• Lèvres écartées tendues entre ses commissures crispées, le clavier apparent toutes quenottes dehors, elle avance, nez au vent, tête à l'avenant.
    — Prends garde, des moucherons vont s'écraser sur ta calandre.
    Elle ne relève pas. Elle n'a pas compris. Je change de registre.
    — Pourquoi montres-tu tes dents, comme ça ?
    Elle hausse les épaules, retrousse encore les babines, serre davantage les crocs. Manière d'augmenter la surface de refroidissement.
    — Arrête, tu fais peur !
    C'est vrai ; elle n'est pas rassurante. Je regarde autour de nous si les pigeons résistent à la menace. Les volatiles s'en moquent. Ils en ont vu d'autres.
    — Mais arrête ! Tu vas rester coincée !
    Je l'imite, ma bouche écartelée, la dentition aux avant-postes. L'effet est réussi ; elle daigne répondre.
    — Je fais bronzer mes dents.
    Je n'avais pas pensé à cette option. Les enfants ont d'inépuisables ressources.
    — Tu... quoi ?
    — C'est pour que mes dents bronzent.
    Je la considère. Jette un œil vers le ciel et le soleil éclatants. Il serait en effet dommage de se priver. 
    — Pourquoi ? Tu veux des dents jaunes ? Il y a d'autres moyens pour avoir les dents jaunes.
    J'exhibe les miennes. Le résultat d'un long travail sur soi. Elle apprécie, referme aussitôt la bouche.
    — Ben, tu veux plus bronzer des dents ?
    — Non, ça va... 


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  • De tous les parasites, Janka était le plus invisible. Il se fondait si bien dans le bitume qu'il fallait se pencher et coller son nez au-dessus de sa trace pour noter sa présence. Ses membres agglomérés au substrat granuleux conféraient à la nappe visqueuse un relief à peine perceptible. Des ondulations de surface qui renvoyaient à un paysage disparu, fait d'alvéoles, de pentes douces et de rondeurs consolantes. Janka rampait à l'abri des regards et tentait de s'extirper de l'entrave gluante.
    Quand il atteignit le bout de la bande noire, il crut toucher au but. Les liens se desserrèrent ; la piste s'amollit. Il se contorsionna, dégagea un bras puis sa tête. S'adossa au replat des tumeurs en formation. Des convulsions soudaines l'empêchèrent de s'y agripper. La langue se rétracta, s'enroula sur lui, déferla.

    La 18ème mort de Janka


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  • Anecdote

    A. C.


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  • La tournée des grands DucsSon mari rhumatisant mort, plus rien ne retient Clémentine à Plombière. À soixante-trois ans, vient le temps des tréteaux et des clameurs. Elle revient à Thaon et s'adonne à sa célébrité. Elle ouvre un cabaret bar, se travestit, s'exhibe, amuse la galerie avec son perroquet Coco et son "enfant-chérie" Fernande. Elle part en voyage, à Paris, en Angleterre, en Irlande, aux Pays-Bas. Les tournées succèdent aux tournées. Les succès s'enchaînent. On afflue pour venir la voir. Elle devient l'une des attractions les plus courues de la foire du trône, l'égérie du "féminin masculinisé" avec sa barbe de 33 centimètres.


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  • En mai avec les "Plumes Comtoises" à Bavans, puis à Etupes

    J'aurai le plaisir de me joindre aux "Plumes Comtoises" pour présenter mes ouvrages aux lecteurs, lors de deux salons littéraires, au cours du mois de mai.

     

    Le samedi 13 mai, de 14h à 18h, je serai donc, en compagnie d'autres auteurs franc-comtois, à Bavans (25), à la salle des sociétés, rue du stade.

     

    Et le samedi 27 mai, toujours l'après-midi, aux mêmes horaires, je serai à Etupes, à la salle d'asile, 8 rue de la Libération..

     

    Deux bonnes occasions de se rencontrer en toute convivialité, autour de livres et de petites gourmandises.


