• Le Victor Hugo de Ousmane Sow

    Le Victor Hugo de Ousmane SowLe bronze géant se dresse sur le parvis des droits de l'homme, devant l'hôtel de ville de Besançon. La sculpture monumentale représente Victor Hugo en habits de Jean Valjean, consultant sa montre de gousset. Le clin d’œil à la vieille tradition horlogère de la cité est fortuit néanmoins heureux, puisque la sculpture a été commandée non par la commune mais par Médecins du monde, en refus de la misère et de l'exclusion.
    Le sculpteur revendique son admiration pour l'écrivain et leur ressemblance frappe tant que l'on ne peut s'empêcher de songer à un autoportrait de l'artiste. Victor Hugo est représenté à l'âge où il est sûr de son autorité, de son art, de son influence, et une force tranquille (pour reprendre une expression éculée) émane de lui. L'homme convaincu de sa propre grandeur, regarde sa montre. On le sent maître du temps, et quelque peu avare du sien, plus précieux que celui des autres. L'on est surpris en apprenant qu'il est en guenilles, tant le costume qu'il a revêtu rappellerait plutôt celui d'un bourgeois, bourgeois qu'il était, avec sa veste, son gilet, sa chemise et cette montre de gousset, costume que l'on devine alors, conformément aux intentions explicitées, élimé, usé jusqu'à la corde (et la veste, à y regarder de près, semble en effet bien défraîchie) même si ça n'est pas évident... Il faut se rabattre sur les grosses chaussures et l'absence de chapeau pour trouver des signes tangibles de l'indigence exprimée, plus que sur la rugosité et les aspérités de la surface, assez caractéristiques du style de Sow et donc, en l'occurrence, peu significatifs.
    Ainsi, l'on est troublé. L'artiste en guenilles supposées a plutôt des allures de notable ; la posture et la tenue (quoiqu'on en dise) traduisent sa haute position sociale et la conscience qu'il avait de son rang. Et l'on s'étonne que l’œuvre puisse être emblématique d'une réaction contre la pauvreté. Une contradiction et une opposition, qui tiendraient s'il était question d'un autre nanti que Hugo. L'écrivain a en effet vécu dans l'aisance et l'on connaît son goût pour le confort (jusque dans l'exil) ; personne, pourtant, n'a écrit manifeste plus puissant contre la misère. De sorte que l'ambivalence ressentie devant la statue, l'écart entre bourgeoisie et quart-monde, comblé par la figure universelle et compassionnelle du grand homme, procurent à l’œuvre de Sow une force fédératrice, propre à remuer tous les cœurs, et exhortent le passant à davantage de fraternité. L'on se dit alors, sur les pas de Hugo et de Sow : « Hommes et femmes de bonne volonté, de tous pays et de toutes conditions, unissons-nous ! »


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  • Commentaires

    1
    Laurine
    Jeudi 4 Juin 2015 à 16:05

    Effectivement, quelle tension emblématique! Je ne connaissais pas cette sculpture et suis ravie de la découvrir dans ce qu'elle laisse échapper. Où peut-on lire ces fameuses "intentions explicitées"? Merci pour cette jolie exégèse!

    2
    Jeudi 4 Juin 2015 à 18:35

    Merci Laurine !!!

    Les intentions et la genèse de l'oeuvre sont décrites sur un petit panonceau au pied de la sculpture à Besançon. wink2 Où il est dit, entre autres, et afin d'incarner la Misère et son refus, que Victor Hugo est représenté en un Jean Valjean en guenilles. Ce qui ne m'a pas sauté aux yeux... Au premier abord, je voyais plus Ousmane Sow en Victor Hugo en Jean Valjean en M Madeleine en...

    smile 

     

    3
    Laurine
    Vendredi 5 Juin 2015 à 22:34

    ... vertige des métalepses... cool

     

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