• La Chambre rouge de l'hôtel Sacher

    Marie Pontacq est une La chambre rouge de l'hôtel Sacherexcellente nouvelliste, elle est aussi une romancière de premier plan. Il suffit de lire ce roman pour s'en convaincre.

    – Ce devait être difficile de l'aimer.
    – Très difficile. C'est toujours difficile d'aimer une tombe.
    Ainsi commence ce magnifique texte tendu entre deux mondes, entre Prague et la maison dans les landes, le présent et le passé, la fille et la mère, la lumière et l'ombre. Un texte porté par la quête d'amour, d'identité de la narratrice ; une quête animale, éperdue, où l'enfant sauvage, rejeté, ignoré, nié, aura le silence pour refuge et la nature pour alliée, matrice et complice, nature d'où surgira un homme, le seul avec sa sœur, à lui offrir la possibilité d'une île. Marie Pontacq a un talent fou pour faire parler le vent, la mer et les arbres, bruisser la nuit et personnifier la forêt, des lignes frémissantes de vie qui s'opposent à la présence ou plutôt à l'absence coupante de la mère qui apparaît, en regard, désincarnée et figée dans le marbre de la statue qu'elle s'est, à sa gloire et en rempart, dressée ; une absence contre laquelle la narratrice se cognera encore et jusque dans la vieille cité tchèque, enlisée dans les sables d'un passé mouvant.
    Le lecteur est saisi, troublé, gagné par un sentiment d'oppression, de malaise et bouleversé... notamment par la fin, admirable, la fin qui finit de trouer le cœur et qui renvoie aux deux phrases du début (ce devait être difficile de l'aimer...). Où l'on se demande qui parle, et de qui...
    Le roman figure dans le dernier trio pour le prix Alain-Fournier et c'est amplement mérité !

    La chambre rouge de l'hôtel Sacher, de Marie Pontacq, chez Jacques Flament éditions.


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  • Commentaires

    1
    Lundi 18 Avril 2016 à 10:41

    Je vais commander ce roman de ce pas. J'aime en effet la délicatesse d'écriture de Marie. J'ai beaucoup aimé sa nouvelle "Entre deux fêtes" publiée dans le dernier Encrier renversé. Son écriture tranche avec d'autres plus prosaïques et beaucoup moins sensibles. Mais la subtilité parle-t-elle encore aux lecteurs actuels ?

    2
    Moïra
    Lundi 18 Avril 2016 à 11:11

    Superbe critique en tout cas!

    Merci, Benoît.

    3
    Lundi 18 Avril 2016 à 21:52

    Merci à toi, pour ce beau moment de lecture ! 

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