez-vous. Je veux pas que vous disiez ça. 
    On doit dire comment alors : poitrine...
    Ahhh. Arrêtez. Taisez-vous.
    Nichons, alors ?
    Aahhhh. Mais ça va pas la tête. Faut pas dire ça.
    Comment ? Faut bien un mot.
    Nan.
    Ben si. Alors ?
    ...
    ...
    Barnie.
    Barnie ???!!!
    Oui on dit barnie.
    Barnie ! Mais d'où tu sors ça ? Je ne connais pas ce terme.
    Ben si : barnie, l'envers de nib... euh... (en chuchotant) nibard.


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