• Grandvent s’engouffra dans la bouche de Janka, gonfla ses joues, élargit ses orbites, dilata sa cervelle. Sa boîte crânienne enfla tant qu’elle éclata en mille étincelles. Elle libéra des langues de feu qui s’abattirent sur la steppe et disséminèrent à travers l’Outreterritoire des brandons de désolation. Janka, disloqué et éparpillé, roula dessus. Son corps vaporisé, jouet des vagues brûlantes, se répandit aux quatre coins du dehors, emporté par les courants incandescents, dans des nuées de cendres. Janka poursuivit ses atomes tous azimuts. Il sauta de brasier en brasier, plongea dans les coulées de lave, à la recherche de ses poussières éventées. Au fond des cratères, il renonça à se rassembler.

    La 16ème mort de Janka


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  • Lucien est un ouineurIl n'y a pas de raison. Lucien, aussi, a droit à sa part de ouine. Il n'y a pas que la louze dans la laïfe. Foin des ouin ouin, de toutes les manières c'est le oui qu'il préfère. So ouate ? Il le clame, il le revendique : la ouine, c'est pour lui.
    — Oui !
    Il serre les poings. Presse le pas. Rien ne l'arrêtera. Il marchera sur la mémé qui encombrera le trottoir, s'il le faut ; écrasera le mouflet qui croisera son chemin ; piétinera le clébard qui se fourrera dans ses pattes.
    — Oui !
    Déterminé, galvanisé, Lucien se sent pousser des ailes et une âme de ouarrior. Aïe, aïe, aïe, à bloc, Lucien déboule dans l'agence. Cherche la timbale pour la décrocher, sonne le gong et la charge. 
    — Oui !
    Il a la rage et pas que des dents, la niaque et la vista. La vie, il mord dedans ; les autres, il les bouffe. Planquez-vous, il a la dalle, la digestion facile et les canines qui rayent le parquet !
    — Oui !
    La ouine dans le sang, pas de demi-mesure, il est tout ouï. En vainqueur, cœur vaillant, il ne fait qu'une bouchée du formulaire. Le questionnaire, il le pilonne de traits expéditifs, le quadrille d'une batterie de ouï-dire. Puis le tend à son conseiller référent.
    — Oh... mais qu'avez-vous fait ? Vous avez coché toutes les cases !
    — Bah oui !


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  • tête en sang il hurle crie qu'il ne les a jamais vus qu'il ne les connaît pas ces gars qui sont passés devant moi en courant sourire grand large en se tapant dans le dos manifestement très contents d'eux il ne les connaît pas il le répète à qui mieux mieux aux badauds qui s'arrêtent à ceux qui se penchent sur son cas et sa plaie à ceux qui joignent les secours comme s'il voulait démontrer qu'il n'avait rien à voir avec tout ça qu'il n'y est pour rien les gars l'ont frappé plein front avec une bouteille de bière alors qu'il ne les connaît pas jamais vus de sa vie c'est sûr ils ne sont pas intimes ils se sont peut-être croisés un jour mais alors il ne se le rappelle plus il en est certain il ne les connaît pas et malgré tout ils l'ont frappé comme ça pour passer le temps pour se marrer la bonne blague et ils ont déguerpi sans demander leur reste ils ont fui en rigolant en se tenant les côtes fiers de leur coup à ce gars qui ne les connaît pas qui a appris à les connaître qui se souviendra d'eux ils sont partis et il pisse le sang des gens s'agitent autour de lui il leur jure qu'il ne les connaît pas il n'y a que ça qui compte ces types s'en sont pris à lui alors qu'il ne les connaît pas ils lui ont cassé une bouteille en verre sur la tête et puis ils se sont barrés sans plus d'explications même s'ils lui ont d'abord demandé dans quel quartier il habitait les prémices d'une discussion la raison du sang qui dégouline sur son visage et ses vêtements il leur a répondu ils n'ont rien ajouté ont dégainé la bouteille la lui ont balancé dans la tronche et la bouteille a éclaté sous le choc pourtant il ne leur avait rien fait il ne les

    p 821 : scène de rue


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  • Quand la fumée se lève et que le pays de Mad Max naît sur les cendres du bush calciné et les corps carbonisés des bêtes suffoquées, l'on s'attend à voir surgir le héros, se dessiner sa silhouette blindée sur le rouge des images qui défilent sur nos écrans et dont on s'abreuve, à la fois fasciné et horrifié. Mais non, il ne s'agit pas d'une nouvelle aventure post-apocalyptique du survivant solitaire.

    Sad Max


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  • Ton reflet dans la flaque :
    Un fou flotte.
    Juste un souffle
    Et le fou flou.

