• En 2017

     facétieux
         insolent         jubilatoire
                                          énergique
                     ému     
         énervé         créatif                 triste
                                fraternel
      gentil                            ébloui                             joyeux               optimiste
     bienveillant      iconoclaste       vivant        généreux                      curieux
            impitoyable                         drôle
       désinvolte              enthousiaste
                 révolté
                                      à bout de souffle

     

     Excellente année 2017 à tous !


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  • Les 11 fioretti de François d'Assise est un film de Roberto Rossellini. J'ai découvert, il y a peu, cette œuvre lumineuse (je me réjouis quand je pense à tout ce qu'il me reste à découvrir et de savoir que je n'en viendrai jamais à bout) et je souhaitais partager ici mon enthousiasme à travers trois plans. Juste trois plans !

    Le ciel et la terre. Le limon et l'éther. L'un et l'autre. L'un dans l'autre. Où l'un devient l'autre. Où l'un est l'autre.
    Il y a ce plan, au début, où les moines, quittant le monde institutionnalisé pour le vrai, libéré par le pape Innocent des chaînes qui les liaient à l'orthodoxie et du carcan de l'église, sous un déluge se recroquevillent contre des pierres, pans de murs délabrés. Le retour à la matrice. Le refuge au sein de la terre. Les hommes acculés se serrent, puisent leur force dans la chaleur de l'autre, la matière et la corporéité, alors que leurs visages sont englués dans le ciel, livrés aux trombes d'eau qui déferlent sur eux. Baptême, onction, purification. Le ciel leur tombe à proprement parler sur la tête. Le poids de la responsabilité qui leur échoit. Le prix de la liberté. Entre le ciel et la terre, la jonction se fait. La place est à la grâce. Un plan auquel répond un autre, à la fin du film, où dans une parfaite dialectique, symbole du chemin spirituel parcouru par Saint François et ses frères, l'on voit après qu'ils se soient fait battre et refouler par un homme auquel ils demandaient l'aumône, les corps enlisés dans la boue, avancer difficilement, alors qu'autour d'eux volent des flocons de pollen, comme des étoiles autour de leur tête. La pesanteur et la légèreté. Les personnages, malgré leurs pieds dans la glaise, semblent en suspension. Une éclatante lumière finit de les dématérialiser et d'emporter leur esprit par-delà les espaces aériens. La victoire de l'âme libre, délestée du soi, comme diraient les bouddhistes.
    Un troisième plan, central et à couper le souffle, reprend ce motif des étoiles. La séquence se déroule au milieu du film. Il s'agit de celle du lépreux, muette et tournée en nuit américaine (de jour, avec des filtres pour donner un effet de nuit). François prie au milieu de la nature, quand il entend la crécelle d'un lépreux. Il se porte à la rencontre de l'infortuné, qui semble tout droit sorti d'un film de Kurosawa, tel un de ces esprits ou protecteurs de la nature qui hantent l'œuvre du Japonais, et l'embrasse. L'un et l'autre sont gênés. On voit toute la maladresse du moine qui ne sait trop comment s'y prendre pour manifester sa compassion, son amour, sa fraternité, ainsi que la surprise du malade qui se demande s'il n'est pas tombé sur un fou, lui qui n'est pas habitué à ce genre d'effusions. François l'étreint, l'autre se méfie, s'écarte, l'observe. Il y a, comme dans tout le film, du comique, du burlesque dans cette situation. Et une indicible grâce qui se diffuse. Une grâce que décuple ce prodigieux plan qui suit, où le saint, conscient de son incapacité à soulager ses frères de la misère humaine, qui voudrait porter sur ses seules épaules toute la souffrance du monde, se laisse tomber par terre, face contre terre et prie en pleurant, au milieu d'une prairie constellée de pâquerettes éclatantes comme des étoiles. La caméra se redresse, se lève et s'arrête sur le ciel nocturne, lui, vierge de tout astre. L'inversion est réalisée. Le ciel est la terre. Où comment d'une limitation technique (un ciel en nuit américaine est dénué d'étoiles, puisque filmé en plein jour), on produit du sens et de la poésie. 

    Les nuits américaines sont sans étoile.


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  • Je profite de l'arrêt 6 de la visite guidée du bunker, devant le Nosferatu de Murnau, pour reprendre sur ces pages les mots que j'en disais sur mon vieux blog, Mon blog à Montbé : 

    "L'occasion de renouer avec ma fibre cinéphilique et de m'arrêter sur cette œuvre fascinante, emblématique de ce courant artistique des années 20 et 30, l'expressionnisme allemand. Si elle s'en démarque par ses séquences tournées en décor naturel et dont beaucoup rappellent la beauté de cette nature, paradis perdu ou jardin défendu, que le réalisateur exaltera notamment dans cet autre film majeur qu'est L'aurore, et qui ne sont pas sans évoquer le cinéma ultérieur d'un Malick, elle ne s'en inscrit pas moins dans ce mouvement esthétique. On en retrouve en effet les traits caractéristiques : l'interprétation torturée des acteurs (visages et corps), les décors gothiques et tout en encoignures (échos visuels des silhouettes et des traits anguleux de Nosferatu et d'Ellen, qui contrastent avec le physique plus bonhomme de l'amoureux un peu benêt (Hutter), situé, en opposition, du côté de la vie, du jour et du monde réel), les effets de clair-obscur avec ses jeux de lumières et d'ombres dont certaines gigantesques se déploient comme une toile d'araignée ou comme les tentacules de cette plante vorace que le professeur et ami du couple expose aux regards d'une assistance médusée, les éclairages changeants sur les mêmes objets qui leur confèrent une étrangeté et qui abolissent les frontières temporelles (les nuits plus claires que les jours, les crépuscules et les aurores), les décadrages surprenants souvent dus à des contre-plongées qui contribuent à instaurer une atmosphère lourde et à traduire l'inéluctabilité du destin, que symbolise, dans cette scène à couper le souffle, le vaisseau fantôme lorsque faisant irruption à la droite du cadre et en contre-plongée, il arrive dans le port hanséatique. Le film regorge d'images, de séquences, qui frappent les imaginaires et les mémoires (et les successeurs de Murnau ne s'y sont pas trompés qui s'en sont largement inspirés) dont celle-ci, époustouflante, qui voit errer Nosferatu dans la ville portant son cercueil sur l'épaule, Nosferatu incarné ou plutôt désincarné par un Max Schreck extraordinaire, cadavérique et charismatique à souhait, dont le fantôme plane sur toute l’œuvre et sur les rêves non seulement des protagonistes mais aussi des spectateurs.

    L'on pourrait s'étendre, analyser et commenter pendant des heures aussi bien le fond (et donner des interprétations psychanalytiques, symboliques, politiques...) que la forme... relater les influences, la portée du film dans l'histoire du cinéma. L'on pourrait aussi dire de quelle façon subtile Murnau décline le thème du bouc-émissaire, dont il fait porter successivement la charge à chacun de ses personnages, et comment, en écho au M, le maudit de Lang, il dévoile les mécanismes de ce phénomène social et culturel qu'a si longuement décrit René Girard. Oui, l'on pourrait et davantage encore. L'on se contentera, cependant, de raconter le corps tortueux de Nosferatu et l'expression perdue, presque triste, de son visage, de ses yeux, lorsque les premiers rayons d'un soleil salvateur s'infiltrent dans la chambre d'Ellen, où, le piégeant, elle s'est offerte."

    Le Nosferatu de WF Murnau


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