• En société, il a l'euphorie factice, le rire forcé et le regard fou qui font fuir les gens comme il faut.
    Nulle part à sa place, à côté de la plaque,
    Seul.

    Alors qu'il voudrait se frotter à la foule, la fendre d'un sourire facile.

    Il ne sait pas y faire.

    Décalé


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  • Ma rencontre avec Lucien

     Il m’arrête dans la rue. Me barre le chemin. Bras écartés devant moi, il se présente.
    — Bonjour, je m’appelle Lucien, Lucien Sanki tout cela n’aurait pas été possible.
    Que lui prend-il ? Il a mal dormi ?
    — B… bonjour Lucien. Qu’est-ce qu’il y a ?
    Il baisse les bras, se résout à semer son trouble.
    — J’ai lu mon livre et il y a des choses qui ne se sont pas déroulées comme vous les décrivez.
    Pourquoi me vouvoie-t-il ? Il est bizarre. Comme si nous n’avions pas traversé ensemble toutes ces pages. Comme si nous ne nous connaissions pas sur le bout des doigts. Je m’écarte un peu. Me tiens sur mes gardes.
    — Et puis, il y en d’autres que vous avez inventées et d’autres que vous n’avez pas retranscrites.
    — Bah, Lucien… Tu sais, on s’éloigne toujours de la réalité quand on écrit. Un livre n’est pas le reflet exact de ce qui se passe.
    Il plonge ses yeux dans les miens. J’y décèle un dépit mêlé d’amertume.
    — Peut-être, mais maintenant, à cause de vous, je passe pour un con !

     


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  • Personnage fantôme prend vie sous les doigts. Pure création ou double inspiré. Le vertige vient quand la confusion s'immisce. Qui procède du réel ? De qui procède le réel ? Comme ses souvenirs dont on ne sait plus si on les a vécus, dont on se rend compte qu'ils sont une construction de notre esprit. Un rêve ou un cauchemar gravé dans la mémoire qui nous fait douter du passé. Scène fantasmée que l'on se rejoue alors qu'on ne l'a jamais jouée. Le trouble nous saisit quand la séquence se pare de perversité. Elle requiert un effort de conscience pour qu'on l'évacue de nos possibles passés. L'on ne peut s'empêcher de penser que l'on se protège. Que l'on s'aveugle. Une barrière mentale. Le refoulement de nos déviances dans le subconscient. Pendant quelques minutes, l'on vacille, l'on ne sait plus qui l'on est, si l'on a vécu cette scène aux effets déflagrants, qui nous détruirait si elle s'avérait. La folie guette. L'esprit est au bord du gouffre. Sur le fil, il faut se garder de basculer. On s'accroche à l'histoire officielle.

    "Le réel et son double"


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  • Lucien commande son livre

    Quand il passe devant une librairie et qu'il ne s'y voit pas – cela arrive fréquemment, il faut l'avouer, et même systématiquement, reconnaissons-le – Lucien se demande où il s'est caché. Il entre, s'enquiert du mystère.
    — Moi-même ? appelle-t-il des fois que lui-même lui réponde.
    La libraire (ou le libraire, c'est selon) vient à sa rencontre.
    —  Je peux vous aider ?
    Lucien dévisage son interlocutrice, se dit que oui, pourquoi pas, toutes les bonnes volontés sont bienvenues.
    — Je cherche mon livre.
    — Ah... vous cherchez votre livre...
    Lucien acquiesce, c'est exactement ça ! Il est impressionné par la capacité de déduction de la libraire. 
    — Et... euh... c'est un livre que vous avez commandé ?
    Il réfléchit. Ne s'en souvient pas. C'est peut-être pour ça qu'il ne le voit pas. Il l'a laissé libre de ses actes, sans lui donner de directive, et encore moins d'ordre. 
    — Ben non... je le commande pas.
    La libraire le considère, perplexe. Lucien se sent obligé de se justifier.
    — Je suis pas son chef... euh, mon chef...
    C'est surprenant, cette habitude, qu'ont les gens, de tout vouloir hiérarchiser. Lucien soupire. On ne peut donc avoir sa place, dans cette société, et jusque dans les librairies, sans lien de subordination.
    — Il faut que je le commande, si je veux me voir ?
    La libraire hésite, jette un œil sur ses tables et ses étagères pleines de bouquins.
    — Ben, ça dépend. Quel est son titre ?
    Lucien la regarde avec des yeux ronds, se demande si elle ne serait pas un peu ancien régime. Sa taille de guêpe laisserait pourtant penser que non.
    — Oh, vous savez, j'ai pas de titre ! Je suis ni duc, ni baron, ni quoi que ce soit d'ailleurs, je suis juste Lucien.
    La libraire recule prudemment. Un sourire figé témoigne de son inquiétude naissante. Lucien s'en aperçoit et, comme il n'aime pas inquiéter les gens (ce n'est pas son genre), il tente aussitôt de la rassurer en se conformant à ses attentes et se résout à se commander. Il se tourne vers les étalages et porte sa voix.
    — Lucien, hurle-t-il, sors de là et montre-toi, c'est un ordre !


