• Fernande

    Fernande n'aime pas quand sa maman l'enlace.
    — Tu piques, lui reproche-t-elle.
    Clémentine ne peut s'empêcher de serrer son "enfant chérie" contre elle. Elle la prend dans ses bras, la cajole, l'embrasse dans le cou. Fernande se raidit, s'écarte du visage de sa mère.
    — Lâche-moi.
    Clémentine accuse le coup. Sa fille adoptive ne lui manifeste guère d'affection ni de reconnaissance, malgré tout ce qu'elle fait pour elle.
    — Tu n'es pas gentille.
    Elle boude, néanmoins ne la retient pas. Elle soupire, se lisse la barbe. Elle n'a pas le poil dur. La caresse est soyeuse. Rien à voir avec la moustache rugueuse de Joseph.
    — Tu n'es pas si rétive avec papa, lui reproche-t-elle.
    Fernande hausse les épaules. Les baisers de son père n'ont rien à voir.
    — Papa, il pique pas.
    Clémentine tique. Ça n'est pas son avis. Sa poitrine et son ventre gardent une impression différente des passages de sa bouche.
    — Il pique pas, précise Fernande, il gratte.

     

    Illustration : Par Scherr — Madame Delait, the bearded lady of Plombières, head and shoulders portrait. Photographic postcard by Scherr, 1923. Iconographic Collections Keywords: Scherr; Clementine Delait 


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  • Lucien fait une partie de jambes en l'airIl suffit que M Beaupied ouvre sa porte pour que Lucien, au spectacle du cul-de-jatte sur le seuil, se souvienne qu'il l'a déjà sollicité.
    — Ah, c'est vrai. J'avais oublié, s'excuse-t-il.
    Le bonhomme, depuis qu'il s'est aimablement prêté au jeu de son voisin, a raccourci d'une bonne moitié. Il a perdu plus d'une manche mais, bon joueur, s'est résigné à voir la vie en contre-plongée.
    — Je ne vous dérange pas plus longtemps.
    Du soulagement se lit sur le visage de M Beaupied, qui instinctivement a rabattu ses bras derrière son dos, afin de ne pas donner d'idées ludiques à son visiteur et de préserver son envergure actuelle. Lucien ne s'attarde pas. Il laisse M Beaupied à ses tours de bras et se dirige vers la porte d'en face.
    Il sonne. Madame Courtecuisse ne tarde pas à se manifester. 
    — Ah, Lucien ! s'étonne-t-elle en le découvrant sur son paillasson. Je ne suis pas sûre que ce soit le...
    Avant de la couper, il l'examine, s'assure que rien ne contrevient aux règles, qu'elle dispose de l'outillage élémentaire. La dame, bon pied bon œil, remplit les conditions de participation. Peu importe que ses deux membres inférieurs soient noueux, que leur galbe manque d'aérodynamisme, il n'est pas difficile.

    Lucien peine à recouvrer ses esprits. Il a mal évalué la trajectoire descendante, n'a pas anticipé la rotation plongeante du tibia autour de la rotule. Il se l'est pris plein nez et cela a été d'autant plus douloureux que le genou est cagneux. Il se frotte l'appendice, reprend son souffle, se motive. L'exercice demande de la persévérance. Le jonglage requiert de la patience et de l'entraînement. Il ramasse les jambes de madame Courtecuisse, vérifie leur malléabilité aux chevilles et les lance en l'air, l'une après l'autre. Quand il reçoit le pied droit sur l'incisive, Lucien se dit que la partie n'est pas gagnée.


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  • L'envol - Jivko (2011, Strasbourg)

    "Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
    Va te purifier dans l'air supérieur,
    Et bois, comme une pure et divine liqueur,
    Le feu clair qui remplit les espaces limpides."

    Élévation (Les fleurs du mal) - Baudelaire


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  • Invisible et sans bruit, tu traverses l'époque comme un poème caché dans une poche.

    Un air de rien


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  •  Les six cordes

    La guitare
    fait pleurer les songes.
    Le sanglot des âmes
    perdues
    s'échappe par sa bouche
    ronde.

    Et comme la tarentule,
    elle tisse une grande étoile
    pour chasser les soupirs
    qui flottent dans sa noire
    citerne en bois.

    Federico Garcia Lorca
    Les six cordes (Poème du Cante jando) - Trad. Colette

    Prochainement, d'autres cordes...


