• Visite guidée du Bunker (2) : Vénus et Lucien de Samosate

     Le bunker, troisième témoignage chez Jacques Flament Editions

     

       Aphrodite Braschi, du type de l'Aphrodite
    de Cnide attribuée à Praxitèle.
    (Et en cliquant, une Vénus d'Arman dont Lucienne
    ignorait l'existence mais qui aurait pu l'inspirer)

    Visite guidée du Bunker : étape n°2

     

    Les amours de Lucien de Samosate (extrait) : 

    "Quand notre admiration satisfaite se fut un peu refroidie, nous aperçûmes, sur l'une des cuisses de la statue, une tache semblable à celle d'un vêtement. La blancheur éclatante du marbre faisait ressortir encore plus ce défaut. D'abord, je me figurai, avec quelque vraisemblance, que ce que nous voyions était naturel à la pierre. Les plus belles pièces ne sont point à l'abri de ce défaut, et souvent un accident nuit à la beauté d'œuvres qui, sans cela, seraient parfaites. Croyant donc que cette tache noire était un défaut naturel, j'admirai l'art de Praxitèle, qui avait su dissimuler cette difformité du marbre dans l'endroit où l'on pouvait le moins l'apercevoir. Mais la prêtresse qui nous accompagnait nous détrompa en nous racontant une histoire étrange et vraiment incroyable : "Un jeune homme, d'une famille distinguée, nous dit-elle, mais dont le crime a fait taire le nom, venait fréquemment dans ce temple ; un mauvais génie le rendit éperdument amoureux de la déesse. Comme il passait ici des journées entières, on attribua d'abord sa conduite à une vénération superstitieuse. En effet, dès la pointe du jour, avant le lever de l'aurore, il accourait en cet endroit et ne retournait à sa demeure que malgré lui et longtemps après le coucher du soleil. Durant tout le jour, il se tenait assis vis-à-vis de la déesse.  Ses regards étaient continuellement fixés sur elle.  Il murmurait tout bas je ne sais quoi de tendre, et lui adressait en secret des plaintes amoureuses.
    Voulait-il donner le change à sa passion, il disait quelques mots à la statue, comptait sur une table quatre osselets de gazelle, et faisait dépendre son destin du hasard. S'il réussissait, si surtout il amenait le coup de Vénus; aucun dé ne tombant dans la même position, il se mettait à adorer son idole, persuadé qu'il jouirait bientôt de l'objet de ses désirs. Mais si, au contraire, ce qui n'arrive que trop souvent, le coup était mauvais, et si les dés tombaient dans une position défavorable, il maudissait Cnide entière, s'imaginant éprouver un mal affreux et sans remède.  Puis, bientôt après, reprenant les dés, il essayait, par un autre coup, de corriger son infortune. Déjà, la passion l'irritant de plus en plus, il en avait gravé des témoignages sur toutes les murailles.  L'écorce délicate de chaque arbre était devenue comme un héraut proclamant la beauté de Vénus. Il honorait Praxitèle à l'égal même de Jupiter. Tout ce qu'il possédait de précieux chez lui, il le donnait en offrande à la déesse. Enfin la violence de sa passion dégénéra en frénésie, et son audace lui procura les moyens de la satisfaire. Un jour, vers le coucher du soleil, à l'insu des assistants, il se glisse derrière la porte, et, se cachant dans l'endroit le plus enfoncé, il y demeure immobile et respirant à peine. Les prêtresses, suivant l'usage, tirent du dehors la porte sur elles, et le nouvel Anchise est enfermé dans le temple. Qu'est-il besoin de vous dire le crime que cette nuit vit éclore ? Ni personne ni moi ne pourrais l'essayer. Le lendemain on découvrit des vestiges de ses embrassements amoureux, et la déesse portait cette tache comme un témoin de l'outrage qu'elle avait subi. À l'égard du jeune homme, l'opinion commune est qu'il se précipita contre des rochers ou qu'il s'élança dans la mer.  Le fait est qu'il disparut pour toujours."
    La prêtresse parlait encore, que Chariclès, l'interrompant, s'écria : "Une femme se fait donc aimer, même lorsqu'elle est de pierre ? Eh ! que serait-ce, si l'on voyait vivante une beauté si parfaite ? Ne préférerait-on pas une seule de ses nuits au sceptre de Jupiter ?" Alors Callicratidas se mettant à sourire : "Nous ne savons pas encore, Chariclès, dit-il, si, en arrivant à Thespies, nous n'apprendrons pas une foule d'histoires semblables. En attendant, ceci est une preuve manifeste, qui dépose contre la Vénus que tu préfères. - Comment donc ?" repartit Chariclès. Callicratidas lui répondit avec assez de raison, ce me semble : "Ce jeune homme amoureux, dit-il, avait le loisir d'une nuit entière et pleine liberté pour satisfaire complètement sa passion ; cependant il s'est approché de la statue à la manière philopédique, et il eût voulu, je pense, ne point trouver de femme de l'autre côté. " Quelques propos semblables, jetés au hasard et sans ordre, ayant soulevé une dispute assez vive : "Mes bons amis, leur dis-je, pour apaiser la querelle, traitez donc la question avec plus de méthode, comme il convient entre gens instruits. Cessez une discussion qui, n'étant point réglée, ne finirait jamais, et que chacun de vous, à tour de rôle, soutienne son opinion. Il n'est pas encore temps de retourner au vaisseau. Profitons de ce loisir pour nous livrer à la gaieté et à une recherche, qui peut joindre l'utilité au plaisir. Sortons donc du temple, allons nous asseoir dans quelqu'une des salles de festin et là nous pourrons, à notre aise, écouter et dire tout ce qu'il nous plaira. Souvenez-vous seulement que celui qui sera vaincu en ce jour ne doit plus, par la suite, revenir à la charge sur de pareils objets.""

    Le texte complet, ici !


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