• Lucien se confineLucien s'est installé dans son placard. Il a mis une chaise à l'intérieur, s'est assis dessus et a refermé la porte coulissante derrière lui. Quand il a eu chaud, il l'a rouverte et a pensé à se faire de la place. Il a libéré la penderie. Des manteaux, de ses pantalons, de ses chemises. Il les a retirés de leurs cintres. Les a désinfectés en versant un peu de gel hydro-alcoolique dessus et balancés dans le couloir. L'air est soudain devenu plus respirable. Au début. Parce qu'une fois ses vêtements expulsés, se changer s'est avéré problématique. Forcément. Du coup, il ne se change plus et pue davantage. À la guerre comme à la guerre, se dit-il aux moments critiques, lorsque ça le démange et lui titille les narines plus que d'habitude. Quand il a eu faim, il a été bien content d'avoir emporté avec lui du papier et un stylo. Il aurait été bien embêté sinon et obligé de manger ses chaussures. Ce qui aurait été gênant. Il n'aime pas marcher pieds nus. Lucien a les pieds sensibles. Surtout les plantes. Mais heureusement, pas de soucis, il a amené du papier et un stylo. Il peut donc écrire des attestations de déplacement dérogatoire qui préservent ses souliers et lui, d'inanition, en l'autorisant à se sustenter de matières moins résistantes à la mastication que les semelles de ses crocs. Il coche le motif alimentaire, le date grâce aux bâtons qu'ils tracent sur la paroi du placard et le signe. Il sort alors du réduit. Toujours seul. Comme il n'y a personne d'autre que lui dans la penderie, ça l'aide à respecter la consigne. Et le hasard faisant bien les choses, il ne rencontre personne dans son appartement. Aucun risque de réunion en privé. Lucien est dans les règles et les clous, même à l'écart du placard et de son étagère dédiée au bricolage. Il traverse son domicile, la bouche dans son coude en prévention. Sur ses gardes, au cas où il tousserait. On ne sait jamais : Lucien pourrait avoir envie de tousser. Imaginons-le : qu'il tousse. Et bien, pas de panique, il aurait déjà le nez et la bouche dans la manche. Immédiatement opérationnel, son coude répondrait à ses obligations. On ne pourrait être plus prévoyant. Lucien rejoint ainsi sa cuisine en toute légalité. Prêt à dégainer son attestation  au moindre contrôle et en déplorant le laxisme des autorités très peu présentes en définitive, voire complètement absentes. Et atteint son réfrigérateur. Il y puise quelques nourritures. Mange en déplaçant le moins possible son coude de sa bouche ; ce qui n'est pas aisé. Ce besoin élémentaire satisfait, il passe la tête par l’entrebâillement de la porte de la cuisine, vérifie si la voie est libre. Il souhaiterait en profiter pour en satisfaire un autre, de besoin. Il sait bien que ça n'est pas permis, que le motif ne figure pas dans la liste des possibles dérogatoires. Il est un peu honteux de son manque de discipline et de civisme. Violer ainsi les règles le mortifie. Il s'y résout cependant, la conscience torturée. Il faut admettre que ça presse un peu. Il invoquera un cas de force majeure, si on le surprend en flagrant délit. Il regarde à droite, puis à gauche. Aucun policier dans les parages. Il prend son élan et se précipite dans les toilettes, à quelques pas seulement de la cuisine, en priant pour que personne ne le voie ni ne le dénonce. Ouf, il y est ! Il ferme la porte à clé. Respire. La clandestinité, décidément, ça n'est pas pour lui. Il en a des sueurs et le bide tout noué. Et se demande si, à la réflexion, il ne ferait pas mieux de se confiner là. Oui... sauf que... son stylo et le papier sont restés dans le placard. 


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  • change pas grand chose je ne suis pas sociable je ne vois personne je lis j'écris il n'y a pas besoin de monde pour lire écrire et quand en plus on n'a guère de lecteurs et guère d'occasions de les rencontrer personnellement peu de bouleversements à prévoir pendant ce confinement quelques modifications au quotidien je ne sors cours quasi plus il y a davantage de bruit et d'animation à la maison d'attention à apporter à la bonne poursuite des scolarités autant de travail de tâches supplémentaires pas le temps de m'ennuyer avec toute la famille enfermée dans l'appartement je suis moins seul que d'habitude le paradoxe moins solitaire c'est certain ces mesures ne changent pas grand chose je suis asocial l'asocial érigé en modèle je ne pensais pas que cela arriverait un jour l'asocial érigé en modèle je me marre le confinement ne change pas grand chose me donne plus de travail pas le temps de m'ennuyer il ne change pas grand chose je ne suis pas sociable tout me semble si futile vain insignifiant du vent du bruit si futile vain insignifiant que je préfère me taire et écouter que je préfère me taire et écrire j'écris je ne parle pas sauf à mes proches mes très proches je ne suis pas sociable j'écris ce que j'ai à dire je l'écris parce que nul n'est obligé de me lire je n'impose rien à personne j'écris ce que je pense ce que j'imagine je l'écris je ne suis pas sociable j'écris ça ne change pas grand chose la distanciation sociale j'ai toujours été socialement distant à me sentir décalé pas en phase comme dans un jeu de rôles où il n'y aurait aucun rôle pour moi à la rigueur un rôle muet une silhouette qui passe au fond de l'écran sauf avec des proches très proches la distanciation sociale je pratique je sais faire je suis un spécialiste un expert elle ne change pas grand chose à ma

    p 2584 : distanciation sociale


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  • À ras de lumière, je glisse. Bras écartés, la caresse du vent. J'avale le vif.

