• Dans la rue où les tueurs de sourires sévissent, les corps s'évitent. Combien de visages tronqués, encagés derrière ces nouveaux murs ? À leur place, des pages blanches qu'aucune encre n'anime, surtout pas de sympathique. En vain, l'on cherche les réactifs, la chaleur, qui les aviveraient.
    Les masques tueurs de sourires sont de sortie ; derrière eux sèment le vide dans les regards. La vie se terre au fond des yeux qui se fuient comme s'il fallait qu'ils se préservent ; la défense du refuge des derniers éclats d'humanité.

    Adieu sourires, bonjour tristesse


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  • Au n°3 de La clarté sombre des réverbères

     

    Retour de l'objet pensant non identifié à périodicité aléatoire ! Un retour que les circonstances imposaient à cette revue placée sous le signe de l'altérité, dirigée par Jacques Flament. Après plus de 5 années d'absence (voir ici, sur mon vieux blog), voici donc le troisième numéro, numéro spécial, non seulement du fait de la rareté de cette publication mais surtout par son sujet puisqu'il se veut un état des lieux du confinement. La revue regroupe les contributions de près de 150 auteurs et illustrateurs autour du sujet, et offre ainsi un tableau kaléidoscopique de la période traversée. J'ai apporté ma pierre à l'édifice avec un petit texte intitulé En boucle.

    Il est recommandé de s'approprier ce numéro collector de La clarté sombre des réverbères, reflet et trace de ce moment hors-norme partagé par tous. On le trouve ici, sur le site de l'éditeur

     

     


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  • Au n°38 de la revue Dissonances : Feux

     

    Le n°38 de la revue Dissonances est paru. Et j'ai le grand plaisir de figurer au sommaire avec un texte intitulé Nuit Cheyenne, écrit sur le thème : Feux. C'est la deuxième fois que cette revue, à la qualité éditoriale éprouvée et qui ne se dément pas, m'ouvre ses pages (après ma participation au n°33 (voir ici, sur le thème Fuir)) et j'en suis très heureux et très fier.

    Le numéro est disponible dans les librairies ou, plus directement sur le site de la revue, où l'on peut, aussi, découvrir son programme


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  • Travis dans la nuitTu suis Travis à travers le désert. Il erre, hanté par le désastre de sa vie.
    Des grands espaces vides. Des lignes rectilignes, lignes d'une fuite impossible.
    Tu entends les mots. Le retour au langage. Tu découvres l'enfant.
    L'enfant et sa rencontre. La trace d'un amour fou.
    Tu les accompagnes, remontes le cours du temps.
    Jusqu'à elle, derrière la vitre sans tain : Jane, son visage, sa voix.
    L'histoire. Leur histoire.
    Tu vois les retrouvailles de l'enfant et de sa mère.
    Tu vois Travis qui y assiste et qui part.

    Travis a recollé les morceaux de sa vie de travers. Une pièce manque, la sienne, et tu pleures. Tu ne peux t'en empêcher. Tu te sens Travis, seul, dans la nuit. 


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  • Lucien avance masquéCela vaut mieux. En mode carnaval, c'est plus sûr. Camouflé, il franchira les lignes de postillons. La cohorte du virus ne le reconnaîtra pas et il pourra sans risque de contamination se déplacer. Il songe ainsi à tromper la vigilance de l'ennemi en revêtant l'armure de Mickey mais Lucien se méfie. Covid, le 19ème du nom, roi actuel des Corona et grand conquérant devant l'éternel, qui en une guerre éclair a étendu son empire au quatre coins de la planète, n'est pas né de la dernière pluie mais d'un pangolin ou d'une chauve-souris. Il y a controverse sur la question. En tout cas, pas des dernières gouttes qui ont arrosé le géranium du balcon. Il ne tombera pas dans le panneau, surtout si celui-ci porte les oreilles de la célèbre souris, qui est loin d'être chauve, elle. Le malin couronné s'apercevra tout de suite que Lucien cherche à le mener en bateau et par le bout du nez jusqu'aux confins du monde connu, qu'il veut lui faire prendre des vessies pour des lanternes magiques et sa pomme pour le célèbre personnage cartooné. Exit Mickey, donc ! Lucien fouille dans son coffre à déguisements, tire celui de Zorro, hésite. Rusé comme un renard, il songe à un subterfuge et inverse l'utilisation de la cape et du masque. La première sur le visage, impossible de le percer à jour à moins d'avoir l'épée qui va avec et par laquelle il signe ses exploits. Aucun risque, Lucien l'a perdue. Il soupçonne sa mémé de la lui avoir confisquée. Covid ne pourra donc pas la lui subtiliser et crever l'écran pour en avoir le cœur net et le confondre. Lucien exécute son plan, perçoit immédiatement les limites de sa stratégie. Il n'y voit plus rien, sous la cape, se retrouve à la merci des assauts du virus, incapable de les prévenir, même en criant très fort. Il change alors son fusil d'épaule, en se félicitant de ne pas l'avoir perdu, lui, de l'avoir sauvé des griffes de sa mémé. Il aurait été embêté dans le cas contraire et contraint de poursuivre dans la voie de l'obscurité pourtant vouée à l'échec. Il range l'équipement du célèbre héros, se gratte la tête, en quête d'une solution. Il y a bien le masque de fer qu'il a hérité de son grand-père, et que lui-même avait hérité du sien et ainsi de suite, en remontant jusqu'au frère jumeau de Louis XIV, mais la dernière fois qu'il l'a essayé, il a mis trois mois avant de s'en débarrasser. Il a fallu l'intervention du décapsuleur de sa mémé pour l'en libérer. Lucien, qui a conservé un très mauvais souvenir du décolletage, préfère éviter de retenter le diable et la décapitation. Il réfléchit. Quoi, alors ? Il réfléchit encore jusqu'à ce qu'une illumination lui recommande d'appeler son copain. À un défaut de prononciation près, celui-ci fera très bien l'affaire.
    — Allô ? Max ?


