• Le prince des charlatans

     

    "There is a sucker born every minute."* Elle est de Phineas Taylor, cette sentence apocryphe. Bateleur incomparable, mystificateur authentique, Barnum fait feu de tout bois et multiplie les succès, les billets de banque et les déclarations à l'emporte-pièce. Des vérités aussi bien senties que le vent qui tourne, assénées et démenties avec le même aplomb. La mauvaise foi, poussée à son plus haut degré. Plus qu'un sacerdoce : un art de vivre ! Et un modèle pour des générations d'enfumeurs. Donald T n'est pas né de sa cuisse pour rien.

    *Chaque minute voit naître un nouveau naïf.


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  • Âme BATée

     BAT

    Ce moment où l'on valide le BAT*, où l'on signe le contrat. Le soulagement est là ; l'exultation, aussi. Et l'appréhension. Et le sentiment d'abandon. On coupe le lien, tranche dans le vif. On se dessaisit, s'aliène le texte.
    Dès lors, on s'en gardera autant que possible. On n'ouvrira l'ouvrage qu'à contrecœur avec la sourde angoisse d'y trouver des défauts, des passages à amender. C'est une épreuve d'être confronté à un texte "achevé", pour lequel on ne peut plus rien, et de se heurter à un mot, une tournure, une phrase dont on se dit qu'on les changerait bien, qu'il y aurait mieux à écrire... On en a des suées. L'on préfère donc le tenir à l'écart ; l'on n'y reviendra que si on y est obligé, pour une présentation, une lecture, un échange avec des lecteurs. Il faudra du temps... du temps pour l'accepter tel qu'il est, le lire pour ce qu'il est, comme on le fait d'un autre livre, sans que s'impose l'idée d'en modifier le contenu, l'idée qu'il s'en trouverait mieux... bref, pour l'/s'affranchir.

    *BAT : Bon À Tirer (dernière version de l'ouvrage, prête à l'impression).


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  • — En fait, papa, t'es un peu mon Procope.Un p'tit coup de Procope
    — Ton quoi ?
    Je m'étouffe. Je ne suis pas certain d'avoir bien entendu.
    — Mon Procope, répète-t-il.
    Je le considère. Je ne vois pas où il veut en venir. Je connais l'établissement Le Procope, à Paris, pour avoir assidûment fréquenté le quartier latin un certain nombre d'années dans ma jeunesse mais je peine à saisir le lien qu'il y a avec nous. J'interprète néanmoins.
    — Tu veux dire que je suis ton taulier ?
    Face à son œil perplexe, je précise.
    — Que je tiens la maison ? ...
    Il me regarde, un peu désolé, se demande ce que je lui raconte.
    — Non, je dis que t'es un peu comme Procope.
    — ...
    Vu que je suis lent d'esprit, il met les points sur les i.
    — Oui, comme Procope de Césarée !
    — Procope de Césarée ?!!... 
    Je cherche, passe en revue mes cases mémorielles. Rien n'en sort. Il est affligé.
    — Tu es pour moi, ce que Procope de Césarée était à Justinien.
    — Justinien...
    — Oui, poursuit-il consterné par mon ignorance, Justinien, l'empereur d'Orient au sixième siècle. Procope était son historien. Il a raconté ses guerres, les guerres menées par son général Bélisaire... 
    Je digère l'information. Je dois avouer qu'il m'en bouche un coin. Et reformule sa pensée.
    — Et moi, alors, je suis ton Procope ?
    — Ben oui... Tu racontes mes histoires, aussi...
    Je suis son Procope de Césarée et lui est mon Justinien. Je n'en reviens pas. Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle et je dois admettre que son éclairage me rend tout hilare. J'applaudis, admiratif. C'est qu'il a des lettres, le fiston ! Il paraît tout content de sa trouvaille, fier de son coup. Je m'incline face à tant de discernement.
    — Ouais, c'est vrai ça, je suis un peu ton Procope !
    Son Procope ! Mais plutôt le Procope de l'Histoire secrète, alors... la version non autorisée...

