• au tour de la chaussette jaune d'être trouée c'est triste mais il faut se rendre à l'évidence se résigner et accepter son sort je n'ai pas le choix mon gros orteil que ça lui plaise ou non est condamné à s'exhiber il se rétracte tente de tirer à lui les mailles en bordure pousse ses frères dans leurs retranchements afin qu'ils lui cèdent un peu de terrain à l'abri des courants d'air la démarche est vaine ils ont beau être unis comme les doigts du pied quand il n'y a plus de place il n'y a plus de place le pouce n'a qu'à assumer son air bête révélé au grand jour et supporter l'impudeur qui lui est imposée il n'est pas fier le pauvre je sais à quel point cette exposition lui coûte qui préfère la discrétion passer inaperçu et vivre caché pour vivre heureux il se sent vraiment idiot là à travers le trou de la chaussette jaune je compatis comprends son désarroi sa situation est délicate c'est ainsi je n'y peux rien du moins pas pour le moment il devra vaincre sa timidité et affronter le ridicule les regards en biais les sourires narquois vivement que j'enfile ma chaussure espère-t-il qu'il souffle un peu retrouve un chouia d'intimité je sais ce qu'il pense que je pourrais enlever la chaussette la remplacer ou la remiser ce serait sympa faut pas rêver non plus j'ai d'autres priorités que de combler le trou j'ai des responsabilités je le lui explique inutile d'insister de me faire l'ongle doux il n'en est pas question et puis n'exagérons rien ce n'est pas si grave pas de quoi m'obliger à prendre une aiguille et du fil il y a des limites déjà que le lecteur s'ennuie je ne vais pas en plus lui infliger une séance de raccommodage avec le bout du fil à effiler dans la bouche puis à introduire dans le chas à essayer réessayer me voilà contraint d'enlever mes lunettes parce que je peine à y voir le fil m'échappe me glisse des doigts où est-il je l'avoue je ne suis pas très habile de mes mains et les travaux minutieux me portent sur les nerfs d'autant que moi aussi je vieillis à l'instar de la chaussette jaune elle c'est le trou moi c'est presbyte et des cheveux blancs et des rides alors 

    l'heure de la chaussette jaune


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  • non tu ne t'ennuieras pas non tu ne t'ennuieras pas non tu ne t'ennuieras pas non tu ne t'ennuieras pas non tu ne t'ennuie-

    Mantra 

    Concentre-toi cinq minutes sur les points colorés et cligne des yeux trois fois.

    Alors ? C'était bien ?

     


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  • sais pas comment j'ai pu l'oublier j'y ai pensé pourtant faut que je prenne mon parapluie il va pleuvoir et je pars sors et merde il pleut c'est pas de chance je n'ai pas emporté mon parapluie l'ai laissé chez moi alors que j'avais prévu de l'emmener ben oui je m'étais dit il va pleuvoir je prends mon parapluie et puis j'enfile mon manteau me mouche parce que j'étais un peu bouché ouvre la porte franchis le seuil descends quitte l'immeuble et merde il pleut trente pages que ça dure et j'ai pas mon parapluie avec moi je l'ai oublié dans le feu de l'action malgré ma préparation psychologique je le voyais bien qu'il allait pleuvoir dans ces cas-là mieux vaut sortir couvert le parapluie est tout indiqué dans ces circonstances je me prépare prends mon manteau je verrouille la porte me dirige vers le hall d'entrée me voilà dans la rue et merde il pleut


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  • merde il pleut et évidemment je n'ai pas emporté mon parapluie j'y ai pensé pourtant il faudrait que je prenne mon parapluie on dirait qu'il va pleuvoir je me souviens je me suis fait la remarque mais je ne sais pas pourquoi je ne l'ai pas pris sans doute que ça m'est sorti de l'esprit je suis passé à autre chose comme de me dire qu'il était moins vingt qu'il fallait y aller j'ai éteint la lumière dans la chambre de la petite suis allé chercher un mouchoir parce que je reniflais et qu'il valait mieux intervenir tout de suite c'est plus pratique à la maison la poubelle n'est pas loin j'ai sorti mes clés et puis j'ai débarrassé le plancher fermé la porte descendu l'escalier de l'immeuble traversé le hall d'entrée et merde il pleut et j'ai pas mon parapluie avec moi vu que je l'ai laissé là-haut c'est bête alors que justement je m'étais dit qu'il fallait le prendre qu'il pleuvrait à coup sûr que je n'y couperais pas mon attention a été détournée j'ai enfilé mon manteau me suis mouché ou alors je me suis mouché et après j'ai enfilé mon manteau et sans plus me poser de questions je suis parti c'est comme ça que je quitte l'immeuble je me retrouve dehors et merde il pleut c'est ballot d'oublier le parapluie alors que justement je me