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  • Janka conjura Dof d’écouter Bazouf. Le vent racontait le passé et en dispensait le remède. Des poussières de la vie d’avant colportées à travers les plaines incendiées. Dans les sillons immunisés contre les regrets, Bazouf divulguait son enseignement et semait les germes de la révolte. Janka huma l’air pour s'imprégner du souffle, absorber sa ligne de force. Il dit à Dof : « laisse ton cœur rouler dans les anfractuosités afin de l’enfanter. Des horizons lavés par Bazouf, viendra la promesse d’une autre vie. » Disant cela, Janka attrapa un grain de vent, le happa, claqua sa langue dessus, le roula dans sa bouche et le cracha au visage de son ami. Bazouf, propulsé, frappa Dof pleine face, explosa en éclaboussures visqueuses. Des gouttes pénétrèrent ses orifices. Dof, colonisé par Bazouf, se jeta dans les bras de Janka, devint le vent qui fuit entre les doigts. Janka ne put le retenir. Il s’accrocha à la queue du souvenir, qui le réduisit en mirage.

    La 2ème mort de Janka


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  • Blotti au creux de mon cou, tu marques ton territoire,
    Le tour du propriétaire,
    Et prends les clés.

    Entre quatre murs, ton petit cœur murmure ; contre mon corps, bat la mesure.

    A double tour


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  • Lucien crache son veninIl va la fermer, sa bouche ! Lucien en a marre. Pitié, qu'il se taise ! Il n'en peut plus du voisin d'en face. En vis à vis sur son écran, qui n'arrête pas de la ramener sur les réseaux sociaux, qui ne peut pas s'en empêcher, c'est plus fort que lui ; conduite compulsive, il faut qu'il s'exprime, assène son avis. Expert autoproclamé, grand inquisiteur, dispensateur de mauvais points et donneur de leçons, dénonciateur et pourfendeur de bouc-émissaires, prêtre de l'indignation de comptoir et pape du Yakafaukon. Impossible de se connecter sans endurer les interventions de la grande gueule qui sait et ferait tout mieux que tout le monde. Lucien en a marre. Déjà que le confinement est difficile à supporter ; pas question d'en rajouter et de subir les cons en large ! Il décide de passer à l'action.
    Sans attestation de déplacement dérogatoire, Lucien sort de son placard. En mode commando, il remonte son couloir. Entre dans son salon. Fouille le tiroir d'une commode. En tire une feuille blanche. Opération origami. Consciencieux, il fabrique un avion en papier. Le teste. Sa portance. L'équilibre. La durée du vol. Il corrige la taille des ailerons puis, satisfait, pose l'engin sur sa table. Face à lui, il gonfle ses joues, inspire et, d'un coup d'un seul, lèvres pétaradantes, propulse des postillons à fortes charges explosives sur la carlingue. Il prend la cocotte arrosée et non moins empoisonnée et se dirige vers la fenêtre qu'il ouvre. Il repère le balcon du con, vise et, d'un bon jet, lance son bombardier. Ses missiles aéroportées planent au-dessus de la rue désertée, atteignent leur cible après quelques secondes de flottements. Mission accomplie. Lucien n'a plus qu'à attirer le con vers son balcon. Opération piège à cons. Il se connecte au réseau social, sous un faux compte annonce qu'il neige sur la page du vrai con. Réaction instantanée. Le con fâché d'avoir été devancé sur le sujet, s'empresse de relayer la fake news afin de s'en approprier la primeur et de bénéficier de son effet de surprise. Lucien attend qu'il colporte la nouvelle. Quand les premières contestations déferlent, le con se décide à vérifier l'info. Il va à son balcon, au lieu de la neige, trouve l'avion contaminé et trempe sa main dans le complot. Le voilà compromis, se réjouit à part lui Lucien, content de son coup. Sauf que : consternation ! Lucien, trop con, a omis d'au préalable contracter le virus. 


