• Lucien se dore la pilule

    Voilà l'été ! Les Négresses Vertes le chantent et pas qu'elles. Le moment d'un peu de bon temps. Lucien saisit l'aubaine et sa boîte de vitamines dans son armoire à pharmacie. Tout content et sautillant aux sons des cachets dans les flacons qu'il agite comme des maracas, il rejoint sa table de travail qui lui sert à la fois d'établi, de chevalet et de transat. Il s'assoit devant, ouvre ses pots et répand sur la natte les petites billes qui roulent sur la plage réservée. Il prend du jaune et du jaune, presse le tube. La gouache forme des dunes pâteuses dans lesquelles il plonge tête la première un pinceau déjà mouillé, léché par une vague coincée dans un verre d'eau. Il touille l'intérieur, enduit les poils, puis tout huilé, s'abat sur une pilule. Lucien ne lésine pas sur la couche. En passe deux pour se prémunir contre les déceptions. Quand il la juge dorée comme il faut, il passe à la suivante.
    — C'est quand même bien sympa, les vacances… soupire-t-il d'aise. 


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  • Lucien pique une tête

    Il fait chaud. Lucien sue tant qu'il décide de passer a l'action. En tenue de combat, torse nu et poils roussis, il s'arme d'une fourchette et descends à l'étage du dessous sans brûler les étapes ni la rampe de l'escalier. Il sonne chez sa voisine, celle qui a la malencontreuse manie de lui échauffer le sang avec ses opinions à brûle-pourpoint. Quand elle lui ouvre, il plante son ustensile au milieu de son front. Il la laisse encornée sur le palier et remonte dans son étuve. Il se sent étrangement soulagé. Son initiative a rafraîchi ses ardeurs. Il a recouvré un peu de sang froid. Au passage devant la porte entrebâillée de son autre voisine, il constate avec satisfaction que l'ambiance, également, s'est réfrigérée. La dame, d'habitude si chaleureuse, le toise d'un air glacial. Lucien en frissonne de plaisir.
    — Y'a pas à dire, ça fait du bien de piquer une tête !


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  • La période est propice et Lucien compte bien profiter de ces temps d'oisiveté grégaire pour prendre un peu de recul, se nettoyer la tête, se divertir. Il se plante devant son armoire à idées, l'ouvre et considère les propositions en rangs d'oignon, pas si nombreuses. Laquelle choisir ? Il pioche au hasard, remet aussitôt l'idée noire à sa place. Il ne va pas penser à autre chose pour déprimer. Déjà qu'il n'est pas au top de sa forme. S'il se change les idées, c'est pour s'alléger l'ordinaire. Il inspecte les piles sur les étagères, les passe en revue. Il ne veut pas d'idée fixe, ni d'idée toute faite, encore moins de préconçue. Il hésite, fouille, ne trouve pas. La solution serait sans doute de cogiter lui même, de se faire des idées, les siennes propres. Mais il craint de se mettre le doigt dans l'œil et il a la flemme. Il est en vacances, pas en état de se triturer les méninges.
    — Faudrait que je me remette les idées en place, un de ces 4, constate-t-il face au bordel ambiant. Pas facile de trouver la remplaçante dans ce fouillis.
    Il contemple, dépité, son fatras d'idées inutiles, se souvient d'une qui lui avait bien plu, l'année dernière. Mais où est-elle ? Il passe la main derrière un tas qui s'effondre, des fois que ça lui en donne, tombe sur une petite. Il la sort de l'armoire. 
    — Bah ouais, c'est bien, ça !
    Une idée comme ça, il en veut bien tous les jours. Il sort de la salle avec son idée, rejoint sa chambre où il se couche direct dans son lit. Il s'étire, content de sa trouvaille.

    Lucien se change les idées


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  • — Qu'est-ce que tu fais ?
    L'on est en droit de se poser la question et Max ne manque pas de se la poser, tant la posture de Lucien prête à étonnement. Il est pourtant habitué aux extravagances de son ami et connaît ses inépuisables ressources et capacités d'innovation, jamais à cours d'aberrations. Mais là, il ne peut dissimuler son embarras face au spectacle qui lui est servi. Lucien tend son bras vers le ciel, la main dans un gant à four, en sautant.
    — Qu'est-ce que tu fous, avec ton gant ? réitère-t-il son interrogation.
    Lucien profite de l'intervention de Max pour souffler sur ses doigts. Il répond :
    — Ben, c'est pour pas me brûler.
    — Te brûler ?!!!
    — Oui, si je le prends sans gant, je vais me brûler, c'est sûr.
    Max ne comprend rien aux propos de Lucien. Il l'examine avec circonspection tandis que le bonhomme, en guise de plus amples explications, désigne le ciel par des hochements de tête. Max suit son regard.
    — Quoi ? Désolé, mais je vois pas de quoi tu parles.
    Lucien s'agace de tant de lenteur d'esprit et le rabroue.
    — Oh, tu le fais exprès ? J'te parle du soleil !!! Il est hyper chaud, le soleil.
    — Tu... tu essaies d'attraper le soleil ?
    — Et alors ? Ça te gêne ?
    — Euh... non, mais...
    — L'autre jour, tu m'as dit que t'avais bien pris le soleil lors de ton week-end. Alors, bon, je veux pas être vexant... mais si toi, t'as réussi à le choper... je vois pas comment ça me poserait problème. 