    Le ciel dévale


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  • Lindmania

    Tournée triomphale du rossignol suédois.
    L'ange chantant sillonne les États-Unis et suscite un tel engouement que dans la presse l'on parle d'une Lindmania. Barnum qui l'a embauchée sans l'entendre, attiré par le seul son du tiroir-caisse qu'elle laissait dans son sillage en Europe, se frotte une fois de plus les mains. Son sens du business, l'achat de critiques favorables et une campagne publicitaire intense ne sont même pas indispensables pour assurer à l'entreprise un succès massif, tant la cantatrice est irrésistible. Jenny Lind et sa voix cristalline galvanisent les foules et, sous la houlette de l'homme de spectacle, démocratisent l'opéra en ce milieu du 19ème siècle.

     

     


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  • Lucien est pénibleIl est comme ça, Lucien, la générosité incarnée ; il aime rendre service. Et quand il a compris que la seule façon d'aider son copain à partir plus tôt était de lui pourrir l'existence, il n'a écouté que son cœur. Ni une ni deux, toutes affaires cessantes, il s'est consacré à sa mission. Il a fait la liste des emmerdements qu'il pourrait lui causer et s'est lancé. Il s'est d'abord jeté à ses pieds et agrippé à ses chevilles pour entraver ses déplacements ou les restreindre le plus possible.
    — Qu'est-ce qui te prend ?
    Il a changé de méthode parce que ça lui faisait mal d'être piétiné et bourré de coups de tatanes. Il s'est pendu à son cou et arrimé à sa tête pour augmenter sa charge et alourdir son fardeau.
    — Ça va pas, non ?
    Il a tenu aussi longtemps qu'il a pu, jusqu'à ce que ses collègues s'y mettent à trois pour le décrocher. Il a alors crié dans ses oreilles. Toutes les deux minutes, dix secondes d'un hurlement strident propre à déclencher l'évacuation des locaux et du quartier. De quoi pulvériser les seuils communément tolérés de décibels. 
    — Mais t'es taré !
    Il a arrêté après une crampe aux maxillaires. Pour compenser, s'est cramponné à la poignée de la porte. Il a enfermé Max, bloqué les issues afin d'empêcher toute sortie aux heures de pointe. Un bon moyen de décaler ses horaires. 
    — Dégage !
    Il a maintenu le blocus jusqu'à ce que la sécurité lui saute dessus. Il s'est alors rabattu sur les toilettes qu'il a consciencieusement bouché, les rendant hors d'usage. S'est attaqué aux conditions générales d'hygiène, les rendant, elles, déplorables, par de savants dosages de merde et de glyphosate parsemés ici et là. Largement de quoi exposer Max à des agents chimiques et olfactifs achalandés en matières putrides et toxiques.
    — J'vais te massacrer.
    Face aux effluves méphitiques et aux dégagements exponentiels de fureur de son ami, il a été contraint à une retraite prudente et néanmoins calculée. Faut dire qu'il n'avait pas rechigné à la tâche. Il avait considérablement, par tous ses efforts consentis, alimenté le compte pénibilité de son pote ; il pouvait à présent penser un peu à lui et à un départ anticipé bien mérité.


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  • Au n°52 de la revue "La Femelle du Requin"


    C'est une fierté de figurer au sommaire du n°52 de la superbe et exigeante revue La Femelle du Requin. L'on peut y trouver mon texte intitulé Sapins et Sorbiers dans la rubrique Fictions (pour les créations littéraires).

    Je me réjouis d'autant plus qu'y est fait la part belle à Alain Damasio, l'auteur des extraordinaires La Horde du Contrevent et Les Furtifs (je n'ai pas encore lu La zone du Dehors, sur ma PAL) ainsi qu'à Léo Henry, dont la découverte ici me fait entrevoir un univers des plus riches. Un voisinage qui me ravit !

    Pour se procurer la revue, il suffit de se rendre ici : La Femelle du Requin.

     


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  • Salon du livre de Bethoncourt, le 7 mars 2020

     

     

    Le samedi 7 mars 2020, après-midi, se tiendra la deuxième édition du salon du livre de Bethoncourt. Les Plumes Comtoises s'y retrouveront pour rencontrer les lecteurs. Je serai parmi elles pour proposer mes ouvrages, parmi lesquels l'on pourra découvrir le dernier collectif auquel j'ai participé, Prendre le large, sorti à la fin de l'année 2019. 

     


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  • À vif, le corps rosit
    L'envie est corrosive
    Encore ! Folle vie

    Colore


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  • Y revenir encore et encore au risque de dénaturer. L'équilibre est difficile à garder. Et l'épuisement du texte, une lame à double tranchant. Le fil est rompu. Le basculement vers le dépouillement. On assèche. On saigne à blanc. On enlève le gras jusqu'à racler l'os. La moelle comprimée éclate, fuit par les fissures de l'écriture qui craque. Exuvie ratatinée. À la fin ne reste qu'un mot que, de rage, on efface.

    Purge


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  • Un site pour les Plumes ComtoisesIsabelle Bruhl-Bastien, auteure et membre actif des Plumes Comtoises a conçu un site (et l'administre) pour ce collectif dont j'ai le plaisir de faire partie. On y retrouve de façon simple et claire l'actualité du groupe, son principe de fonctionnement ainsi que des informations sur les auteurs qui le composent.

    Il offre, en plus, une belle porte d'entrée et un moyen de contact, pour toutes les communes ou organismes que nos salons intéresseraient.
    Alors, si vous voulez en savoir plus sur les Plumes, cliquez ici : Les Plumes Comtoises


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