    Flic flac flouc


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  • Lucien porte le boucDepuis que Lucien a repris du poil de la bête, il porte le bouc.
    — Ouah, ça te va bien de porter le bouc, s'extasie son pote Max.
    — Mouais, c'est quand même un peu lourd. Surtout dans les escaliers... Ça traîne par terre ; du coup, je marche dessus.
    Max se gratte la tête. Il ne voit pas comment son copain pourrait marcher dessus, à moins d'être contorsionniste ou d'enfiler ses tatanes aux oreilles. 
    — Sans compter que ça pue... regrette Lucien.
    La vérification s'impose. Il en profite pour renifler. Ça sent le bouc, le fait est indéniable. 
    — Elle me rend chèvre, cette odeur.
    Et Lucien ne préférerait pas. Quand il songe au sort de celle de M. Seguin, il en a des frissons, les poils qui se dressent et la barbichette qui se raidit. Il se cabre, chasse ces idées noires. 
    — Ce qui serait bien, ce serait que je puisse le poser de temps en temps, ça me soulagerait.
    Il se souvient de l'effet que ça fait, quand il pose un lapin, se dit que la sensation procurée ne devrait pas être éloignée ; le poids en moins indéniablement lui simplifierait l'existence.
    — Je pourrais reprendre mon souffle et respirer un peu, poursuit-il.
    Max ne comprend rien à ce qu'il dit mais il veut bien faire un effort et semblant.
    — T'as qu'à le raser si ça te gêne.
    — Ben pourquoi ? J'ai pas froid, et puis, j'sais pas tricoter.


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  • Un regard aux ailes de libellule

    Max Ernst : Thirty-Three Little Girls set ou for the White Butterfly Hunt

    1958 - Huile sur toile
    Musée Thyssen -Madrid

     

    "Tout afflue, dit le Maître de Ho. Tout déborde. Tout est là.
    Un regard aux ailes de libellule se pose sur la personne aimée, et rime le Monde sans le connaître celui qui doit le chanter."

     Monde (Épreuves, exorcismes) - Henri Michaux

     

    Meilleurs vœux !


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  • La grève des transports...

     

    … c'est plus de linge sale à laver en famille.

    Par AC©


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  • Prendre le large, aux éditions ZonairesPrendre le large est un ouvrage collectif conçu et réalisé par les éditions Zonaires, sur le thème de l'errance. Il regroupe nouvelles, récits, poèmes, dessins d'une vingtaine d'auteurs et artistes, chacun porteur d'une vision, d'une expression, d'une réflexion conférant à l'œuvre sa densité et sa richesse. Je me suis joint au projet et y ai contribué avec un texte intitulé Topo
    Après mes participations aux trois précédents collectifs de Zonaires (Les cent derniers jours, Rendez-vous après la fin du monde, Brèves revisitées), une belle manière de prolonger l'aventure avec cette passionnante maison d'éditions !

    Au sommaire, j'ai donc le plaisir de figurer aux côtés de : Danielle Akakpo, Estelle Berger, Désirée Boillot, Élisabeth Braure, Jean Calbrix, Dominique Chappey, Annick Demouzon, Alain Emery, Papa Malick Fall, Aziz Fatkhou, Françoise Guérin, Jean Gualbert, Guan Jian, Joël Hamm, Patrick L’Ecolier, Julie Legrand, Laurence Marconi, Nathalie Sougnoux, Élodie Torrente.

    Par ailleurs et en solidarité, 2 euros par exemplaire vendu seront reversés à l'association l'APARDAP (association de parrainage républicain des demandeurs d'asile et de protection).

    Pour tout savoir sur le livre et pour se le procurer, il suffit de se rendre ici, sur le site des éditions Zonaires.

    Et en prime, quelques images pour Prendre le large (bande annonce conçue par Zonaires) :


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  • Le messager de la liberté

     

    À Bethel, Connecticut, c'est le temps de l'apprentissage. Barnum fonde un journal The Herald of Freedom (Le messager de la liberté), y fourbit ses armes et ses slogans à l'emporte-pièces. Les calvinistes rigoristes et sectaires des environs en feront les frais. L'un, pasteur accusé d'exploiter un orphelin, voudra défendre sa réputation. Et l'enverra passer deux mois en prison pour lui faire passer l'envie de la politique. Phinéas Taylor retient la leçon. Il épouse Charity et, bye bye les illuminés et les forcenés de la foi, s'installe à New York. Il se reconvertira dans le show business, où il aura des coudées plus franches. Le rapport à la vérité s'y révélera plus adapté à ses ambitions. Il pourra y déployer l'étendue de ses talents de bateleur.

     

    PT Barnum et son épouse Charity Hallet
    https://commons.wikimedia.org/wiki/File:P.T._and_Charity_Hallett_Barnum_c1860.jpg  


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