    Je le contemple, encore médusé par sa sortie. Faut que je prenne garde ; des fois que le gamin se mette à lire La princesse de Clèves... De nos jours, ça pourrait lui nuire.


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  • La 7ème mort de Janka

     

    Sur le rivage, les dernières traces de la vie d’avant s’échouaient vomies par les vagues. Parmi elles, Janka, craché dans un jaillissement d’écume, enfonça ses doigts dans le sable rouge, s’agrippa au paradis promis. Il s’extirpa douloureusement de la gangue glacée, rampa vers la petite falaise ocre dressée en rempart face à la mer. Avant de l’atteindre, épuisé, il roula sur lui-même et ouvrit ses bras au firmament. Il respira. Son souffle se mêla au vent qui l’accueillait. Il le huma, lui trouva un goût de rémission. Il avait réussi.
    Janka frissonna, s’aperçut qu’il grelottait. Il renonça à l’étreinte du ciel, se souleva avec difficulté. Les jambes flageolantes, il rejoignit en titubant les premiers escarpements, les gravit malgré ses membres tétanisés, malgré la paroi qui s’effritait, la terre qui se refusait, et finit par accéder au septième cercle de barbelés. Là, deux garde-éden le prirent sous leur aile et l’escortèrent jusqu’au camp purgatoire.


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  • Livres en fête, à Echenans s/s Mt Vaudois (70), 3ème éditionJe serai présent, le dimanche 20 novembre 2016 après-midi, à Echenans s/s Mt Vaudois (au centre périscolaire) lors de la manifestation Livres en fête. J'aurai le plaisir d'y présenter et d'y proposer mes ouvrages, dans un cadre bien chaleureux et convivial. Le moment de penser à ses cadeaux de Noël !

    Pour plus d'infos, aller ici : médiathèque d'Echenans.


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  • Les chacals ont la kalach facile. Ils chassent. Le crachat et l'insulte à ta face. La crasse dans le cortex, la graisse dans le cœur. 
    N'écoute pas leurs hurlements. Sois le bienvenu !

    Puisses-tu trouver, après tout ce que tu as enduré, répit et bienveillance. C'est le moins.


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  • qui vole c'est fou en cette saison on devrait être tranquille au moins pas être emmerdé par les mouches mais non elle est là elle revient sans gêne se pose sur mon index ça chatouille je la chasse rien n'y fait elle a décidé de m'enquiquiner se colle à mon front des claques oui elle mérite je frappe aïe raté elle s'enfuit je bats des mains des bras des pieds elle insiste me tourne autour me persécute j'essaie de l'attraper de l'assommer de la fracasser un bon coup de pied au derrière je me cogne contre la table ça fait mal et la voilà qui rigole elle est contente se moque de moi et bzzz et bzzz elle en rajoute tu m'as ratée tu m'as ratée t'es un gros naze t'es un gros naze j'essaie de la choper en traître elle se débine de justesse un peu plus et je la scotchais sur le mur elle s'est échappée j'ai rien vu entre mes doigts vive comme l'éclair et la voilà qui se ramène encore et me nargue t'es un gros naze t'es un gros naze je m'énerve lui dis que ce n'est pas correct que le lecteur s'emmerde qu'il faudrait adjoindre un peu de sexe à cette relation entrer dans les détails être plus précis quitte à être redondant et pointilleux ne rien laisser au hasard aller au fond des choses développer et étayer par souci d'exhaustivité et de précision mais rien n'y fait elle n'en a pas terminé elle vole me titille me harcèle elle a décidé de me

