• Lucien n'a pas froid aux yeux

    Lucien n'a pas froid aux yeux

    Lucien n'a pas froid aux yeux sauf quand il neige. Dans ces cas-là, il prend des précautions. Il se rend dans la première pharmacie venue – il évite la deuxième, elle est plus loin. Quant à la troisième, n'y pensons même pas – et demande :
    — Je voudrais prendre des précautions, s'il vous plaît.
    La pharmacienne le considère. Car il s'agit d'une pharmacienne. Le pharmacien est absent. Sans doute qu'il a attrapé froid aux yeux. Quand on voit la pharmacienne, on comprend pourquoi. L'armoire à glaces n'a pas l'air commode. Elle a du coffre et de quoi vous glacer les sangs, l’œil par la même occasion et dans le même jet de canon à neige.
    — Quel genre de précautions ? s'enquiert-elle pour briser la glace, bien qu'elle n'ait aucun pic à disposition.
    Lucien  regarde autour de lui. Il y a tellement de précautions sur les étalages qu'il ne sait plus où donner de la tête. Il lui en faudrait une qui le protège des attaques hivernales et le maintienne dans ses dispositions combatives.
    — C'est pour pas avoir froid aux yeux.
    Un genre de fortifiant qui lui redonnerait du poil de la bête, un surcroît de pilosité, une prolifération de sourcils, soyons fous. Histoire d'affronter les frimas et les pénuries de vaillance. 
    — Pourquoi ? Vous n'avez pas d'estomac ?
    Lucien, qui n'avait pas songé à ça, vacille sous l'hypothèse. Il se tâte le ventre à la place où il devrait être, s'éponge le front.
    — Euh, si, je crois.
    Il n'en est plus très sûr. Peut-être que quand on a froid aux yeux, on n'a pas d'estomac. 
    — En revanche, vous avez sans doutes les foies.
    Il va vérifier. Du bout du doigt, s'il a multiplié les foies. Peine à se faire une idée. Les voies sont impénétrables. 
    — Faut pas se faire de mauvais sang, s'esclaffe-t-elle. 
    Il ne manquerait plus que ça. Du coup, il s'en fait un d'encre et elle, des gorges chaudes. Mais sauf à coller sa figure dans son giron – ce qu'il n'ose pas – il n'y a là, pas de quoi réchauffer ses mirettes. Lucien s'impatiente.
    — Pour mes yeux, alors ?
    — À part faire l'autruche, je ne vois pas.
    Comme il n'y a pas de sable et que mettre la tête sous la neige s’avérerait contre-productif, elle lui propose un masque de sommeil. Lucien, illico, l'achète, le déballe et le met sur ses yeux. Soulagé, il repart. Et l'admet : ainsi couvert, il a moins froid aux yeux. L'embêtant, aïe, ce sont les effets secondaires aïe et les bleus aïe les bosses aïe qu'on attrape avec. Aaaaïïïe ! 


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