    Lucien prend le soleil


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  • Par Paolo Redwings from london, UK — Banksy, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3015423

     

    "Je suis assis, lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d'un mur rongé par le soleil."

     Mauvais sang (Une saison en enfer) - Arthur Rimbaud

     


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  • Il y a la maladie

                      Modern Love Maladie

    Alex qui court dans la ville la nuit
    L'éclat brut d'un poème de Rimbaud
    Et deux marques rouges au côté droit.

     

    L'amour sans s'aimer, s'aimer sans l'amour

     


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  • Il a débuté chez Barnum. À bonne école, le bonhomme. Aboyeur de cirque dans la grande maison, il a retenu les leçons de la figure tutélaire, a repris sa méthode à son compte. Colonel Parker qui n'a rien d'un colonel et rien d'un Parker a mis ses pas dans les pas de Barnum, à l'intox s'est forgé une réputation. Une filiation, le rêve américain, pour qui sait saisir sa chance et tromper son monde. Il a suffi qu'il repère son Monstre, celui qui lui apportera aisance et pouvoir, le jeune Elvis, comme Barnum a eu son Tom Pouce. 

    Colonel Parker Barnum

    Par Auteur inconnu — eBay, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=46927835


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  • J'ai la foi
    Des coquelicots
    Fontaine de jouvence

    Tard dans la nuit

    Élixir


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  • Lame de fond. Déferlent les rêves d'Empire
    Des traînées de poudre rendent certain le pire
    La foudre le feu peu importent les soupirs

    Droits humains déniés les vindictes délétères
    Liberté résiste refuse qu'on l'enterre
    Les poings étendards fusent entre ciel et terre.

    Lame de fond


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  • Ma rencontre avec Demain

    Je croise Demain au pied de mon immeuble. Il a la tête de la fille de Xavier. Un beau visage poupin qui attire la lumière et les regards. Xavier, sur ses talons, traîne un air de chien battu qui me navre. Il ne sait plus quoi inventer pour la retenir. Il parle ; elle s’en moque. La détermination de la demoiselle déteint sur son attitude et sa moue boudeuse. Une détermination festonnée de certitudes ; l’armure indispensable pour tailler la route et renverser les murs. Ils se sont tout dit. Elle n’a plus de mots pour lui. De toutes les façons, il ne comprend rien.
    Elle passe devant moi. Dans la foulée, m’adresse un geste de la main. Un petit geste. Juste les doigts qui se lèvent. Elle ne souhaite pas s’arrêter. Elle n’a rien contre moi ; je ne suis pas son père. Je suis comme lui, mais pas lui. Elle n’a rien contre moi ; je n’importe pas. Cependant, avec son père, derrière, qui y croit encore, il n’est pas question de s’attarder. Il saisirait l’aubaine, plaiderait sa cause, jouerait la victime. La supplierait. Je tente :
    — Romane ?
    Elle ne répond pas. Juste ses doigts levés en rempart, ligne de défense pour me couper l’herbe sous le pied, décourager mes velléités de communication. Pas la peine d’insister. Pas la peine de se justifier. Le temps est compté. Et elle n’en a plus à nous accorder. À lui accorder. J’essaie pourtant :
    — Romane…
    Elle a déjà parcouru une dizaine de mètres sur le trottoir. Je ne distingue plus que son dos et ses cheveux qui flottent. Et ses jambes trotteuses qui volent sur le macadam et dilatent l’espace entre elle et nous. Elle s’éloigne. Ne se retourne pas. Xavier me rejoint. Je pose une main sur son épaule. Me doute que ça ne le consolera pas. Une étreinte amicale. Une présence. Je ne vois pas quoi ajouter. Je suis incapable de plus. Je n’ai jamais été capable de grand chose. Xavier, non plus. Et jusque là, ça nous allait. On s’en accommodait. Pas elle.
    Demain disparaît devant nos yeux d’inutiles et l’on ne sait pas comment l’empêcher. Sa silhouette se fond dans les vastes possibles et l’on réalise qu’on a manqué un truc. Je regarde Xavier. Il a la tête d’Hier enlisé dans les jours d’inertie. J’ai la même tête. Il soutient mon regard. Que peut-on y faire ? Rien. Comme d’habitude.


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