• Jury "Nouveau Monde" : petit bilan d'étape

    Jury "Nouveau Monde" : petit bilan d'étape

    Après une première lecture globale et attentive et pendant mon réexamen des textes, je prends le temps d'un premier bilan sur cette expérience de juré au sein d'un concours littéraire.

    Une soixantaine de nouvelles à lire, dans le registre de la SFFF et beaucoup de diversité. Des écritures maîtrisées qui côtoient de plus balbutiantes. Des récits structurés qui alternent avec de moins convaincants.
    Voici quelques observations qui n'engagent que moi, reflets de mon ressenti à la lecture des textes. Très subjectif, donc...

    1ère observation : la correction de la langue est vite devenu un critère primordial, ou plutôt un minimum requis (et je ne parle pas de coquilles ou de fautes oubliées, vite pardonnées...). Je me suis dit à la lecture de rares textes que l'auteur aurait pu se relire ou se faire relire... par simple respect pour le lecteur ! Et sans aller dans ces cas extrêmes, il s'est vite avéré que l'auteur sûr de sa forme avait un indéniable avantage sur son concurrent plus approximatif ou maladroit et ce, quelle que soit la qualité de l'histoire du second.
    2ème observation : comme je suis paresseux, la brièveté du texte constitue, a priori, un plus pour son auteur. Sauf que certains textes courts m'ont semblé plus fastidieux et rébarbatifs que des plus longs... Et cette réflexion me conduit à une autre : certains auteurs, peu nombreux, n'écrivent que pour se faire plaisir (le syndrome de Narcisse). Pourquoi pas ? Mais alors, mieux vaut garder ses textes pour soi et ne pas les soumettre à un lectorat...
    3ème observation : j'aime quand la forme s'accorde avec le fond. Une écriture classique, sans fioriture, pour un récit qui s'inscrit lui-même dans un certain classicisme ; ou une écriture exubérante pour un sujet, ou une histoire, un peu déjanté... Parfois, il est vrai, un contraste entre la forme et le fond provoque un décalage intéressant mais il convient que cela soit conscient, justifié et assumé... Si ce n'est pas le cas, il y a comme un hiatus.
    4ème observation : les styles proposés sont pour la plupart "sages" et plutôt classiques. Peu d'écritures baroques, inventives ou d'extravagances formelles. Il est vrai que parmi ceux qui s'y sont essayé, guère ont été convaincants. S'éloigner de la norme requiert une maîtrise encore plus affirmée de la langue.
    5ème observation : il me semble que pour une nouvelle, la règle de l'unité d'action est difficilement contournable, plus difficilement, en tout cas, que celles de l'unité de temps et de l'unité de lieu.
    6ème observation : des récits qui démarrent très bien s'enlisent, d'autres ne deviennent intéressants que dans les dernières lignes. Quelques excellents textes captivent du début à la fin.
    7ème observation : surtout pour une nouvelle, il convient d'éviter les descriptions trop longues surtout si celles-ci ne servent pas directement l'intrigue. Et dans le même ordre d'idée, l'étalage de ses connaissances sur un sujet donné est assez rebutant. On n'est pas obligé de balancer toutes ses infos ou tout son vocabulaire (inventé ou non) sur un sujet. Vouloir en mettre plein la vue se révèle souvent contre-productif. Il ne s'agit pas, là, d'un exposé.
    8ème observation : une situation de départ complexe ne s'accorde pas avec une résolution (trop) simpliste.
    9ème observation : je l'avoue, je préfère le fantastique et la science-fiction à la fantasy. Les auteurs de fantasy avaient donc, en ce qui me concerne, un handicap de départ. Certains s'en sont pourtant fort bien tirés !
    10ème observation : des auteurs veulent montrer qu'ils sont intelligents et prennent des postures. Cela agace, surtout quand le discours, les considérations (sur l'humanité, la science...) emperlent les poncifs et ne sont pas à la hauteur des ambitions. Du coup l'auteur intelligent paraît surtout imbu de lui-même. Ce qui ne peut que jouer contre lui... Un peu d'humilité ne nuit jamais.
    11ème observation : les textes à la morale un peu gentillette et éculée, porteurs de messages édifiants et assommants de banalité ont tendance à me... gonfler. Et, je le précise, je suis pourtant loin d'être un cynique.
    12ème observation : observation qui découle des deux précédentes. Il s'agit de la distinction entre le "dire" et le "montrer". Expliciter un message, donner texto son avis (que cela soit par l'intermédiaire d'un personnage ou du narrateur) du genre "l'humanité n'est pas à la hauteur" devient vite lourd ; le traduire par les faits, sous couvert du récit (des événements, des interactions entre protagonistes) sans en rajouter est plus percutant. Parier sur la sagacité du lecteur, qui n'a pas toujours besoin qu'on lui mette les points sur les i.
    13ème observation : je le savais déjà, mais c'est confirmé : élégance et humour noir font bon ménage.
    14ème observation : quand on ne peut pas décrocher, passionné par ce qu'on est en train de lire, qu'est-ce que c'est bon ! 
    15ème observation : à la lecture d'une petite quinzaine de textes, je me suis régalé. Une petite quinzaine !!! C'est beaucoup plus que j'imaginais avant de me lancer dans cette aventure. Autant de textes qui mériteraient de gagner... même si j'ai mes quatre ou cinq favoris ! 

     A suivre...


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  • Commentaires

    1
    Thoutmes
    Mercredi 29 Juillet 2015 à 12:24

    Les observations 10 et 11 (entre autres) rejoignent parfaitement mon sentiment. Les textes en débordent. À tel point que je me suis demandé si ce n'était justement pas une tare propre aux auteurs francophones. Une explication de la difficulté de nos auteurs à émerger dans le concert international, et même national désormais.

    Bravo pour cette intéressante synthèse. Je n'en suis qu'au n°39...

    2
    Mercredi 29 Juillet 2015 à 13:40
    Doris

    J'ai lu les 2/3 des textes, pas forcément dans l'ordre. Ton bilan dépeint très bien le ressenti que j'ai concernant les concours en général. Et ton observation n°1, oh bon sang ! Tu n'as rien vu ! L'année passée il y avait des textes (DES) où aucune phrase n'était correcte. Des mots et lettres manquaient partout... bref, une insulte envers le lecteur et envers l'auteur lui-même. Pourtant, il y a toujours quelques perles à récolter dans les lots de textes reçus. C'est pour ça qu'on est là :)

    3
    Mercredi 29 Juillet 2015 à 16:43

    J'ai du mal à comprendre comment on peut envoyer des textes tels que tu le décris à des concours littéraires... sauf à penser que l'auteur n'est pas conscient de ses basiques lacunes... 

    Sinon, oui, il y a d'excellents textes, de vrais plaisirs de lecture ! yes

    4
    danielle
    Mercredi 29 Juillet 2015 à 18:51

    J'ai été juré de concours il y a quelques années. Je n'ai pas tiré autant de conclusions que toi mais je te rejoins sur pas mal de points:


    * orthographe et correction de la langue sont une marque de respect du lecteur. J'ai un seuil de tolérance au-delà duquel je pique ma colère et arrête de  lire


    *je déteste ceux qui étalent leur culture ou s'érigent en donneurs de leçons


    * j'aime que l'on ne s'embarrasse pas de fioritures, de longueurs inutiles, que l'on aille droit au but et que l'on m'étonne .


    * et en effet quelle belle alliance que celle de l'élégance et de l'humour noir !

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