• Il me dit prends ton bâton de pèlerin, Pilgrim, et essaie encore. J'en ai plein sous le coude, des mots empilés, des phrases à la chaîne que je continue à rallonger. Il me dit sème à tout va, le vent l'emportera. Je réponds j'en ai marre de taper aux portes, je voudrais maintenant qu'on me les ouvre. Oui mais. Mon énergie, je veux la consacrer à. Oui mais. Ecrire sans me soucier de. Mais non. Alors je choisis une île. Envoie vers, ma bouteille. Trois mois après, la sentence. Et trois mois supplémentaires pour m'en remettre et... retenter.
    Il me dit te plains pas, il y a pire. C'est vrai. Le pompon : j'ai pas à me plaindre, il y a pire. Il y a mieux aussi.

    Point blues. Petite humeur à vide. Mal chronique et guérison transitoire. J'écris. Je replonge.

    De guerre lasse blues


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  • Âme BATée

     BAT

    Ce moment où l'on valide le BAT*, où l'on signe le contrat. Le soulagement est là ; l'exultation, aussi. Et l'appréhension. Et le sentiment d'abandon. On coupe le lien, tranche dans le vif. On se dessaisit, s'aliène le texte.
    Dès lors, on s'en gardera autant que possible. On n'ouvrira l'ouvrage qu'à contrecœur avec la sourde angoisse d'y trouver des défauts, des passages à amender. C'est une épreuve d'être confronté à un texte "achevé", pour lequel on ne peut plus rien, et de se heurter à un mot, une tournure, une phrase dont on se dit qu'on les changerait bien, qu'il y aurait mieux à écrire... On en a des suées. L'on préfère donc le tenir à l'écart ; l'on n'y reviendra que si on y est obligé, pour une présentation, une lecture, un échange avec des lecteurs. Il faudra du temps... du temps pour l'accepter tel qu'il est, le lire pour ce qu'il est, comme on le fait d'un autre livre, sans que s'impose l'idée d'en modifier le contenu, l'idée qu'il s'en trouverait mieux... bref, pour l'/s'affranchir.

    *BAT : Bon À Tirer (dernière version de l'ouvrage, prête à l'impression).


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  • Entre deux

     
    Entre deux, je suis mal. C'est pourtant la période de tous les possibles, des mondes en puissance. Ça grouille, ça part dans tous les sens. Il faut canaliser, trancher, choisir. Sacrifier. Je suis au purgatoire et je purge. Je traverse le bardo à l'aveugle, psychopompe psychopathe ; les sables mouvants sont jonchés de cadavres. Des peut-être qui disparaissent. Un peu de soi qui s'enlise. Les portes se ferment. Je cherche les clés de la dernière. Je sais que je les trouverai derrière.

    Je trépigne. Il me tarde de me lancer. Me réincarner. Saisir le moment où le verbe se fait chair.

     


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  • Game over. Try again !

     

    D'aucuns jettent leurs mots aux orties, d'autres sur la toile et les réseaux sociaux en espérant qu'ils rebondissent sur des lecteurs. Du flipper ou du billard. On lance ses boules au p'tit bonheur la chance. Je n'ai jamais été doué à ces jeux-là. Le coup à zéro bande, la trajectoire avortée. Le vide est sans fond et la chute sans fin. 

    L'on ne se sent jamais aussi seul que quand on assiste à son anéantissement. Alors on se remet à écrire ; on renaît.


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  • J'ai déjà du mal avec "auteur" ; avec Écrivain, impossible de m'habituer, la gêne, ça me met mal à l'aise, l'impression d'être un imposteur. Le costume est trop large je ne suis pas taillé pour. Écriveur, à la rigueur ; écrivaillon, encore mieux, même si la dénomination est péjorative... et cruelle lorsqu'on songe à la somme de travail abattu, au nombre de pages empilées, à la quantité de mots biffés. Tout ça pour ça : écrivaillon. Scribouillard, je préfère. Le terme est plus sympathique. Il a un côté attendrissant et me rappelle la tante Julia. À partir de quand s'estime-t-on écrivain ? Jamais, probablement... On se dit quand je serai édité, oui, quand je serai édité, je pourrai me sentir écrivain puis quand j'aurai publié deux livres trois cinq dix quand je serai lu que je toucherai des droits d'auteur suffisamment pour être affilié à l'AGESSA qu'on me trouvera dans toutes les librairies qu'on me sollicitera aux quatre coins du pays du monde de l'univers que je fraierai dans les académies que je hanterai les manuels scolaires je me marre ou quand je prendrai la pose air inspiré et tourmenté et tout et tout pour "faire" écrivain sur la photo je me sentirai écrivain m'y croirai j'en doute le redoute ce serait la fin l'embaumement le moment d'arrêter d'écrire où l'on se regarde écrire. 

    Ecrivain, c'est quand qu'on y est ?