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  • tout droit, montez, tout droit, descendez, à droite, à droite, sautez, traversez, montez, à gauche, à droite et à droite, à gauche, gauche, descendez, descendez toujours, à droite, tout droit, traversez, sautez, souriez vous êtes filmé, à droite, à gauche, gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite, gauche, une deux une deux une deux trois, halte, respirez, vous pouvez y aller c'est tout droit, à gauche, gauche, descendez, à droite, tout droit, tournez, plongez, à droite, montez, déshabillez-vous, tout droit, gauche, souquez, à mon signal, partez, tout droit, gauche, gauche, droite, gauche, droite, droite, attention à la marche, à droite, sautez, rampez, cachez ce sein, montez, au pas, au pas, au trot, au galop, au galop, à droite, sur le bidet, tout droit et à gauche, gauche, gauche, gauche, gauche, tournez, tournicotez, à droite, une deux une deux cinq, à droite, courez, volez, descendez, sur les mains, sur la tête, sur le dos, à genoux, prêt, feu, fuyez, à

    "Escher's Relativity". Licensed under Fair use via Wikipedia


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  • yaourts bio je me penche en quête de la date de péremption le 20 ça ira je saisis le pack de 12 le glisse dans mon caddy saisis un deuxième le pose par-dessus douze et douze font vingt-quatre il faut bien ça à la vitesse où les enfants les engloutissent dans la famille on en consomme des laitages à tel point que je me demande si je ne devrais pas en rajouter mais après le réfrigérateur déborde impossible d'en stocker en quantités raisonnables je serai obligé de revenir je suis habitué je me dirige vers les petits suisses et les fromages frais me tâte que choisir faisselle ou blanc la dernière fois c'était faisselle je crois j'opte pour blanc histoire d'alterner je m'apprête à prendre le pot quand derrière moi on s'excuse pardon pardon je me retourne une employée avec son chariot voudrait la place pour se débarrasser de son arrivage et réapprovisionner les présentoirs je me pousse bien obligé en prenant toutefois au passage le fromage blanc celui qui est onctueux d'après l'emballage parce que sinon je ne sais pas quand j'y aurai accès le lecteur s'emmerde faut que je fasse quelque chose je change de bord longe le rayon des fromages industriels et là je tombe sur Jenny le grand amour de mes trois ans un bail que je ne l'ai pas vue quarante ans ça fait à l'époque je vivais à Nouakchott c'est en Patagonie pour ceux qui s'interrogent et qui sont nuls en géographie et je la retrouve au super U de Montbéliard le lecteur est content ça c'est de l'événement je la considère elle a un peu changé forcément elle a grandi mais bon je la reconnais je n'en reviens pas de la retrouver là au milieu des produits frais et pasteurisés on se tombe dans les bras on s'embrasse on roule sur les sachets d'emmental pour faire l'amour faut fêter ça le lecteur applaudit c'est pas tout le temps qu'il se passe des trucs au Super U de Montbéliard du coup il se dit qu'il reviendra je fourre mon nez dans le cou de Jenny je trouve qu'elle sent un peu le fromage quand derrière moi on s'excuse hum on ne peut jamais être tranquille un monsieur voudrait accéder au parmesan je recule un peu et me demande si je dois prendre un sachet de 100 g ou de 200 g je réfléchis 200 g serait sans doute plus approprié et puis soyons fou je jette mon dévolu sur le parmesan norvégien faut vivre dangereusement les enfants ne seront pas d'accord ils tiennent à leur emmental en cellophane avec les pâtes c'est meilleur


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  •  Vous reprendrez bien un peu de soupe ?

