• J'ai des bouts de ficelles que je noue les uns aux autres. Les raccords sont grossiers. La toile se tisse néanmoins. Il en surgit des accrocs qui donnent des lignes de fuite prometteuses. La corde est raide et peu sûre. Je la remonte ; on ne sait jamais. Des fois qu'en l'étirant, elle me claque entre les doigts et que l'éclair jaillisse. Je m'accroche aux aspérités du tissu pour avancer. Il reste des trous que la raison recommande de contourner. Je plonge dedans, tête la première. Et perds le fil.

    Tisser la trame


    votre commentaire
  • Y revenir encore et encore au risque de dénaturer. L'équilibre est difficile à garder. Et l'épuisement du texte, une lame à double tranchant. Le fil est rompu. Le basculement vers le dépouillement. On assèche. On saigne à blanc. On enlève le gras jusqu'à racler l'os. La moelle comprimée éclate, fuit par les fissures de l'écriture qui craque. Exuvie ratatinée. À la fin ne reste qu'un mot que, de rage, on efface.

    Purge


    votre commentaire
  • Puis-je me résoudre à un tête-à-tête avec mes mots ? Leur existence suspendue à la mienne seule. Ils n'ont de réalité que celle que je leur accorde. Il suffira que je disparaisse pour qu'ils se dissipent à leur tour et réduisent mes heures à eux consacrées à une absurdité irrémédiable. Le sens du néant. Et je me dis que c'est l'empreinte que je laisserai, ce néant, une empreinte qui aura le mérite de ne peser ni sur les générations à venir, ni sur la terre. Rien ou presque n'aura souffert de mon passage ici ; j'aurai marqué le monde comme une plume un sol en béton. Pffuitt. Je me volatiliserai avec mes milliers de mots. Plus rien n'en subsistera. Il y a du tragique dans ce destin, où la vie se réduit à rien. L'insignifiance et le désespoir. Les consolateurs y trouveront l'expression d'un peu de sagesse. Vanité...

    Tête-à-tête


    votre commentaire
  • Tirer du tiroir – ce vaste cercueil de mes mots – des histoires qui bougent encore, les achever d'un trait de désespoir et rire du désastre de tant d'heures dissipées.

    Pffuitt, font les illusions crevées en se dégonflant.

    Dérisoire


    votre commentaire
  • J'aime les poètes persuadés de ne pas l'être, poète.
    J'aime les poètes qui te regardent avec intensité puis qui baissent les yeux, un peu honteux,
    Honteux d'y avoir cru,
    Qui n'y croient plus,
    Qui pourraient y croire, pourtant.
    J'aime les poètes qu'accompagne le silence, qui restent en retrait, à l'écart, à la lisière de la lumière.
    J'aime les poètes qui lancent leurs vers comme des bouteilles à la mer, sans rien en attendre, en lettres mortes, dans l'indifférence absolue, et qui continuent, malgré tout.
    J'aime les poètes qui écrivent sur du sable par tous les vents.
    J'aime les poètes qui égrènent leurs mots dans les déserts, les puits sans fond, sans que personne ne s'en aperçoive.
    J'aime les poètes que l'existence ne remarque pas.
    J'aime les poètes qui n'existent pas.

    J'aime les poètkis


    votre commentaire
  • ... je me permets de vous soumettre une brève œuvre de fiction, un trip/texte éclair (et néanmoins sombre) d'à peu près 110 000 secs, qui s'intitule Machinchose.
    Si je m'en réfère à votre profession de foi, publiée sur la page d'accueil de votre site, mon court roman devrait vous intéresser. Oui, il devrait... J'en doute néanmoins tant il engendre de la perplexité. Dans ces conditions, je le sais, je devrais m'abstenir mais s'il fallait que je m'abstienne à chaque fois que je doute, je n'aurais plus qu'à finir comme ce pauvre Bartleby et "je préfèrerais ne pas"...

    Dans le doute...


    2 commentaires
  • Trop d'auteurs, pas assez de lecteurs, et moi et moi et moi, auteur et lecteur. Des pages et des pages échouées dans mon tiroir, dans ma mémoire. Lecteur solitaire de mes mots relégués. Trop rare lecteur de livres imaginés, voués à l'absolue retraite des projets avortés. Et lecteur. Ma bibliothèque est pleine des mots qui sédimentent mes rêves de littérature. Et qui les enlisent dans des espoirs déçus. Parce que je persiste à glisser les miens. Aveuglément, je me dis, pourquoi pas, qu'ils se suffiront à eux-mêmes. L'arrogance de croire qu'ils se suffiront à eux-mêmes, que par la seule puissance de leur évidence ils s'imposeront. L'illusion est coriace.

    Et moi et moi et...


    votre commentaire
  • La tentation du je. L'idée revient, lancinante et toujours plus prégnante. Le Journal. Mon Journal. Un Journal. Qui partirait de et irait à. J'y arrive, je le sens. Les contours se précisent, le fil se tend. Je suis surpris ; j'ai souvent pensé, au hasard de lectures, que l'autofiction était à la littérature ce que la branlette était au sexe. Un entre soi. Et j'y viens tout de même... ou presque. Il est vrai que la branlette a ses bons côtés, aussi. Mais point d'autofiction, non : un journal. Un journal truqué. La nuance. Un journal à suspense. La nuance. Avec un enjeu. Un en je. En ange ou en bête ? Un mélange. Oui. J'y viens. Un truc à essayer. Pourquoi pas ?

    La tentation du je


    votre commentaire
  • Écrire à l'aveuglette réserve des surprises. C'est comme marcher sans but, se laisser porter par l'envie, le vent ou les vagues. Sans peur de se perdre ni de tourner en rond. L'on accoste sur des rivages imprévus, que l'on foule étonné de se trouver là. Dépaysement garanti. L'on échoue aussi, parfois, sur des écueils, d'où l'on tire toujours quelques cicatrices à gratter. On rembobine le fil. Par quels détours en est-on arrivé à cette frontière ? Les chemins de traverses, les impasses. Des traces qui s'effacent comme dans le sable mangé par la mer. Il ne faut pas trop chercher à savoir. Cela pourrait nuire au prochain voyage, réduire le champ de ses possibles.

    Au fil de la plume

    Le voyageur contemplant une mer de nuages, 1818. Huile sur toile, 74,8 × 94,8 cm, Hambourg Kunsthalle
    Par Caspar David Friedrich — The photographic reproduction was done by Cybershot800i. (Diff), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1020146


    votre commentaire
  • Avant, la plupart des éditeurs répondaient. C'était avant. La lettre circulaire, la ligne éditoriale à laquelle on ne correspondait jamais, les encouragements ou les souhaits de meilleure pêche ailleurs. La lettre impersonnelle qui ne mangeait pas de pain mais qu'ils se donnaient quand même la peine d'envoyer et qu'on recevait le moral en berne, contre laquelle on pestait... Aujourd'hui, en dehors des grosses usines à papier : fini ! Quelques irréductibles se font encore un point d'honneur à envoyer un petit signe de reconnaissance ; force est de constater qu'un nombre grandissant se dispense du geste. Pas le temps, pas les moyens. Même pas le petit mail banalisé gratos, simple accusé réception. Comme quoi, de l'autre côté de l'écran, il y a quelqu'un. Rien. Bernique. Nous voilà réduits à néant. 

    Faut dire que les auteurs sont des emmerdeurs. Font chier à transmettre leurs manuscrits aux éditeurs et à encombrer leurs boîtes à lettres ! 

    La réponse n'arrive jamais


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique