• Lucien empêché

    Lucien empêché

    Depuis que Lucien donne son avis, il prête le flanc à la critique. On peut certes lui reprocher sa générosité à géométrie variable, ses fluctuations selon qu'elle concerne son avis ou son flanc. S'il renonce volontiers au premier, il tient à récupérer le second. À sa décharge, il est plus facile de retrouver un avis qu'un flanc. Sauf à vivre à la montagne ou en terrain escarpé, et encore, il est parfois glissant. Il peut facilement nous échapper. En plus de prêter le flanc, on perd pied et l'on se retrouve les quatre pattes en l'air. Lucien se méfie de la critique. Sous le prétexte qu'elle est souvent gratuite, elle s'autorise des privautés. S'il n'y prend garde, elle s'appropriera son flanc et le laissera comme deux ronds, justement, des ronds de flan. Et ça ne lui dit rien, à Lucien, parce que bof, un rond de flan, ça ne fait pas trop rêver ; et pas plus deux qu'un. Il la surveille, donc. Il la garde à l’œil et en ligne de mire. Il s’assoirait bien dessus aussi, le meilleur moyen de se prémunir contre ses inclinations. À portée de main et sous ses fesses, il la tiendrait sous sa coupe et lui ferait battre la sienne, de coulpe. Si bien que la critique serait obligée de le lui rendre, son flanc, au bout d'un moment. Parce que Lucien a beau faire du sport et réduire les sucreries, il pèse toute de même son poids et celui de ses vêtements, ce qui n'est pas rien. Elle étoufferait, rendrait gorge, sauf que Lucien, sa gorge, ça ne lui dit rien ; il préfère son flanc à lui à sa gorge à elle. Il en a déjà une opérationnelle, merci pour elle, qu'il n'a pas l'intention de remplacer même si parfois elle gratte un peu. Alors il insisterait et la critique n'aurait d'autre choix que de le concéder. Déjà qu'il donne son avis, il ne faut pas abuser. Il trouve la critique exagérée. On lui cède ça, elle réclame ça. Elle n'en a jamais assez. À bien y penser, ça le révolte, Lucien, toute cette avidité. Il est bonne pâte, bonne poire aussi, il l'admet, et l'ensemble fait une bonne tarte, mais il ne faut pas pousser Lucien dans les orties. Ça pique ! D'autant qu'il n'est pas une mémé. Il y a des limites à ne pas franchir et des côtes, aussi pentues que son flanc soient-elles, à ne pas gravir. L'histoire d'Adam le confirme : une côte en moins et hop, ceinture, on doit s'astreindre à un régime alimentaire serré, une pomme pour menu. Bonjour l'enfer ! Surtout que la contradiction a tôt fait de se manifester et de solliciter son dû, elle aussi. Elle revendique sa part de flanc. Si bien qu'à la fin, l'on ne sait plus où donner de la tête. Au point de la perdre, sa tête, et ses nerfs avec. Et le voilà dépouillé. Il ne manquerait plus qu'on lui demande sa parole, aussi, alors même qu'il l'a déjà libérée. Il ne lui resterait qu'à se taire. Et à garder son avis pour lui. Voilà comment on coupe les élans de générosité des gens ! Vraiment : quel gâchis !


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