• Rendez-vous manqué entre Barnum et Elephant Man

    Il aurait bien voulu l'avoir à son tableau de chasse, ce Joseph Merrick. Son succès à Londres témoignait de son potentiel. Il n'ose imaginer son triomphe aux États-Unis, s'il était tombé entre ses griffes de magicien. Il en aurait fait l'une de ses attractions phares ; il aurait plu des dollars.
    Peu importe que sa tournée en Europe continentale ait viré au fiasco. Ils ne savent pas y faire, ses collègues du vieux monde. Complètement dénués d'esprit entreprise et d'imagination. Voyez cette terne histoire d'accident pendant la grossesse de sa mère ! Ce n'est pas avec ce genre de fables qu'on risque de faire sauter la banque. Barnum, lui, l'aurait enveloppé à sa sauce, le secret des origines de l'Elephant Man. Il aurait inventé une liaison contre-nature, l'enfantement d'une chimère, d'un être hybride. Bref, un récit bien accrocheur, du genre qui frappe les esprits, suscite les curiosités les plus malsaines et remplit les tiroirs-caisses.
    Barnum s'en mord les doigts. Il a manqué l'occasion. Il a malencontreusement dédaigné son cas. Il s'est aperçu de son erreur de jugement quand le bonhomme s'est fait rouler par son imbécile d'imprésario. La naïveté de Merrick lui a sauté aux yeux. Et les naïfs, Barnum les affectionne. Il suffit de pas grand chose pour en tirer le maximum, et ce sans qu'ils se plaignent jamais. Il a tenté de rattraper le coup, a multiplié les démarches pour s'assurer ses services et leur exclusivité et même proposé une offre qui ne se refuse pas afin de s'approprier ses talents. En vain. Frederick Treves, le jeune médecin qui avait pris Elephant man sous sa coupe et sa protection à son retour en Angleterre n'a rien voulu entendre. 

    Nota : ceci est bien sûr pure spéculation de l'auteur de ce blog.


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  • Lindmania

    Tournée triomphale du rossignol suédois.
    L'ange chantant sillonne les États-Unis et suscite un tel engouement que dans la presse l'on parle d'une Lindmania. Barnum qui l'a embauchée sans l'entendre, attiré par le seul son du tiroir-caisse qu'elle laissait dans son sillage en Europe, se frotte une fois de plus les mains. Son sens du business, l'achat de critiques favorables et une campagne publicitaire intense ne sont même pas indispensables pour assurer à l'entreprise un succès massif, tant la cantatrice est irrésistible. Jenny Lind et sa voix cristalline galvanisent les foules et, sous la houlette de l'homme de spectacle, démocratisent l'opéra en ce milieu du 19ème siècle.

     

     


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  • Le messager de la liberté

     

    À Bethel, Connecticut, c'est le temps de l'apprentissage. Barnum fonde un journal The Herald of Freedom (Le messager de la liberté), y fourbit ses armes et ses slogans à l'emporte-pièces. Les calvinistes rigoristes et sectaires des environs en feront les frais. L'un, pasteur accusé d'exploiter un orphelin, voudra défendre sa réputation. Et l'enverra passer deux mois en prison pour lui faire passer l'envie de la politique. Phinéas Taylor retient la leçon. Il épouse Charity et, bye bye les illuminés et les forcenés de la foi, s'installe à New York. Il se reconvertira dans le show business, où il aura des coudées plus franches. Le rapport à la vérité s'y révélera plus adapté à ses ambitions. Il pourra y déployer l'étendue de ses talents de bateleur.

     

    PT Barnum et son épouse Charity Hallet
    https://commons.wikimedia.org/wiki/File:P.T._and_Charity_Hallett_Barnum_c1860.jpg  


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  • 80 wagonConvois, 3 locomotives. Quand, dans la cité, le cirque entre en gare, nul besoin d'un porte-voix pour l'annoncer. Barnum arrive avec sa cohorte d'amuseurs. À cinquante kilomètres à la ronde, la nouvelle doit se répandre. Il a rodé son entrée en scène, le vieux Phinéas ; il a appris à marquer les esprits et, de son empreinte XXL, le réseau ferré du pays. Tant et si bien que l'armée de l'Union s'inspirera de son sens de la démesure. Et voilà le greatest showman intronisé expert en logistique et conseiller militaire, bombardé homme canon de l'acheminement de masse pour massacres en grand large sur les champs de bataille.