    "Figure du grand écrivain"
    Victor Hugo, par Auguste Vacquerie (1853) source Wikimédia


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  • « Si t'as pas de diffuseur, t'existes pas ! », me dit-on, quand je me retrouve en situation de parler cuisine, avec une personne du sérail éditorial, ce qui n'est pas si souvent. Et il faut bien l'admettre, la nouvelle donne numérique n'y change rien, du moins pas encore : difficile d'exister, en effet, quand on n'a pas de diffuseur... Surtout quand les libraires (pas tous, heureusement !) même indépendants (un certain nombre, malheureusement !) rechignent à commander des ouvrages dès lors qu'ils ne sont pas recensés dans leurs bases de données, répertoriés par les diffuseurs chez qui ils s'approvisionnent. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai fait l'expérience : demander à l'un d'eux le livre d'une petite structure éditoriale, et me voir répondre que non, décidément non, ce n'était pas possible car l'ouvrage ne figurait pas dans leurs listings, que ce serait trop compliqué, que cela prendrait trois semaines, le temps de contacter le fournisseur, de rédiger un bon de commande et tout et tout, qu'il valait mieux me rendre directement sur le site de l'éditeur, car l'éditeur avait forcément un site, hein. De nos jours, ce serait étonnant ! ... Bref, que je me débrouille tout seul ! Et j'y vais sur le site, d'un clic le commande, le bouquin, et le reçois au bout de quarante-huit heures. Et de m'interroger, naïf : pourquoi le libraire n'y va pas sur le site de l'éditeur, pour lui commander direct le livre (juste un clic !!!) ? Ce qui m'énerve le plus, c'est d'entendre ensuite ces mêmes libraires (pas tous, n'est-ce pas ! Je précise ; je ne souhaite pas me prendre une volée de bois vert par celles et ceusses qui s'engagent et s'impliquent pour faire vivre la littérature et qui se sentiraient, à tort, visés ; ceux-là, je les remercie bien sincèrement, leur tresse même tous les lauriers qu'ils veulent. Ouf !) se lamenter quand ils sont menacés de fermeture, incriminer les librairies numériques, et s'ériger en défenseur de la diversité culturelle alors qu'ils se contentent, au jour le jour, de reverser la soupe des grands groupes éditoriaux à l'instar des chaînes qu'ils conspuent (alors qu'ils auraient intérêt, selon moi, à se différencier et à jouer la carte d'une littérature vivante et alternative). Où est cette diversité dont ils se prétendent les chantres ? D'autant que s'il est si facile pour un client de s'adresser directement au petit éditeur pour acquérir l'un de ses ouvrages, pourquoi est-ce que ce même client se déplacerait chez le libraire pour acheter les livres qu'il est encore plus facile de se procurer ailleurs, dans n'importe quel réseau de distribution ? ... Cela dit, en passant...
    Donc, oui, quand on n'a pas de diffuseur, on n'existe pas... ou si peu... L'ennui est que pour un petit éditeur, avoir un diffuseur signe souvent son arrêt de mort, tant la charge financière que représente la participation de cet intermédiaire est importante et qu'il est conduit à rogner sur ses marges, voire à vendre à perte, pour que chaque acteur de la chaîne puisse se "payer". Rares sont les petites structures à avoir les reins suffisamment solides pour assumer dans la durée ce choix d'une diffusion professionnelle et fréquemment, l'on voit l'une ou l'autre de ces maisons, à bout de ressources, mettre la clé sous la porte. Sans oublier le fait qu'elles dépendent de la bonne santé de leur diffuseur, que la chute de celui-ci peut aussi entraîner les leurs...
    Bref, entre le "si t'as pas de diffuseur, t'existes pas !" et le "si t'en as un, t'es mort !", la voie est très étroite pour les petits éditeurs et leurs auteurs. Et il leur faut des trésors d'ingéniosité et d'énergie pour, malgré tout, tenir !

     

    "Si t'as pas de diffuseur, t'existes pas !"

     

     


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  • En finir ou pas (that is the question) ?

    Sur le clavier en peau de ma femme, je presse des touches qui palpitent sous la pulpe de mes doigts. Je tisse des fils en queue de précipice, trace des sillons en bordure d'échine, des chutes de rien. Je tresse des mots en peau de ma femme, que je tends sur des toiles lactées, qui éclatent, s'étiolent, lettres de détresse. Des astres et mon désarroi. J'ai peur de finir ; cette petite mort.


