• Le 6 avril 2018, à la médiathèque de Champagney

     

     

     

    J'aurai le très grand plaisir de rencontrer les lecteurs de la médiathèque de Champagney et des environs, le vendredi 6 avril 2018, à partir de 20h, pour un "café littéraire". Je parlerai de mon parcours, de mon travail et présenterai mes ouvrages. L'occasion d'un échange autour de l'écriture et de la lecture, organisé par Isabelle André-Philippi et l'équipe de la médiathèque, dont je me réjouis d'avance. 

     

     

     

     

     

    Le 6 avril 2018, à la médiathèque de Champagney

     

     

    A lire, l'annonce faite dans l'Est Républicain, dans son édition du 28 mars 2018 : (cliquer sur l'image pour la lire)


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  • Une fin de l'histoire

     

     

    En thermidor, la terreur chut.
    Au fond du panier les derniers fruits mûrs,
    Cerises caboches leurs noyaux cabossés
    Les queues figées dans une liqueur écarlate.

    Coquelicots éphémères, fauchés
    Fol échafaud la foule vengeresse

    Cocarde au cœur la bave au cou.


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  • Écrire à l'aveuglette réserve des surprises. C'est comme marcher sans but, se laisser porter par l'envie, le vent ou les vagues. Sans peur de se perdre ni de tourner en rond. L'on accoste sur des rivages imprévus, que l'on foule étonné de se trouver là. Dépaysement garanti. L'on échoue aussi, parfois, sur des écueils, d'où l'on tire toujours quelques cicatrices à gratter. On rembobine le fil. Par quels détours en est-on arrivé à cette frontière ? Les chemins de traverses, les impasses. Des traces qui s'effacent comme dans le sable mangé par la mer. Il ne faut pas trop chercher à savoir. Cela pourrait nuire au prochain voyage, réduire le champ de ses possibles.

    Au fil de la plume

    Le voyageur contemplant une mer de nuages, 1818. Huile sur toile, 74,8 × 94,8 cm, Hambourg Kunsthalle
    Par Caspar David Friedrich — The photographic reproduction was done by Cybershot800i. (Diff), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1020146


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  • Lucien en pleine conscience

    Lucien, lui aussi, aimerait atteindre la pleine conscience. Il lui est déjà arrivé de l'avoir bonne, parfois mauvaise et elle avait, dans ces cas-là, un goût un peu amer qui subsistait des heures dans sa bouche et l'empêchait de dormir. Comme cette fois où il avait craché dans la soupe et que ça lui était resté sur l'estomac. Mais la pleine conscience, aussi profond qu'il sonde sa mémoire, il ne l'avait jamais approchée. Il s'en serait aperçu s'il l'avait côtoyée. D'une manière ou d'une autre, elle aurait fini par lui peser. Et au bout de quelques jours, sous son poids, éreinté, il aurait été contraint de la vider, de la même façon qu'il vide son cœur quand il en a gros dessus et qu'il ne peut plus faire autrement que de percer l'abcès, histoire de souffler, de s'éponger le front et de recouvrer quelques forces. Non, il a beau se creuser la tête – et c'est bien dommage car c'est autant de travail supplémentaire qu'il se donne, pour combler le trou et rattraper le coup. Sauf à reconnaître que, de même que l'on recule pour mieux sauter, l'on peut aussi creuser pour mieux remplir... à condition, évidemment, que le tonneau ne soit pas percé – donc, disait-on, il a beau se creuser la tête, il ne se souvient pas d'avoir jamais joui d'une conscience pleine. Ça ne doit pas être plus compliqué que d'avoir le ventre plein, estime-t-il. Il réfléchit et rien que ça, il le sent, contribue à la réalisation de son objectif. Il réfléchit tant et si bien que son ventre continue à l'inspirer. Il se rappelle la théorie des flux et tire la conclusion que pour l'avoir pleine, il faut la remplir jusqu'à ce qu'elle déborde. Ben ouais. Quand il songe à tous les livres qu'on édite sur le sujet, alors que ça se résume à des problèmes de baignoire... il se dit qu'il y en a qui occupent le terrain et les rayonnages avec pas grand chose et surtout du vent.
    — Mmouais.
    Lucien est content. Il a trouvé le mode opératoire, très vite bute sur les moyens. Avec quoi la faire déborder, sa conscience ? Il se tord les méninges, cherche et sue, ce qui n'arrange pas ses affaires. Il tente la manière forte, se verse une carafe d'eau dans l'oreille, puis de bière parce qu'il en a déjà éprouvé les effets sur son bide. Cependant, sa conscience demeure imperméable au procédé, si bien qu'il se résout à plonger dans la littérature consacrée et à s'abreuver à la source des spécialistes. Ils ont peut-être des techniques à lui apprendre, finalement. Il choisit celui dont la vacuité du regard lui semble la moins prononcée et lui prête son attention afin qu'il y verse son enseignement. Ce sera toujours ça de pris et de moins à glaner pour bourrer la coupe. Il écoute, s'étonne un peu. Le bonhomme se révèle un adepte de l'épuration, du récurage et de l'assainissement. Il préconise de libérer son esprit, de faire le vide, de ne penser à rien. Bizarre, se dit Lucien. Faut faire le plein en faisant le vide. Mais comme il n'est pas contrariant, il s'exécute. Il s'exécute d'autant mieux que penser à rien, il sait faire, que tout à coup la tâche lui paraît nettement plus aisée. Deux secondes lui suffisent. Et de s'apercevoir que, depuis toujours, il pratique la pleine conscience sans le savoir...