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  • Un sentiment filial

     

     

    Il lui a tout appris. Chant, danse, théâtre. Dès ses quatre ans, sur scène. Biberonné aux arts du showbiz. Soumis à une discipline de bête de foire.
    Barnum s'est penché sur son berceau, l'a tiré de sa misère annoncée et intronisé clou du spectacle. Charles Sherwood Stratton avec sa tête de pactole devint Tom Pouce et pourvoyeur attitré d'espèces sonnantes et trébuchantes. À deux ou trois reprises, il aurait appelé son agent : papa

     

     

     

     

    American dwarf entertainer Charles Sherwood Stratton, a.k.a. Tom Thumb (1838-1883) - Auteur inconnu


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  • Ma rencontre avec Joséphine

    Joséphine, c’est le prénom qu’elle arbore sur sa blouse. Je lui dis bonjour. Elle m’approuve d’un hochement de tête. Elle enregistre mes courses. Une à une les glisse dans le bac où je les récupère et les mets dans mon caddy. Le travail à la chaîne est coordonné. On croirait qu’on a toujours fait ça ensemble. À tel point que je me dis qu’on formerait un joli tandem, tous les deux. Efficace. Une compétitivité à faire pâlir les plus expérimentés et tomber les primes de rendement dans nos poches. Tout à coup, elle s’arrête. Je lève le nez de mes affaires, en quête d’une explication à cette interruption inopinée. Elle me montre la boîte de préservatifs que je me suis autorisé.
    — Faut pas prendre ceux-là, ils sont pas fiables.
    Je rougis. Je ne sais plus où me mettre.
    — Ah…
    Elle les encaisse quand même, passe à la suite. Je suis un peu décontenancé. Et du coup, nettement moins prompt à la tâche. Les produits s’accumulent plus vite que je ne les évacue. Je peine à tenir le rythme. Elle termine avant moi, me donne le prix à payer. Dans la précipitation, je range en vrac mes affaires et sors mon portefeuille. Pendant que je paie, titillée par la responsabilité qui lui incombe et son devoir de prévenir les catastrophes, elle se fend d’un conseil.
    — Enfilez-en deux à chaque fois. Ça limitera les risques.
    Je balbutie un bgrmphhh en retour. Elle poursuit la leçon.
    — Faut pas acheter n’importe quoi, vous savez ! C’est nous, après, qui avons les emmerdes.
    Elle me considère avec sévérité. Je réitère mon bgrmphhh, puis m’en vais, contrit.

    J’ai jeté la boîte.


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  • L'on rejoue les jours d'avant
    Tout passe rien ne change
    L'on déjoue les jours d'après

    Leurs souvenirs au vent nouveau jetés
    Balayés par l'air du temps ancien.

    Monde d'après


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  • Il ne restait que du sable à Bazouf pour enfanter le mythe. Il se tourna vers Janka, lui susurra sa prière à l’oreille.
    — Donne ton souffle au caverneux. Il l’embrasera sur la steppe des ardents.
    Janka défia du regard son adversaire. Il n’avait aucune confiance en lui, préférait s’en remettre au corps qui fuit, au récif dégoulinant qui trace les destinées sur les océans de pierres. Il négligea le caverneux enterré sous ses pieds, se frotta contre le chaos pétrifié qui l’entailla. Son sang jaillit, s’écoula sur la terre vitrifiée. Les lacérations de la roche le réduisirent en morceaux de chairs pantelantes. Peau scarifiée, membres sectionnés suintaient au-dessus du germe de vie, irriguaient les réseaux souterrains du Refuge. Janka devint torche de douleur ; Bazouf souffla sur les braises.

    — Tu es cendre noyée dans la bouche du désert.

    La 11ème mort de Janka


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  • Je oiseau Joie
    Me roule dans l'air
    Oiseau danse

    Oiseau danse


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  • Il a laissé sa clé sur la serrure. Je sonne. Il ouvre.
    — Bonjour ! Excusez-moi de vous déranger. Vous avez oublié votre clé sur votre porte. Je… je voulais vous prévenir.
    Il me considère, puis sa porte.

    — Et alors ? Qu’est-ce que ça peut vous foutre ?
    Effectivement, je n’en ai rien à foutre. Malheureusement, je ne m’en étais pas rendu compte avant qu’il me le fasse réaliser.

    — Ben rien. C’est juste que… pour…
    — Vous ne supportez pas les choses qui dépassent ? Dès qu’un truc n’est plus à sa place, ça vous met dans tous vos états ?
    — Hein ? Euh… non…
    Il me toise, soupçonneux. Me jauge, évalue mon poids de névroses.

    — Il faut que tout soit bien enfermé dans sa case, bien cadenassé. Aucune intrusion extérieure ne doit être tolérée. C’est ça ?
    Il est complètement taré, ce type. Qu’a-t-il à me chercher des poux dans la tête ? Moi, je voulais juste rendre service. L’avertir. Si ça ne lui pose aucun problème que n’importe qui puisse lui chouraver ses clés, tant mieux pour lui ! C’est son problème.

    — Je pensais juste vous être utile, rétorqué-je. Je me suis trompé, j’en suis désolé. Laissez votre clé là où elle est, peu m’importe ! Je vous souhaite une bonne soirée.
    Je m’écarte du seuil, me dirige vers l’ascenseur. Il continue à me scruter, au bout d’un moment me hèle.

    — Monsieur !
    Je me retourne, m’attendant à de plates excuses de sa part.

    — Je suis psy, m’informe-t-il. Ce serait peut-être une bonne idée de prendre un rendez-vous pour discuter de tout ça.
    Et il me tend sa carte.


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