    Par Buster Keaton — screenshot, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5130070


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  • Il ne reste que sa queue, relique à l'université Tufts, pièce maîtresse d'une collection disparate. Jumbo a vécu. Il a porté le monde et ses princes. Une palanquée d'enfants opulents et turbulents. Même Churchill et Roosevelt lui auraient monté dessus. À dada sur mon éléphant, le coup de talon dans l'épaule, on tire l'oreille, on défile, on applaudit, fier comme un paon. Le must des attractions. Mais gare au musth qui le rendra moins docile. Un danger pour les têtes blondes, une calamité ambulante. Finie la bête de somme, demeure la bête de foire. Barnum intervient et convertit la machine à livres sterling en machine à bons dollars.

    Photo, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=571926


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  • Cette enquête est gênante. Faudrait pas qu'en examinant la bête, ils déduisent les mauvais traitements. Cela ferait mauvais genre. Le mieux serait de les prendre de court et d'emballer la dissimulation de preuves dans les contours d'une drama propre à déclencher une immense émotion populaire. Qu'on en oublie les sournoises accusations des pointilleux de la cause animale !
    Le plus problématique sera de l'attirer sur les rails juste au moment où la locomotive déboule. Le reste ira de soi. L'histoire toute trouvée : l'éléphant s'élance au secours de l'éléphanteau et se sacrifie pour le sauver. De quoi faire pleurer dans les chaumières. Et de soustraire le corps aux autorités pour cause d'hommage national et en vertu du respect dû au mort célèbre. On se dépêchera d'empailler l'animal et, par la même occasion, de le raccommoder un peu, de ravauder les lésions, d'en atténuer les traces. Ni vu ni connu. Une remise à neuf qui vaudra à Jumbo un baroud d'honneur et une tournée post-mortem pavée de succès. Barnum, dans son inépuisable ingéniosité, lui inventera même une veuve pour l'accompagner dans ses exhibitions.

    Image : source.  


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  • La femme à barbe et la gueule cassée

     

     

    Eugène l'aime bien, le regard posé sur lui par Clémentine. Un regard qui fait du bien. Qui ne s'arrête pas à sa mâchoire de fer. Elle se porte à son chevet, retape son lit ; l'incite à lui tirer les poils de sa barbe. Elle prétend en riant que ça lui portera chance. Une rare faveur qu'elle lui accorde. En échange de laquelle, elle lui caresse son menton métallique. Il a l'impression qu'il n'y a qu'elle, en dehors de ses compagnons d'infortune et voisins de chambrée, qui peut le comprendre. 


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  • Samuel Root or Marcus Aurelius Root - P.T. Barnum and General Tom Thumb -

     

     

    Quand il était petit, Tom Pouce avait des rêves de grandeur. Barnum les exauça. Il lui fit la courte échelle et le propulsa sur le devant de la scène, à des hauteurs auxquelles même le bon gros géant n'aurait pu prétendre.

     

     

     

     

     Samuel Root or Marcus Aurelius Root - P.T. Barnum and General Tom Thumb


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  • La sirène des Fidji

     

     

    Il suffit d'un peu d'imagination et d'un brin de savoir-faire.
    Une queue de poisson, un buste d'orang-outan bien conservés feront l'affaire. Une attention particulière à l'assemblage sera indispensable. Que les coutures ne craquent pas, qu'elles se fondent toujours bien dans la chair. On parsèmera d'écailles la tête, de poils les nageoires. Et l'on fabriquera une belle histoire pour donner un peu de crédit à l'ensemble.
    Barnum, orfèvre en la matière, racontera la sienne. Il comptera sur un complice pour endosser le costume du savant. Il lui trouvera un nom, une nationalité et des diplômes et le tour sera joué. La chimère pourra être présentée au public.

     

     

    https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1817333


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  • Là, choses et curiosités se côtoient, se succèdent, s'annulent et disparaissent. Les attractions vivantes ont leurs tréteaux et Tom Pouce fait son numéro. Les animaux dans leur cage, les poissons dans les aquariums, tournent en rond entre les pièces de taxidermie et les statues de cire. Les chimères empaillées comme la sirène des Fidji, mi-singe mi-poisson, répondent aux peintures naturalistes ou extraordinaires. Images édifiantes, costumes, automates, appareils et j'en passe, tout à l'angle de Broadway, réduit en cendres et en fuites échevelées à travers les étages de l'immeuble américain en feu. Le Musée Barnum flambe par deux fois, se dissout dans le ciel new-yorkais. Restent les ruines, les fantômes et les rêves de Phineas Taylor Barnum. Le temps est venu du Greatest Show on Earth !

    Le Phénix de Broadway

     


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