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  • À coups de talon, Janka brisa la glace. Des éclats blancs, comme du verre pilé, comme des grains du gros sel qui la fondait et qui lui manquait, poudre de perlimpinpin. La plaque fendillée de partout finit par exploser sous la violence de ses assauts. Janka s’épongea le front.
    — Tu vas te casser la figure, lui répéta le père, qui s'était assis sur le seul rocher où bavaient les rayons de soleil du moment.
    Janka n’écouta pas. Il martela le sol des pieds. Puis, passa ses semelles dessus afin d’en apprécier la surface. Le père racontait n’importe quoi. Ça ne glissait pas.
    — Ça glisse plus, répondit-il, on peut y aller.
    Il n’attendit pas l’autorisation ; il risqua un pas puis un autre. Le terrain pilonné remplit son office et lui assura une progression stable. Un mètre tranquille sur ses pattes, jusqu’à ce qu’une lame traîtresse l’envoyât par terre.
    — J’te l’avais dit. T’écoutes jamais.
    Le père se leva, se dirigea vers lui, tendit une main pour l’aider à se redresser.
    — On peut pas passer, expliqua-t-il pour la quinzième fois, c’est pas la peine d’insister.
    Janka saisit la main offerte, s’agrippa rageusement à elle. Il ne s’était pas blessé sauf à son amour-propre. Et il en voulut au père, auquel la faute incombait. Il tira aussi fort qu’il le put sur le bras, dans le secret désir de le déséquilibrer ; qu’il tombât aussi, se fît mal, pourquoi pas. Mais le père tint bon ; sur de meilleurs appuis, résista à la traction du fils, qu’il attira vers lui.
    — Aïe ! hurla Janka. Tu me fais mal.
    En le tirant, le père l’avait cogné contre un bloc de glace. Le garçon en rajouta sur la douleur, exagéra la plainte, sans parvenir à culpabiliser l’homme qui, agacé par ses simagrées et sa mauvaise volonté, le réprimanda.
    — Tu pourrais y mettre du tien, aussi !
    Le regard que lui lança Janka fut plus tranchant que le froid qui le transperça. Il se dégagea de l’étreinte paternelle. Serra les poings. Ses gants trempés lui brûlèrent les doigts, l’obligèrent à les déraidir. Il attrapa alors un fragment de glace, qu’il jeta contre le sol en direction des pieds du père, vers lesquels il s’éparpilla en mille bris de colère.
    — Eh, s’indigna l’homme, faut te calmer ! J’y suis pour rien si t’es tombé.
    Janka n’en pouvait plus de l’entendre. Il voulait qu’il se tût, qu’il disparût. Il se hissa sur ses bras, ramena ses jambes sous lui, s’agenouilla puis bascula sur ses pieds pour se propulser vers l’homme et son estomac et s’affaler mollement le nez contre son ventre. Le père, étonné, digéra l’attaque en reculant d’un pas et saisit le fils par les épaules, prêt à lui remettre les idées en place. Lorsqu’il découvrit son regard embué de givre, il retint son geste et, quand il décela la haine qui le réchauffait, y renonça. Il le lâcha, s’écarta, se détourna. Il contempla autour de lui la vaste étendue de glace qui les cernait, considéra l’îlot sur lequel ils avaient échoué. Il soupira, revint au rocher et se rassit.