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  • Lucien se lave les mainsIl est très pointilleux sur la question. Le lavage de mains ne supporte aucun manquement. Une fois par heure, telle est la consigne. Et tant pis si son sommeil s'en trouve altéré. Il y a des devoirs qui réclament des sacrifices et imposent des priorités. Lucien, donc, à chaque fin de lavage − trente secondes bien sonnées, le lavage, et devant derrière, la paume, le dos de la main, les doigts, entre eux et jusqu'au bout des ongles – programme le suivant sur son réveil. 
    Il est deux heures trente-huit du matin, peu importe ! Lucien se dresse sur son siège, saisit son gel hydro-alcoolique, et procède à son récurage en profondeur avant de se rendormir dans son placard. À trois heures trente-huit, même opération. Et bis repetita tout au long des soixante-douze heures suivantes, jusqu'à la quatre-vingt unième où Lucien, dans un mouvement de faiblesse et de révolte contre la règle sanitaire, fracasse son réveil contre la porte. J'voudrais dormir, bordel ! se lamente-t-il, désespéré. La contrainte est trop dure. Il n'est pas à la hauteur de la situation. Et face à sa déficience, il éprouve un sentiment de honte et de culpabilité qui lui apporte un regain d'énergie ainsi qu'un sursaut de fierté. Il n'abandonnera pas le combat. Mais comment faire, maintenant qu'il n'a plus de réveil ? Dans l'état d'épuisement où il se trouve, il est incapable de veiller plus de deux minutes. Il risque fort de plonger dans les bras de Morphée et d'y rester pour une durée indéterminée, beaucoup trop longue et contraire aux recommandations hygiénistes. Il réfléchit. Trouve une solution. Lucien – il convient de le reconnaître – a des ressources insoupçonnées. Et dans sa grande ingéniosité, s'attelle à l'ouvrage. Il prend la scie qui se trouve sur l'étagère au-dessus de lui, dans le rayon bricolage du placard, en récupère la lame, dont il vérifie au préalable le tranchant. Et fixe cette dernière le long du montant ouvrant de la porte. Cela fait, il remplit une bassine de gel hydro-alcoolique, la met de côté. Tout est prêt. Il glisse ses mains dans l'encadrement de la porte de façon à ce qu'elle dépasse de l'autre côté. Il n'a plus qu'à propulser la porte coulissante contre ses poignets, sur le chambranle, à l'aide de son pied le plus agile. Il attrapera ensuite ses mains avec les dents et les déposera dans la bassine où il n'aura plus à se soucier de leur lavage. Le tour sera joué et le problème réglé. Il en met ses mains à couper : il pourra dormir tranquille. Il espère juste que l'impulsion sera assez forte pour ne pas avoir à s'y reprendre à deux fois. Que la force et Guillotin soient avec lui !


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  • tousse dans mon coude je suis un gars discipliné j'ai l'esprit civique fais où on me dit de faire me conforme aux consignes pas question de retapisser les murs je tousse fallait que ça arrive maintenant je ne voudrais pas prendre cher déjà qu'ils me lancent des éclairs alors que j'ai visé mon pull je ne me sens pas tranquille l'impression qu'ils vont sortir la grosse artillerie m'atomiser m'éparpiller par petits bouts façon puzzle comme dit Bernard ils s'écartent prennent leurs distances je ne suis pas contre ça me fait davantage de place je peux jouer des coudes ça les changera sautiller me dénouer les membres m'étirer j'ai besoin de bouger et puis ça me protège qu'ils se gardent leur virus merci sans façon je ne suis pas client chacun ses miasmes je ne voulais pas sortir bien obligé faut se ravitailler de temps en temps je tousse le nez dans mon coude je suis un gars discipliné j'ai l'esprit civique fais où on me dit de faire me conforme aux consignes pas question de disséminer à tout va les précautions élémentaires je tousse fallait que ça arrive maintenant justement maintenant et pas chez moi les autres se crispent davantage mouvement de panique encore un peu et ils perdent leurs nerfs pourvu que mon tour arrive je ne parierais pas sur leur patience je pourrai toujours leur tousser à la gueule mon moyen de dissuasion les tenir en respect l'équilibre de la terreur afin de préserver mon intégrité je regarde ailleurs je ne tiens pas à affronter leur hostilité elle vire à la haine je me concentre sur le plafond je tousse dans mon coude fallait que ça arrive maintenant et pas chez moi j'en ai plein la manche je suis un gars discipliné j'ai l'esprit civique fais où on me dit de faire me conforme aux

    p 1054 : distanciation sociale

     


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