• La Terre emperlée d'yeux brillants, vers la lune tournés, égrène des battements de cœur sur l'empreinte du premier pas. 
                      En jaillira un chapelet de sauts.
                                                                  Petit homme bondissant. 

    Petit pas


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  • Lucien gère son stress

    En fin d'année scolaire et universitaire, l'heure est aux examens, concours et autres évaluations. Lucien n'est pas exempté. Lui aussi affronte son lot de contrôles, dentaires, urinaires, sanguins ou de son taux d'alcoolémie, chacun sa croix et son stress à endurer.
    — Je stresse, je stresse, je stresse, répète-t-il pour mieux s'en convaincre.
    Faudrait pas que l'angoisse lui fasse perdre ses moyens et souffler de travers dans le ballon, ni uriner à côté de la pipette. Il tient à passer l'épreuve dans de bonnes conditions et en pleine possession de ses facultés.
    — Respire profondément, lui conseille Max. 
    Lucien n'est pas convaincu par la méthode. Respirer, il y est habitué ; il s'y applique sans même y réfléchir, et son stress n'augmente pas quand il la retient, sa respiration. D'ailleurs, afin de démontrer l'ineptie de la proposition de son ami, il part en apnée. Il résiste quinze secondes et constate, désabusé, qu'il ne s'est pas détendu depuis qu'il a repris l'air. 
    — Tu vois, je ne suis ni plus ni moins stressé.
    Et ce disant, il lance une longue expiration vers Max, contraint de détourner le visage pour ne pas s'évanouir. 
    — Profondément, j't'ai dit, insiste Max, en inspirant une goulée d'air pur, derrière lui, pour s'oxygéner les artères et se remettre de la bouffée largement étalonnée en éthanol, que son ami lui a pulvérisée dessus.
    Lucien lève les yeux au plafond du café du commerce, où ils repeignent leur haleine depuis qu'ils s'y sont retrouvés, et hoche la tête d'agacement. Max n'y est pas. Il est à côté de la plaque et du comptoir. 
    — Non, le truc, c'est de bien gérer son stress, affirme-t-il en connaisseur, tel le gars qui a réfléchi à la question, s'est documenté dessus et s'est forgé son opinion à coups de burin et de matraque. Faut juste être bon gestionnaire !

    Lucien s'est longuement interrogé. A pesé le pour et le contre, surtout le contre, qu'il ne soit pas trop lourd, et a opté pour sa banquière. Autant s'adresser aux professionnels de la profession, aux cadors de la gestion ; les résultats de la banque parlent pour elle. Des faramineux, une croissance à deux chiffres. Les intérêts, les agios, les plus-values, l'optimisation fiscale: une parfaite maîtrise de la discipline. Nul doute à avoir : son stress sera entre de bonnes mains. Elle saura en tirer le meilleur profit, en exploiter toutes les potentialités.
    — Je vous préviens d'office, lui dit-elle en l'accueillant dans son bureau avec un soupir de fatigue long comme son bras, il est hors de question de vous prêter le moindre centime.
    — Non, non, j'veux rien vous emprunter, la rassure-t-il. J'suis pas fou ; la dernière fois, ça m'a coûté un bras plus long que le vôtre.
    La banquière, flattée par l'hommage rendu à son talent, rougit mais, d'un métal résistant aux hautes températures, ne se laisse pas attendrir. Elle élude l'allusion à son membre et à son réseau de relations ; attend, méfiante, sa requête.
    — Tout au contraire, poursuit-il, je suis venu vous confier mon stress.