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  • Lucien, la vrai vie, les vrai gensLucien est un vrai gens, qui vit dans la vraie vie.
    — Ben ouais.
    Il se tâte. Le pouls, la poitrine, les côtes, les glandes. Et plus il se tâte, plus il s'en convainc.
    — Ben ouais.
    Lucien n'est pas peu fier. Lui au moins est un vrai gens, pas comme tous ceusses-là qui sont obligés d'aller rencontrer des vrais gens pour savoir à quoi ça ressemble, la vraie vie, et qui malgré leurs efforts ne parviennent à s'en faire une idée. Les pauvres ! Cela ne doit pas être facile d'être un faux gens et de mener une vie factice. Il essaie de se représenter le calvaire. Une existence de zombie entre vie et mort. Coincé dans des limbes. Des personnes sans véritable consistance, ni épaisseur. Genre ectoplasme. À l'abri des contingences. Qui ne ressentent rien.
    Lucien se pince, tente de se rassurer encore une fois.
    — Aïe !
    Sûr, il est bien vrai ! Même que ça fait mal ! Toutefois, le doute subsiste.
    Oui, le doute subsiste car Lucien est un peu philosophe sur les bords et l'inquiétude le taraude. Il cherche l'argument imparable qui lui octroiera sans contestation possible son statut d'être véritable et non illusoire. Il se renseigne, se documente, s'informe, vérifie et, après plusieurs heures passées dans les arcanes du savoir accrédité et aux sources de la connaissance habilitée par les milieux autorisés, garants de la pensée valide, touche du doigt le principe fondateur du concept de vrai gens et de vraie vie, d'où il ressort, en gros, qu'un vrai gens est un raté et une vraie vie, une vie de merde.
    Lucien abasourdi par cette révélation, réfléchit. Alors ? Qu'en est-il ? Il se lance dans une vaste introspection de laquelle, au bout de dix secondes, il s'extirpe, réjoui et triomphant, fort de conclusions formelles et irréfutables. Il n'y a plus à s'angoisser : il est un vrai gens et vit dans la vraie vie.
    — Ouf, j'ai eu peur ! murmure-t-il, soulagé.


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  • Selon les pontes, les sachant penser,

    Tu es un pion, un Sancho Pança
    Un sans-dent, un d'en-bas
    Au sang chaud, prend-toi ça !

    Tais-toi et chair à pâtée. 

    Sancho


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  • "Pom pom pfff", primé et à lire sur nouvellescourtes.orgAprès monsieur Cornet, héros de ma nouvelle En trompette, primée lors de la précédente édition du concours de la nouvelle courte (voir ici), c'est au tour de madame Bruine, personnage de mon texte Pom pom pfff, d'avoir les honneurs du jury du concours.
    Ma petite facétie littéraire a en effet reçu le quatrième prix du sixième concours de la nouvelle courte organisée par l'association Ceraf Culture. j'en suis évidemment très fier et très heureux.

    On peut lire le texte, ici, sur le site nouvellescourte.org.


