• Personnage fantôme prend vie sous les doigts. Pure création ou double inspiré. Le vertige vient quand la confusion s'immisce. Qui procède du réel ? De qui procède le réel ? Comme ses souvenirs dont on ne sait plus si on les a vécus, dont on se rend compte qu'ils sont une construction de notre esprit. Un rêve ou un cauchemar gravé dans la mémoire qui nous fait douter du passé. Scène fantasmée que l'on se rejoue alors qu'on ne l'a jamais jouée. Le trouble nous saisit quand la séquence se pare de perversité. Elle requiert un effort de conscience pour qu'on l'évacue de nos possibles passés. L'on ne peut s'empêcher de penser que l'on se protège. Que l'on s'aveugle. Une barrière mentale. Le refoulement de nos déviances dans le subconscient. Pendant quelques minutes, l'on vacille, l'on ne sait plus qui l'on est, si l'on a vécu cette scène aux effets déflagrants, qui nous détruirait si elle s'avérait. La folie guette. L'esprit est au bord du gouffre. Sur le fil, il faut se garder de basculer. On s'accroche à l'histoire officielle.

    "Le réel et son double"


    votre commentaire
  • Je m'y remets toujours. J'en ai plein la mémoire de mon ordinateur ; j'en rajoute encore. Des mots en ribambelles. Des histoires qui me font oublier l'absurdité de mon geste : combler le néant.
    Au moins, quand j'écris, j'oublie que ça ne sert à rien. 

    Distraction

    Sisyphe, d’après José de Ribera, musée du Prado — [2], Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=53249604


    votre commentaire
  • Je tiens un journal dans lequel je m'enlise. Son échéance recule, suspendue à un événement qui n'arrive pas. Je suis condamné à le poursuivre. Perpétuité que je me suis à moi-même infligée. Un nouveau supplice pour un fait qui n'a pas eu lieu.
    Tous ces mots qui m'entravent. Tous ces textes sur lesquels je ne parviens à tirer un trait, sur lesquels je reviens sans y revenir. Autour desquels je tourne et dont je voudrais m'affranchir pour passer, l'esprit libéré, à de nouveaux horizons. Beaucoup de textes non publiés, et en particulier ceux au long cours, sont des boulets à mes pieds qui m'empêchent de tourner leurs pages.

    Tourner les pages


    votre commentaire
  • J'ai des bouts de ficelles que je noue les uns aux autres. Les raccords sont grossiers. La toile se tisse néanmoins. Il en surgit des accrocs qui donnent des lignes de fuite prometteuses. La corde est raide et peu sûre. Je la remonte ; on ne sait jamais. Des fois qu'en l'étirant, elle me claque entre les doigts et que l'éclair jaillisse. Je m'accroche aux aspérités du tissu pour avancer. Il reste des trous que la raison recommande de contourner. Je plonge dedans, tête la première. Et perds le fil.

    Tisser la trame


    votre commentaire
  • Y revenir encore et encore au risque de dénaturer. L'équilibre est difficile à garder. Et l'épuisement du texte, une lame à double tranchant. Le fil est rompu. Le basculement vers le dépouillement. On assèche. On saigne à blanc. On enlève le gras jusqu'à racler l'os. La moelle comprimée éclate, fuit par les fissures de l'écriture qui craque. Exuvie ratatinée. À la fin ne reste qu'un mot que, de rage, on efface.

    Purge


    votre commentaire
  • Puis-je me résoudre à un tête-à-tête avec mes mots ? Leur existence suspendue à la mienne seule. Ils n'ont de réalité que celle que je leur accorde. Il suffira que je disparaisse pour qu'ils se dissipent à leur tour et réduisent mes heures à eux consacrées à une absurdité irrémédiable. Le sens du néant. Et je me dis que c'est l'empreinte que je laisserai, ce néant, une empreinte qui aura le mérite de ne peser ni sur les générations à venir, ni sur la terre. Rien ou presque n'aura souffert de mon passage ici ; j'aurai marqué le monde comme une plume un sol en béton. Pffuitt. Je me volatiliserai avec mes milliers de mots. Plus rien n'en subsistera. Il y a du tragique dans ce destin, où la vie se réduit à rien. L'insignifiance et le désespoir. Les consolateurs y trouveront l'expression d'un peu de sagesse. Vanité...

    Tête-à-tête


    votre commentaire
  • Tirer du tiroir – ce vaste cercueil de mes mots – des histoires qui bougent encore, les achever d'un trait de désespoir et rire du désastre de tant d'heures dissipées.

    Pffuitt, font les illusions crevées en se dégonflant.

    Dérisoire


    votre commentaire
  • J'aime les poètes persuadés de ne pas l'être, poète.
    J'aime les poètes qui te regardent avec intensité puis qui baissent les yeux, un peu honteux,
    Honteux d'y avoir cru,
    Qui n'y croient plus,
    Qui pourraient y croire, pourtant.
    J'aime les poètes qu'accompagne le silence, qui restent en retrait, à l'écart, à la lisière de la lumière.
    J'aime les poètes qui lancent leurs vers comme des bouteilles à la mer, sans rien en attendre, en lettres mortes, dans l'indifférence absolue, et qui continuent, malgré tout.
    J'aime les poètes qui écrivent sur du sable par tous les vents.
    J'aime les poètes qui égrènent leurs mots dans les déserts, les puits sans fond, sans que personne ne s'en aperçoive.
    J'aime les poètes que l'existence ne remarque pas.
    J'aime les poètes qui n'existent pas.

    J'aime les poètkis


    votre commentaire
  • ... je me permets de vous soumettre une brève œuvre de fiction, un trip/texte éclair (et néanmoins sombre) d'à peu près 110 000 secs, qui s'intitule Machinchose.
    Si je m'en réfère à votre profession de foi, publiée sur la page d'accueil de votre site, mon court roman devrait vous intéresser. Oui, il devrait... J'en doute néanmoins tant il engendre de la perplexité. Dans ces conditions, je le sais, je devrais m'abstenir mais s'il fallait que je m'abstienne à chaque fois que je doute, je n'aurais plus qu'à finir comme ce pauvre Bartleby et "je préfèrerais ne pas"...

    Dans le doute...


    2 commentaires
  • Trop d'auteurs, pas assez de lecteurs, et moi et moi et moi, auteur et lecteur. Des pages et des pages échouées dans mon tiroir, dans ma mémoire. Lecteur solitaire de mes mots relégués. Trop rare lecteur de livres imaginés, voués à l'absolue retraite des projets avortés. Et lecteur. Ma bibliothèque est pleine des mots qui sédimentent mes rêves de littérature. Et qui les enlisent dans des espoirs déçus. Parce que je persiste à glisser les miens. Aveuglément, je me dis, pourquoi pas, qu'ils se suffiront à eux-mêmes. L'arrogance de croire qu'ils se suffiront à eux-mêmes, que par la seule puissance de leur évidence ils s'imposeront. L'illusion est coriace.

    Et moi et moi et...


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique