• La Terre emperlée d'yeux brillants, vers la lune tournés, égrène des battements de cœur sur l'empreinte du premier pas. 
                      En jaillira un chapelet de sauts.
                                                                  Petit homme bondissant. 

    Petit pas


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  • Je me suis toujours demandé ce que tu portais dans tes sacs, Tank Man. Un élixir d'indestructibilité ? De la poudre d'hypnose ? Ou ton frichti ? Un répulsif antichar ? Le guide du parfait torero ? Ou le goûter du conducteur qui te fait face ? À moins que ce soit le plan de la place et son Livre des légendes ? Le foulard saignant de la révolte ? Le dernier souffle des victimes de répression ? Tu ne les lâches pas. Tu n'as pas besoin de les lâcher. Ton corps en rempart te suffit bien assez pour les arrêter, tous, l'espace d'un instant. Moment suspendu. Ce moment où tu permets au monde de croire que les super-héros existent.

    Tank Man

     Photo de Jeff Widener


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  • Un effondrement

    J'avais 16 ou 17 ans quand j'ai écrit ce texte. Des années, avec d'autres avant, d'autres après, où je sillonnais, le plus souvent solitaire, les rues de Paris. De la porte de Choisy, où j'habitais, jusqu'aux Halles et Beaubourg en passant par le quartier latin, où j'étudiais. Mon territoire, balisé par les salles obscures que je hantais et qui m'ont fait découvrir le monde, les salles Action, le Champo, L'Escurial, le Reflet Médicis, le Hauteufeuille, le Galande où, pendant des années, l'on a diffusé Brazil et où se tenait (se tient toujours ?) la grand messe du Rocky Horror Picture Show, et toutes les autres salles, celles des Gobelins, d'Odéon ou des Halles. Mon territoire avec ses points d'ancrage qu'étaient la Contrescarpe, le Luco, les quais et le Vert-Galant, le boulmich ou L'odéon, et les libraires, les disquaires où je traînais, les cafés où l'on se rejoignait et Notre Dame pour phare, à la vue de laquelle, à chaque fois, je me sentais pousser des ailes. 
    J'avais 16 ou 17 ans, quand j'ai écrit ce texte un peu bancal, emphatique et sentimental, maladroit et ponctué de clichés, néanmoins sincère ; un texte intégré dans un recueil qui depuis dort dans un carton, avec tant d'autre qui l'ont rejoint. Et il y a un peu de cet adolescent, qui est parti en fumée avec Notre Dame. Consumé. Une petite mort. 

    J'avais 16 ou 17 ans quand j'ai écrit ce texte, que j'exhume et restitue tel quel : 

    Ballade

    J'ai fait l'amour sur un toit de Paris avec mon ombre,
    Alors qu'un nuage indiscret s'étalait autour de moi.
    J'arrêtai le temps pour le chevaucher et m'élançai dans la pénombre.
    Je planai, abandonné dans tes possessifs bras,
    Ma Dame, qui ont étreint jusqu'au plus laid des hommes.
    Prostituée respectable, tu t'es offerte à Quasimodo,
    Et aujourd'hui, c'est à moi, éperdu, que tu te donnes.
    Je dansai entre les jambes encourageantes du Pont Neuf,
    Attiré par les improbables silhouettes que dessinaient les belvédères
    Et me jetai dans la Seine, où échoué sur une invisible nef,
    Je fus porté vers l'ange qui me frôla de son aile légère.
    Je volai au-dessus de la République au regard triste
    Et me sentis coupable, coupable de ses détresses ;
    Je pleurai et elle posa sur les miennes ses lèvres discrètes.
    Mes larmes rejoignirent celles, intarissables, des Champs-Élysées
    Et je me laissai conduire par les flots jusqu'à l'Arc
    Dont le triomphe faisait pâlir l'obélisque exilé.
    Je redécouvris le fascinant et imposant tombeau face au parc
    Et le surpris à regretter son allure terrifiante,
    Tandis que les rues m'encourageaient de leurs sourires
    À les pénétrer, à entrer dans leur insatiable ventre.
    J'appréciai le corps frémissant de la rue de Mouffetard,
    Me délectai jusqu'à l'ivresse de la sensuelle rue de Buci
    Et connus la jouissance avec Saint-Andre-Des-Arts.
    Enfin, j'offris mon corps, répandis mon sang, rue Saint-Denis,
    Abandonnai mon âme repue sur les toits de Montmartre
    Et je mourus pour devenir Paris.

     


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  •  

    Et d'aucuns pensèrent qu'au pied du mur tombé l'histoire s'était dissoute dans les notes de Rostropovitch et disséminée en pluie de cailloux dans les poches d'enfants gâtés qui les exhiberaient comme des trophées sur leurs étagères.

     

     

    Échantillon de béton provenant du mur de Berlin
    Wikimedia


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  • Belgique, Het-Sas. Août 1917 (collection Pascal Lamy) 

    26 avril 1915 ; Het-Sas, Belgique. La date ; le lieu.
    28 ans. L'âge.
    Charles Dutartre. Le nom.

    Après Ypres et les premiers gaz mortels,
    L'enfant de l'assistance, un trou rouge à la poitrine,
    Près de l'écluse, tomba.
    Il laissa Louise et deux orphelins ;
    Ma grand-mère n'avait pas deux ans.

    La terre vola tant en cette zone d'Yser
    Que rien de la sépulture du zouave ne subsista.

    Restèrent les médailles et des mots : 
    « Zouave de 1ère classe, plein d'allant et de zèle. Tombé glorieusement au champ d'honneur le 27 avril 1915, au canal de l'Yser en se portant à l'attaque avec sa vaillance accoutumée. Médaille militaire, Croix de guerre avec étoile de bronze. »
    Et un trait sur la date.

    Un zouave en Yser


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  • Jeu de dupes

     

    L'a mis son p'tit costard, papa,
    Son p'tit costard pelliculé
    L'a d'la shit dans les idées

    Des étreintes des empoignades
    Le dos les épaules la nuque
    La main du gars qui rime avec

    Touch my money body partner

    Plante un poignard fin de partie.
     

     

     

    https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Trois_Mousquetaires/Texte_entier
    page 461


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  • Une fin de l'histoire

     

     

    En thermidor, la terreur chut.
    Au fond du panier les derniers fruits mûrs,
    Cerises caboches leurs noyaux cabossés
    Les queues figées dans une liqueur écarlate.

    Coquelicots éphémères, fauchés
    Fol échafaud la foule vengeresse

    Cocarde au cœur la bave au cou.


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