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  • Lucien vote UtileLucien a beaucoup réfléchi. Il s'est trituré les méninges, j'y vais, j'y vais pas, pour qui, pour quoi, a fini par se décider. Il votera Utile ! Et il est assez content de son choix. Je vais voter Utile, se réjouit-il, c'est bien, ça : Utile. Même que partout, on le dit, c'est le meilleur choix possible. C'est donc avec plein de bonne volonté et de détermination que Lucien se rend à son bureau de vote.
    Il se déclare, c'est moi : Lucien ; je viens pour le vote, se dirige vers les tables où sont empilés les bulletins à saisir. Il les passe en revue, les récupère les uns après les autres comme il se doit. À la fin de la recension, il s'étonne, revient sur ses pas, fait un deuxième tour. Il se gratte la tête, perplexe, et se plante au milieu, devant l'étalage, de façon à avoir une vision d'ensemble des cartes à jouer.
    — Veuillez avancer, monsieur, s'il vous plaît, intervient un assesseur, le préposé à la surveillance des bulletins de vote.
    — Je voudrais bien mais je trouve pas Utile. Il est où ?
    — Comment ça ?
    — Oui, Utile, il est où ?
    — Ben... euh, je ne comprends pas ce que...
    — Je veux voter Utile et je trouve pas le papier.
    Lucien se tourne vers le préposé à l'alimentation des piles de bulletins et lui montre les réserves adossées au mur, en attente de distribution.
    — Il est peut-être encore emballé. 
    — Tous les candidats sont sur la table, monsieur, lui répond-on, avec une relative fermeté, signe d'un certain agacement.
    C'est à ce moment que le préposé au maintien du bon ordre républicain intervient, soupçonneux à l'égard de ses collègues, flairant une tentative d'influence du corps électoral.
    — Que se passe-t-il ?
    — Ben, il y a que je veux voter Utile et que je le trouve pas ! 
    — Votre vote vous appartient, monsieur ! 
    Lucien considère son interlocuteur, s'interroge. Il se souvient des bulletins qu'il a en sa possession, les consulte, dubitatif.
    — Vous voulez dire qu'il est là, demande Lucien en agitant les papiers devant son nez.
    — C'est à vous de décider, monsieur.
    Face à l'air énigmatique du préposé, Lucien comprend qu'Utile se dissimule à l'intérieur du tas qu'il s'est constitué et qu'il lui revient de l'y repérer. Un peu comme dans les livres "Où est Charlie ?". Il hausse les épaules. Bah ! Il ne s'attendait pas à ce type d'épreuve. Faut toujours qu'ils compliquent tout, songe-t-il, et il n'est pas loin de le penser. Boudeur, il se résigne et entre dans le premier isoloir qui se présente.
    À l'abri des regards au-dessus de son épaule, il aligne les bulletins sur la tablette, les examine avec attention à la recherche de son préféré. En vain. Il les tourne, les retourne, eu quête d'un U, d'un T, d'un I et même d'un L et d'un E, à tirer dans l'ordre ou le désordre, sans lettre complémentaire. Rien. Au bout d'un moment, le préposé à l'intégrité des isoloirs tape à son rideau et interrompt ses investigations.
    — Monsieur, il faudrait laisser la place.
    — Je voudrais bien mais je trouve pas.
    — Des gens attendent, monsieur...
    Gna gna gna, marmonne-t-il. Z'ont qu'à pas le planquer, comme ça ! Je serais sorti depuis longtemps, si je l'avais trouvé. Lucien est un chouia contrarié. Et dépité, il décide d'abréger la partie. Il tire de sa veste son stylo fétiche, choisit le bulletin le moins froissé, raye sur le recto la mention inutile et, de sa plus belle écriture, en lettres majuscules, écrit UTILE au verso, si bien que le verso devient recto et vice versa. Voili voilà ! Soulagé, Lucien glisse le bulletin dans la petite enveloppe et sort, conquérant, de l'isoloir.
    Tête haute, il se dirige vers l'urne. Tend ses cartes d'identité et de votant au préposé à la vérification des inscrits. Et verse son offrande à la démocratie, dans le réceptacle. 
    — A voté, crie le préposé au remplissage des urnes.
    Il se tourne vers le préposé à la signature des registres, qui ressemble étrangement au préposé à l'intégrité des isoloirs – si ce n'est lui, c'est donc sa sœur – et se penche pour apposer son paraphe au centre de la case idoine. 
    — Vu que je l'ai pas trouvé, j'ai directement renseigné le bulletin, déclare-t-il en se redressant, assez content de sa sagacité et de son esprit de débrouillardise et pressé d'en référer au peuple à la ronde, afin qu'il en tire gouverne.
    L'assesseur le dévisage. Il a l'air un peu ennuyé.
    — Ah ben, c'est pas valide, alors !
    Lucien ne se laisse pas décontenancer. Il n'a que faire de ce Valide, dont il n'a jamais entendu parler.
    — Ben non, c'est ce que je dis, c'est pas Valide, puisque j'ai préféré Utile !
    Et fâché de tant de mauvaise volonté de la part des membres du bureau, à croire qu'ils veulent absolument empêcher les électeurs de voter selon leurs convictions, il quitte la salle en maugréant.


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  • Au-dessus de ses sourcils, je devine l'enfant qui dort. Des rêves tapis, enfouis sous des broussailles. Il passe la main dans ses cheveux, défriche une forêt d'idées noires. La paupière se lève. Des ailes se déploient.

    Après l'élan, l'envol.
    Et de mes lèvres, le vent qui porte. 

    Un souffle


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