    p 213 : la mouche


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  • La 4ème mort de Janka

    Janka regarda par-dessus son épaule. Ils étaient encore trois à le suivre sur la dune qui s’étirait depuis l’entrepôt. Le soleil dégorgeait sur leur tête de brûlantes nappes d’acide rouge, qui coulaient le long de leur corps en y creusant des sillons noirs. À chacun de leur pas, volaient des nuages de cendre et roulaient des billes de métaux calcinés. Il n’avait pas beaucoup d’avance.
    Il huma l’air saturé en carbone contaminé, s’épongea le front de sa manche en loques et cessa de tergiverser. La ligne de crête s’empalait dans l’horizon bouché. Mieux valait le fond de la vallée dévastée et ses cavités possibles. Il s’élança, dévala la pente vitrifiée. Sa chute dura trente interminables secondes, au cours desquelles il sentit l’acier des forges enterrées lui entailler la peau en profondeur. Il arriva scarifié et ensanglanté sur les bords du fleuve éteint et mesura son avancée. Ils étaient toujours à ses trousses.
    Janka renonça à fuir. Il avisa un tronçon éventré de pipeline, s’assit dessus. Il souffla sur ses plaies pour les panser, ne parvint qu’à les aviver. Au moment où les traqueurs le rejoignirent, il se demanda comment il s’en sortirait, cette fois.
    Le premier ne lui fournit pas la réponse. Il posa sa main sur son épaule décharnée, lui ordonna de les accompagner en indiquant du doigt la direction à suivre, qui remontait le cours du fleuve vers un mirador tendu entre deux falaises enluminées de débris phosphorescents. Janka n’y consentit pas. Il se rétracta, tant et si bien qu’il échappa à l’étreinte du soldat. Il fila entre ses doigts et, se recroquevillant encore, s’aggloméra en une motte glaireuse de chair qui s’infiltra par l’une de ses innombrables brèches à l’intérieur du pipeline délité. Il se laissa glisser. Au fond de la canalisation, stagnaient des flaques visqueuses de bitume fondu dans lesquelles il s’enlisa.


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  • "Parties communes" le nouveau collectif des éditions Antidata

     

     

    Il fallait écrire sur le thème des voisins. J'ai proposé un texte intitulé Ailleurs, les murs sont moins gris et j'ai eu la chance et le bonheur de le voir sélectionné par la maison Antidata et de me retrouver aux côtés de brillants auteurs (me suis senti tout impressionné !). Un sommaire garant d'un grand plaisir de lecture...
    Et le mieux, c'est que le recueil collectif vient de sortir des presses et que vous pouvez le commander chez tous les bons libraires. 

    Pour plus de renseignements, aller sur le site des éditions Antidata.

    Au générique, je suis avec : Laurent Banitz, Louise Caron, Guillaume Couty, Anne-Céline Dartevel, Jean-Claude Lalumière, Malvina Majoux, Gilles Marchand, Arnaud Modat, Pascale Pujol, Murielle Renault et Christophe Ségas.
    ... et j'suis content...


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  • À l'approche de l'école, elle me lâche la main. Faudrait pas que je lui colle la honte devant ses camarades. Alors, comme j'ai une réputation de "gros lourd" à défendre, je tiens mon rôle.
    — Pourquoi tu me lâches la main ? T'as honte ?
    Et, casse-pieds, avec un malin plaisir, j'essaie de la lui reprendre. En vain. Elle s'écarte, esquive. L'air de rien. Flegmatique et détachée. Comme si je n'existais pas. Je ne m'avoue pas vaincu.
    — T'as honte de ton papa ?
    Elle évite mon regard, détourne la tête. J'insiste. Mielleux. 
    — Allez, donne la main à ton papa, mon chéri.
    Elle prend son air exaspéré. Voudrait que je la boucle. Ne peut cependant empêcher son sourire mutin de trahir son amusement. 
    — À ton petit papa...
    Je la joue victime, en fait des tonnes sur le mode supplique. Mon grossier chantage affectif achève de la dérider.
    — Vraiment n'importe quoi ! me lance-t-elle.
    Je tente à nouveau d'attraper sa main ; elle s'échappe, court vers les grilles de l'école en riant.

    J'en profite. Bientôt, je serai obligé de changer de trottoir.


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