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  • Le caverneux roula des yeux et montra à Janka la face cachée de ses orbites. L’Arpenteur y lut le chemin à suivre et l’objectif à atteindre. L’Outreterritoire se déployait à plusieurs volées de steppes d’ici. Lui et ses compagnons mordraient la poussière pendant encore des mois, avant de le rejoindre. Après quelques secondes, Jorg jugea que Janka en avait assez vu et rabattit ses paupières. Il les rouvrit sur les cristallins rouges qui avaient accueilli la tribu. Porta la main à son front ; du pouce creusa le sillon qui le traversait comme s’il désirait en extraire le trajet qu’il leur avait dévoilé. Il parla pour la première fois de leur rencontre.
    — Ne te fie pas à la ligne, elle est trompeuse.
    Janka recula. L’homme ne lui apprenait rien. Il se tourna vers Brindille, l’interrogea des yeux. La Guide haussa les épaules. Qu’espérait-il ? Dès qu’ils l’avaient aperçu, assis en lotus au seuil de son trou, elle avait compris qu’ils n’en tireraient que temps perdu. Sa méfiance, cependant, n’avait pas dissuadé Janka de l’interroger.
    Les caverneux jouissaient d’une réputation usurpée de clairvoyant et abusaient les errants qui remontaient vers le Refuge. Brindille s’en était avisée à tous, décourageant les membres de s’enquérir auprès de lui. Janka n’avait pas voulu l’entendre. Aucune source n’était à négliger, selon lui. Des équipées les avaient devancés sur la trajectoire ; l’ermite avait sans doute capté les échos qu’elles semaient sur leurs parcours, collecté les traces qui s’y étaient enlisées. Il était de son devoir d’Arpenteur de le sonder. La moindre information pouvait leur être utile et faciliter leur passage.
    — Remonte l’erg par la corde du Bazouf. Elle est plus fiable que la ligne, ajouta Jorg.
    Le caverneux dit cela et se tut. Ses lèvres se joignirent, s’agglomérèrent en un bout de chair flasque et homogène. Janka n’en tirerait plus rien. Il happa Brindille du regard, puis ses compagnons, leur adressa d’un signe de tête la direction à suivre vers le nuage de particules.
    Jorg disparut dans son trou au moment où les cendres commencèrent à les ensevelir. Il était temps. Ils s’arc-boutèrent et en bloc s’ébranlèrent.

    La 9ème mort de Janka


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  • Un peu d'air repose sur ma peau
    Rien qu'une pause
    Le poids d'un souffle.

    J'entends la mouche voler.

    Sieste


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  • Il ne reste que sa queue, relique à l'université Tufts, pièce maîtresse d'une collection disparate. Jumbo a vécu. Il a porté le monde et ses princes. Une palanquée d'enfants opulents et turbulents. Même Churchill et Roosevelt lui auraient monté dessus. À dada sur mon éléphant, le coup de talon dans l'épaule, on tire l'oreille, on défile, on applaudit, fier comme un paon. Le must des attractions. Mais gare au musth qui le rendra moins docile. Un danger pour les têtes blondes, une calamité ambulante. Finie la bête de somme, demeure la bête de foire. Barnum intervient et convertit la machine à livres sterling en machine à bons dollars.

    Photo, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=571926


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  • l’œuf me regarde avec un drôle d'air si drôle que je m'inquiète et me retourne vers mon reflet sur la vitre du four qu'est-ce que j'ai qui ne va pas je ne vois pas où l’œuf veut en venir où j'ai trahi sa confiance je n'ai rien de spécial pas de trace de farine sur la joue ni rictus menaçant aucun signe de désespoir non plus pas davantage de mèche rebelle j'arbore un masque impassible et un ovale presque parfait digne du sien et de ceux de ses congénères si bien que je suis obligé de hausser les épaules et d'admettre que l’œuf se méprend il n'a aucune raison de me tirer une tronche de trente-six longs pieds il serait avisé de changer d'attitude et d'arrêter avec sa gueule de travers ma patience a des limites je ne la supporterai pas longtemps il ne gagnera rien à me l'infliger sinon que je finirai par justifier ses craintes et lui donnerai un prétexte de se plaindre en l'explosant contre le rebord du saladier il n'aura plus que sa coquille en miettes pour pleurer le crâne d’œuf et pas question qu'il m'en verse dans la préparation je ne tolérerai aucune intrusion je l'éjecterai sans faiblir quitte à y mettre le doigt et un deuxième si nécessaire qu'il ne se fasse pas d'illusion je ne plierai pas me montrerai intraitable la

    p 937 : tête à œuf


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  • Lucien mange Local

     