     

    La 3ème mort de Janka


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  • hier dans la série ma vie est passionnante je suis allé à la poste parce qu'il y a encore une poste dans notre petite ville j'ignore jusqu'à quand durera ce privilège je croise les doigts pour qu'on nous le préserve déjà que celui de se soigner devient rare qu'on nous parle en plus de nous supprimer nos liaisons ferroviaires une façon de désengorger les cabinets des grandes villes qui n'ont pas besoin de nos dérisoires problèmes de santé ils ont assez des leurs inutile d'en rajouter on raconte que certains prennent le train pour consulter il y a des petits futés partout et d'autres qui ne se refusent rien donc hier je suis allé à la poste en me disant que je devrais changer de lunettes avant qu'on brise les lignes je me le suis d'autant plus dit que j'ai croisé monsieur Biglet et que je ne l'ai pas reconnu j'ai vérifié mes verres ils étaient pourtant propres bonjour il a lancé en me tendant la main je lui ai prêté la mienne en me demandant qui il pouvait être cela m'arrive souvent de ne pas savoir à qui je m'adresse je ne suis pas un sauvage je souris quand même il s'est enquis de mon état général ça va j'ai hoché la tête et répondu oui et vous et puis je me suis rendu compte mais bien sûr c'est monsieur Biglet pas étonnant que je ne l'ai pas identifié il avait changé de coiffure il était blond alors que d'habitude il est chauve on n'est à l'abri de rien il m'a certifié que ça allait aussi de son côté malgré la tignasse qui lui avait poussé sur le crâne et a observé qu'on se retrouvait à la poste alors on va à la poste s'est-il exclamé il est perspicace monsieur Biglet à la nuance près qu'on n'y allait pas puisqu'on n'y était déjà je me suis gardé de l'objecter cela m'aurait amené à développer et je ne me sentais pas de m'étendre sur le sujet je me suis contenté de mesurer notre chance oui il faut en profiter ça ne durera pas éternellement il m'a considéré bizarre il avait le regard un peu absent sans doute que lui aussi avait besoin de nouvelles lunettes et il s'est rappelé qu'il devait partir il avait un train à prendre pour voir un ophtalmo et il comptait en profiter tant que c'était encore possible il m'a salué en me souhaitant une bonne journée bien que je n'aie rien contre et s'est dirigé vers la sortie je n'étais pas contre non plus son départ tombait à pic surtout que je n'avais pas que ça à faire j'avais une place à occuper dans la file devant la machine distributrices de timbres un passage obligé si je voulais envoyer ma lettre je me suis donc mis derrière une dame que je ne connaissais pas même si elle avait aussi des cheveux et j'ai attendu mon tour qui n'arrivait pas vite pas de quoi se plaindre non plus on n'était pas aux

    p 352 : à la poste

    MIB 3


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  • Pendant que les enfants meurent, je dors monstre, mange monstre, écris monstre.
    Pendant que les enfants meurent.

    J'écris monstre, mange monstre, dors monstre. Et j'écris monstre que les enfants meurent.
    Pendant qu'ils meurent. Là-bas.
    J'écris monstre qu'ils meurent. Et ils meurent quand même.
    Et j'écris monstre quand même.

    Quand même.

    Pendant que les enfants meurent
    J'écris monstre que les enfants meurent
    Et les enfants meurent.