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  • Luth, compagnon de ma calamitéSalon de musique (détail) - Peintre inconnu

    Luth, compagnon de ma calamité,
    De mes soupirs témoin irréprochable,
    De mes ennuis contrôleur véritable,
    Tu as souvent avec moi lamenté ;

    Et tant le pleur piteux t’a molesté
    Que, commençant quelque son délectable,
    Tu le rendais tout soudain lamentable,
    Feignant le ton que plein avais chanté.

    Et si tu veux efforcer au contraire,
    Tu te détends et si me contrains taire :
    Mais me voyant tendrement soupirer,

    Donnant faveur à ma tant triste plainte,
    En mes ennuis me plaire suis contrainte
    Et d’un doux mal douce fin espérer.

    Louise Labé - Sonnets

    Prochainement, des histoires de luths et de calamités...


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  • Lucien a un plan de relancePour s'y retrouver, il faut au moins ça. Parce que là, on s'y perd. Difficile de cerner le problème, le point défectueux, l'erreur topographique. Lucien a pris un crayon, une feuille de papier. Il a placé la cible au milieu de la page. De là, a tracé les lignes de propulsion. Méthode et précision sont les conditions du succès. S'il veut avoir une chance d'obtenir gain de cause, il doit s'astreindre à une trajectoire sans fioriture. Droit au but, pas de détours. Max a déjà subi un jet ; il s'agirait de réussir le deuxième. Surtout après son atterrissage mal entamé, qui s'est terminé forcé et à plat ventre. Son ami risque de se montrer moins accommodant, un peu réticent à sa reconduite par les airs, surtout quand la tendance est de rester cloué au sol. 
    — T'inquiète, j'ai un plan.
    Lucien lui agite son plan sous le nez. Max ne paraît pas plus impressionné que ça. 
    — Si tu me touches encore... se contente-t-il de lui répondre en pointant un doigt vindicatif vers lui.
    Lucien est contrarié par sa mauvaise volonté. Néanmoins ne se laisse pas abattre. La relance est indispensable s'ils souhaitent sortir de l'ornière. Et ils y sont en plein dans l'ornière. Lucien considère le trou dans lequel ils ont échoué, évalue la puissance requise pour en sortir.
    — Il faut rebondir, argumente-t-il.
    D'un bon coup de reins, ils remonteront la pente et à la surface, atteindront des hauteurs plus accueillantes ; Lucien en est persuadé. Se tirer de là par tous les moyens, de ce bourbier où pas un grec ne se profile à moins de quinze kilomètres. Il jette un dernier coup d’œil au mode d'action qu'il s'est préconisé, cherche le meilleur angle d'attaque, se ramasse sur lui-même, prend son élan et saute sur le trampoline. En éjecte son copain. 


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  • Au monde, il dit des mots démons.
    Sème des armes, la misère.
    Les larmes mordent la poussière.

    L'âme morte


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  • Lampedusa contretemps la course du sanglier en Transcarpatie de chocolat et d'eau fraîche un poids en moins moi S tête de serpent homme libre toujours tu chériras la mer monsieur le préfet passer la frontière silence terminus délicate scène import export signé Fantômas dans la peau de Duchemin le problème avec Duchemin pour en finir avec Duchemin fleurs blanches survivant l'appel du Duchemin la fin du monde n'a pas eu lieu l'origine du monde métamorphose du désir la colère d'Achille la table en formica la lente agonie du gendarme bis repetita la sephomortamé le griot s'est volatilisé tout ce qui brille la dernière cigarette Herzog clouds en stock acte de contrition le bunker troisième témoignage l'appel du large un thème à la con à longueur d'ondes en grandes pompes rêve mongol p 685 tête à claques le veston de pépé madame Gouache et les couleurs ailleurs les murs sont moins gris en trompette maquille chroniques d'un père au foyer pom pom pfff dia de los muertos deux instants fugaces feu de joie ceux qui restent cinéfil le réveil du nain de jardin alphabet amoureux deux carrés poétiques les enfants d'Ulhasnagar Lucien la vraie vie les vrais gens la mort du dauphin François Lucien performe amour rime avec topo sapins et sorbiers nuit cheyenne en boucle

    p 2541 : bilan d'étape


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  • Ton cœur ventriloque fait battre le mien,
    Petit ange,
    À la vitesse de tes ailes,
    Quand tu voles vers moi.

    Marionnette


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