    Lucien vote Utile ; il peut bien manger Local, aussi. Si ça permet de nourrir le Schmilblick et la cause environnementale, il est tout disposé à changer de régime et de crèmerie. Car Lucien, la planète, il est prêt à se réformer pour la protéger. Il y a un moment où il faut savoir assumer ses responsabilités et se relever les manches, quitte à se retrousser aussi les babines. L'enjeu est trop important pour ne pas prendre sa part et son rab de diète. Il s'est donc penché sur le menu, mais pas trop bas, et s'est renseigné. Il n'a pas bien compris en quoi le monde s'en porterait mieux mais si les experts disent qu'il faut s'y résoudre, ce n'est pas lui qui ira les contrarier. D'autant que niveau osmose avec la nature, équilibre des forces et maîtrise de l'indice de masse corporelle, d'aucuns ont déjà pratiqué la technique et ont montré à quel point ils s'y connaissaient. Presque à poil, en pleine forêt ou sur des îles lointaines, sûr qu'ils en remontrent. Il n'y a pas plus en phase avec l'univers et son rythme qu'eux. Une leçon de mana pour tous ; une raison de s'inspirer de leurs habitudes alimentaires et de leurs méthodes culinaires.
    Lucien a donc consulté l'annuaire et répertorié les fournisseurs. Il n'y en avait pas tant que ça. Si peu qu'il s'est inquiété : tout le monde ne serait pas servi. Il s'est soudain moins vu coq en pâte et davantage dindon de la farce, en a eu la chair de poule. Loin de lui, cependant, de se laisser plumer ni d'inverser les rôles. Au contraire, il en a pris de la graine et des résolutions. Par anticipation des prochains et inéluctables temps de vache maigre ou enragée voire de pas de vache du tout, il s'est serré la ceinture. Il a rentré son ventre, puis opté pour le plus proche pourvoyeur et, plein de bonne volonté écologique, s'est rendu sur place, les poches remplies de ses ustensiles.
    Lucien, devant la porte, vérifie le nom sous la sonnette avant de se manifester. Il tire la chevillette et la bobinette choit. 
    — M. Local ? s'enquiert-il, armé de son plus beau sourire, auprès de la personne au visage pas si bovin, qui se présente sur le seuil.


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  • J'aime les poètes persuadés de ne pas l'être, poète.
    J'aime les poètes qui te regardent avec intensité puis qui baissent les yeux, un peu honteux,
    Honteux d'y avoir cru,
    Qui n'y croient plus,
    Qui pourraient y croire, pourtant.
    J'aime les poètes qu'accompagne le silence, qui restent en retrait, à l'écart, à la lisière de la lumière.
    J'aime les poètes qui lancent leurs vers comme des bouteilles à la mer, sans rien en attendre, en lettres mortes, dans l'indifférence absolue, et qui continuent, malgré tout.
    J'aime les poètes qui écrivent sur du sable par tous les vents.
    J'aime les poètes qui égrènent leurs mots dans les déserts, les puits sans fond, sans que personne ne s'en aperçoive.
    J'aime les poètes que l'existence ne remarque pas.
    J'aime les poètes qui n'existent pas.

    J'aime les poètkis


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  • Il fallait plonger la tête dans l’eau qui dort et arquer la nuque pour se rendre invisible. La posture n’était pas facile à garder. Avec un peu d’exercice, l’on évitait l’asphyxie.
    Brindille attrapa Janka par l’épaule, le tira en arrière. Il s’effondra sur la berge.
    — Ça suffit ! déclara-t-elle.
    Des gouttes de Grandvent chassèrent de son visage le ruissellement qui lui barrait le souffle et lui rendirent sa respiration. Il happa une goulée d’air, tressaillit et ouvrit les yeux. Il voulut les refermer quand il découvrit le rictus ironique de Brindille qui pendait au-dessus de lui et l’éclaboussait de honte.
    — Tu n’y es pas.
    Il y avait des semaines qu’il s’entraînait sans parvenir à rien. Brindille commençait à se lasser et envisageait de le renvoyer dans sa cavité, d'où il n’aurait jamais dû sortir.
    — Tu n’y es pas, répéta-t-elle en s’écartant de son élève, en s’asseyant en retrait sur une vague concrétée de sable. Tu n’y es pas.
    Brindille fondit dans le creux de la lame, que le Grandvent arasa et dispersa à travers la steppe. Janka se précipita pour la retenir. S'abîma dans la dune, à ses trousses.

    La 28ème mort de Janka


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  • Je suis tambour et pouët
    Trompette
    À contretemps je tombe
    Battu

     

    Fanfare


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