    Et moi
    J'écris
    Quand même


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  • Carrés poétiques/1, aux éditions Jacques Flament

    Les carrés poétiques sont des objets littéraires conçus par Jacques Flament. Un cadre bien défini (et décrit ici) au sein duquel l'éditeur a invité des auteurs d'horizons variés à s'exprimer. Un exercice auquel j'ai pris plaisir à m'adonner, alors que la poésie n'est pas mon mode d'expression naturel (même si, sur les pages de ce blog, je m'offre de temps à autres, la liberté de m'y frotter). 

    Il en est sorti un premier recueil, regroupant 80 carrés, dont le mien. Une nouvelle aventure littéraire à laquelle je suis très heureux de participer.

    L'ouvrage, Carrés poétiques/1 est disponible sur le site de l'éditeur.

     


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  • Les Plumes Comtoises à Vieux-Charmont, le 24/02/2018

     

     

    Premier rendez-vous 2018 avec les lecteurs, pour les Plumes Comtoises !

    Cela se passera à Vieux-Charmont (25), salle Jean Jaurès, le samedi 24 février 2018, après-midi, de 14h à 18h30 et j'aurai le grand plaisir d'y être avec mes ouvrages.

    Un moment convivial à partager autour des livres et de petites douceurs. Nous (les Plumes !) vous espérons nombreux.

     

     

     

     

     

     


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  • Lucien déclare sa flamme

    Lucien traverse son salon d'un pas vif, soudain s'arrête et s'écrie : « Salut Lucienne ! »
    C'est une chance de te rencontrer, songe-t-il, je voulais justement te parler. Il s'avance vers son canapé où la demoiselle l'attend, se plante devant, la considère. Lucienne a une allure de coussins, surmontés d'une boule de papier où il a dessiné deux yeux, un nez et une bouche. Lucien se gratte le crâne.
    — Non, ça va pas !
    Il retourne vers l'entrée. Volte-face sur le seuil. Tergiverse. Il inspire, expire, se pince l'arête du nez et se lance à nouveau.
    — Bonjour Lucienne, comment vas-tu en ce moment ?
    Pourquoi a-t-il ajouté en ce moment ? Il se le demande. Il recommence.
    — Bonjour Lucienne, je suis heureux de te voir.
    Non, non et non, c'est raté ! Il grimace, mains sur les hanches, hoche la tête de mécontentement et s'exerce encore.
    — J'ai quelque chose à te dire.
    Lucienne, imperturbable, toise Lucien de son sourire figé. Il ne désarme pas.
    — Depuis le temps que je veux te parler...
    Il se renfrogne, peste.
    — Non, ça va pas du tout.
    Il récidive néanmoins.
    — Il faut que je te dise un truc.
    La poupée ne bronche pas. 
    — Un truc important.
    Lucien soupire, désemparé. Après un haussement désabusé des épaules, il joue son va-tout.
    — On pourrait.
    Et le voilà à le jurer sur tous les tons, devant Lucienne qui n'en a rien à faire.
    — Je me disais qu'on, que ce serait bien, qu'on soit, qu'on se fasse une petite...
    En douceur, passionné, un genou à terre, bras ballants ou les yeux mouillés. Il recommence, change de registre, de posture. Aucun ne lui convient.
    — Je voudrais que, Lucienne, crie-t-il de guerre lasse.
    Et dans son élan, il tend ses mains vers le gros tas, l'implore.
    — C'est pourquoi... tous les deux, on...
    Il cherche à nouveau ses mots.
    — Si on se mettait à table... euh... ensemble, juste toi et moi, on pourrait se faire...
    Il se concentre, se détend la nuque, respire. Il prend sur lui, lâche enfin le morceau.
    — On pourrait se faire ça !
    Il se redresse, se précipite dans sa cuisine, ouvre son congélateur, en sort un carton et avec, revient devant Lucienne. Il le lui tend. Tadam !
    — Une flammekueche !
    Il la regarde. 
    — Ce serait sympa, non ? 

    Lucien s'est bien entraîné. Il peut guetter l'élue de son cœur en toute confiance.
    — Eh, Lucienne, la hèle-t-il alors qu'elle sort de son immeuble.
    Il se précipite vers la jeune femme, qui a perdu sa mine chiffonnée. Elle s'étonne de le voir. La surprise ne semble pas la réjouir. Lucien s'en moque. Dans son sac, il a plus d'un tour et surtout une tarte imbattable.


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