    Serial Soup

    Andy Warhol - Campbell's soup cans (MOMA)

    soupe à l'oignon soupe aux poireaux soupe au chou soupe à l'oseille soupe de potiron soupe de châtaignes soupe de potiron aux châtaignes soupe de cresson velouté de lentilles soupe refaite velouté de céleri rave velouté de céleri rave au roquefort et à la ciboulette soupe à la tomate soupe de concombre bouillon de poule soupe de brocolis potage de poireaux aux pois chiches soupe de potiron au lard potage aux châtaignes minestrone soupe aux zitoires crème de carotte au lait de coco soupe aux asperges soupe aux épinards gratinée d'oignon lyonnaise soupe de haricots coco velouté de céleri au cresson et lard potage de lentilles à la coriandre soupe aux radis soupe à la grimace velouté d'artichaut au foie gras soupe de brocolis à la patate douce et à la harissa potage de petits pois soupe au dessatan soupe de panais et de topinambours soupe vermicelle bouillabaisse potage alsacien à la bière soupe au lait potage aux haricots à la niçoise soupe à l'ail soupe à


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  • page 162 - du lourd

    Le lecteur s'ennuie et parfois il s'emmerde à un point que ça en est ahurissant, "ahurissant" dans tous les sens du terme. La mort de Virgile est un roman génial !

    "la créature animale ; le cycle du symbolisme se referme là où n'existe aucune connexion dans l'incréé, là où les sphères se pénètrent, le vide éloignement des âges se renverse en un vide grimacement d'animal obsédant la vue comme si l'image consciente de la solitude originelle avait été transmise à travers tout le cycle infini des images, de reflet en reflet, pour se dévoiler au terme de tous les termes, dans l'absence d'images, jusqu'à apparaître dans sa suprême nudité ; et dans ce dévoilement, dans cette irruption sourdement grondante de la non-création et de sa solitude, éclatant avec toute la méchanceté qui se traduit dans le vide grimacement animal, dont l'agressivité se dissipe au hasard, dans cette irruption apparaissait la malédiction qu'on pressent derrière tout ce qui est créé et non-créé, derrière la pré-création et derrière tous les lointains solitaires, le pressentiment menaçant éclaté dans la malédiction de la mort fantômale, apportant la révélation, grosse d'inquiétude, que tous les chemins qui mènent au bouleversement des choses, à leur rigidité, comme ceux qui mènent au jeu et à l'ivresse, aboutissent inéluctablement à l'animalité ; que tous les chemins de la beauté, inéluctablement, aboutissent à l'horreur grimaçante. Et sur le toit du sépulcre, qui avait voulu transfigurer la"

    Et ça dure, et ça dure. Y'a pas à dire, La mort de Virgile, de Hermann Broch, c'est du lourd, c'est l'ennui du lecteur porté à sa quintessence, un châtiment infligé digne du dernier cercle des enfers :
    « Et à la fin, tu reprendras au début. 
    — Noooonnn ! Pitié ! Pas ça !
    — Si. »


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  • Sur le thème, ma fille s'est amusée... s'est juste amusée, insiste-t-elle. Cela restera donc entre nous.

    Illustration

     


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  • "le lecteur s'ennuie", tel est le titre de ma nouvelle rubrique inspirée du récent projet de l'éditeur Jacques Flament, grand agitateur d'idées devant l'éternel, dont voici le propos : "globalement, les gens s'emmerdent énormément". La phrase en exergue se pose là en point de ralliement pour l'édification d'un ouvrage encyclopédique sur l'ennui dans ses grandes largeurs. JFE appelle toutes les bonnes volontés à participer et ouvre ses portes aux contributeurs les plus variés pourvu qu'ils répondent à quelques contraintes très limitées. 

    Pour tout savoir du projet, se rendre ici !
    Et quelques précisions supplémentaires de l'éditeur :

    "- format A4 PDF finalisé par le contributeur ;
    - noir et blanc (pas de couleur) ;
    - carte blanche sur le sujet.
    Dessinateurs, détourneurs d'images, peintres, photographes, auteurs, polémistes, pamphlétaires, que vous soyez des jouisseurs de l'ennui ou imperméables ou incrédules face à ce sentiment, manifestez-vous, exprimez-vous…
    Ce premier sujet s'inscrit comme une première étape d'une série de recueils thématiques autour de grands sujets de société que je voudrais mettre à jour. Et de son succès dépendra évidemment la suite de ce projet.
    Autrement, je remiserai mes prétentions encyclopédiques collectives au vestiaire et mes initiatives futures en veilleuse, comme il se devra par la force des choses !
    Vous connaissez des amis qui sont passionnés par le sentiment de l'ennui ou vous l'êtes personnellement ?
    Partagez ou envoyez vos contributions à : jfe.globalement@gmail.com
    Dead-line : 15 novembre 2015 !"

    J'ai envoyé mon petit texte et me suis pris au jeu. Sur ma lancée, j'ai conçu une nouvelle rubrique pour ce blog, rubrique dans laquelle s'inscrit ce petit préambule et auquel s'ajoutera très bientôt une première facétie.

    À suivre...


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