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  • Ego

    Auteur humble, en voilà un oxymore ! L'auteur humble, personne ne le lit, puisqu'il ne cherche pas à se faire publier. Car il faut avoir un ego démesuré pour écrire et proposer ses écrits à des inconnus. Vous rendez-vous compte : imaginer que ses mots, ses impressions, ses petites histoires, ses confidences, ses expériences, ses réflexions intéresseront, émouvront d'autres que soi-même (et songez à ceux qui souhaitent publier TOUT ce qu'ils écrivent (si, si, il y en a...)). J'ai un ego démesuré. J'ai – c'est toujours ça – la lucidité de le reconnaître. Et cette lucidité, sans doute, incite, non pas à l'humilité, au moins à une certaine autodérision, à une distanciation salutaire. Mais une autodérision assimilée, quasi ontologique, l'autodérision comme ligne de conduite et qui permet de se soigner, et non celle que l'on surjoue devant un public conquis, en espérant que l'on vous contredise, que l'on vous réponde que vous êtes trop humble (warf !!!). Une question d'hygiène mentale et de bienséance. Disons que c'est la moindre des politesses ! Une autodérision, dont on pourrait s'attendre qu'elle fût largement partagée, dans le petit monde des littérateurs... Vœu pieux.
    Je suis toujours sidéré de constater à quel point certains auteurs, et pas forcément les meilleurs, en sont dépourvus... de cette autodérision, à quel point ils se prennent au sérieux et sont jaloux du respect (de la déférence) qu'on leur doit. Ils font la pose, jouent au Grand Écrivain. Interdit de rigoler, les Ôôôôteurs outragés ont la susceptibilité chatouilleuse et s'offusquent de rien ou presque (une "mauvaise" place dans un salon, une organisation ou une communication indignes de leur talent, une observation facétieuse, une plaisanterie triviale...). Des peccadilles, qui dès qu'elles les concernent revêtent des proportions d'affaires d'état. Puissent la vie, le temps et les gens me préserver du grotesque !


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  • On arrive souvent à son terme plus vite qu'on ne s'y attend. J'aurais bien prolongé un peu le plaisir, mais je ne vais pas me lamenter. Déjà content d'en être arrivé à bout. La partie n'est jamais gagnée d'avance, tant le parcours est semé d'embûches, la contention ruinée par la moindre distraction. Alors, je peux être soulagé. 
    Il est là, devant moi. Il fait un peu tache. Ne me paraît pas bien vaillant, à vue de nez. Je vais le laisser reposer. Quelques temps. Histoire de reprendre du poil de la bête, de changer d'atmosphère. Et puis, je le remettrai sur la table et m'échinerai dessus. Je le polirai, l'astiquerai, le briquerai, le dégrossirai. Surtout faire preuve de poigne. Ne pas se laisser attendrir. Faudra bien ça, pour assurer le deuxième jet, puis le troisième, puis... Soyons fou !


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  • L'on m'a proposé – et cela m'a à la fois étonné (vu l'audience du blog) et flatté – de me transmettre un livre afin que j'en fasse une petite critique sur ces pages dans ma rubrique Bouquins. Libre à moi d'en dire ce que je voulais, du bien ou du mal. 

    Je ne le souhaite pas. Je le précise ici, au cas où, pour prévenir d'autres hypothétiques et peu probables requêtes. Et ce, pour plusieurs raisons.

    Comme je suis un "bon gars", un garçon bien élevé, et qu'on ne se refait pas, quand on m'offre un cadeau, je dis merci et assure qu'il me plaît... M'enfin ! Je ne me vois pas "tailler" une oeuvre qu'un auteur m'aurait gracieusement adressée. Mal dans mes chaussures, je me sentirais contraint à une certaine complaisance et ce serait de ma part, au cas où elle me paraîtrait mauvaise, malhonnêteté intellectuelle. 
    Je n'écris donc que sur des livres que je me procure moi-même (et n'étant pas masochiste, je choisis des livres susceptibles, a priori, de me plaire (je suis parfois déçu)), et encore... que sur un très petit nombre. Je ne pioche, en effet, que parmi ceux que j'aime, ceux qui suscitent mon enthousiasme, me passionnent, m'intriguent ou me troublent. Une démarche positive, justifiée par le fait que je réserve (mais pas exclusivement : je ne m'interdis pas de me pencher sur des œuvres d'écrivains mieux établis et reconnus, qui revêtent une importance particulière pour moi) ces modestes "éclairages" à des artistes qui n'ont pas voix au grand chapitre médiatique, membres de la confrérie des "petits" auteurs (dont je fais partie). Il y aurait beaucoup de mesquinerie à "flinguer" un auteur qui peine à exister...
    Et je le répète : je pioche ! Je ne parle pas de tous les livres que j'apprécie. J'opère selon l'envie, l'humeur, mes disponibilités, mes priorités et ce que j'ai à en dire... Bref... 

    Par ailleurs, je me suis aussi donné pour règle de ne mentionner que des œuvres éditées par de vrais (petits) éditeurs, c'est à dire des maisons qui sélectionnent un minimum leurs ouvrages, mènent un travail éditorial et ont une politique commerciale "raisonnable" (exit les maisons qui proposent 200 pages à plus de 30/35 euros et font endosser les frais de publication à la famille et aux amis !!!). Je ne rendrai donc jamais compte – aussi intéressantes fussent-elles – d’œuvres auto-éditées et encore moins éditées à compte d'auteur ou simili, ou d’œuvres publiées par des usines à papier, peu regardantes sur leur contenu.

     Et ceci, conformément à ma propre démarche d'auteur.


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